La présidente équilibriste

Corinne Cahen, fraîchement élue comme nouvelle présidente du DP, joue avec agilité la funambule, entre un portefeuille de la Famille nécessitant de nombreuses réformes et la prise en charge de l’Intégration dont l’agenda est grignoté par l’afflux des demandeurs d’asile. Elle s’est confiée à nous, le temps d’un retour en arrière sur ce qu’elle a déjà accompli dans ces deux matières, après deux années au pouvoir du gouvernement de Xavier Bettel.
Tout juste désignée cheffe de file des libéraux du pays, que ressentez-vous?  
Je suis très contente évidemment. Bien sûr, cela représente un immense challenge et j’espère mener à bien cette tâche pour laquelle j’ai un très grand respect. Mon équipe, considérée comme assez jeune par le public et les médias, est superbe. Je suis enchantée de travailler avec ces personnes venues de toutes circonscriptions, de tous âges, de toutes expériences et responsabilités. L’objectif du DP aujourd’hui doit être de mieux communiquer, afin d’avoir une large base de membres pour pouvoir ensemble se définir et se redéfinir.
Quelles sont vos principales réussites dans le portefeuille ministériel de la Famille?
Nous avons réussi en très peu de temps à adapter nos politiques à la façon dont les gens vivent aujourd’hui. En effet, nos familles ne sont plus les mêmes qu’il y a quarante ans.
Le plus gros projet que nous sommes en train de réaliser est la réforme du congé parental. Très attendue, nous espérons pouvoir bientôt la faire voter à la Chambre des députés.
Quelles est la conséquence capitale de cet accord?
Une plus grande flexibilité.
A l’origine, nous avions demandé aux personnes concernées « pourquoi » ils ne prenaient pas ce congé. Deux raisons se sont dégagées. La première est la trop grande rigidité du concept: 6 mois à temps plein ou 12 mois à temps partiel, sans aucune adaptabilité. La seconde raison est financière.
Si d’ordinaire votre salaire est plus élevé que les 1.745 euros touchés, vous ne pouvez pas toujours vous permettre 6 mois de congé parental, lorsque vous avez par exemple un gros loyer ou un prêt à rembourser.
Ces deux éléments seront donc modifiés.
Au niveau de la flexibilité, vous pourrez par exemple prendre 4 mois de congé, à temps plein ou partiel; ou bien répartir ces 4 mois sur une plus longue période; ou encore prendre un jour par semaine pendant 20 mois… Evidemment, le salarié et l’employeur doivent toujours tomber d’accord sur la façon de prendre ces congés flexibilisés. Quant à la rémunération, nous avons fixé un nouveau revenu de remplacement dont le plafond maximum est de 3.200 euros. C’est-à-dire que, jusqu’à cette somme, vous toucheriez le même salaire que si vous travailliez. Au-delà, il faudra vous en contenter…
Les grandes lignes de la rénovation des allocations familiales sont connues. Que répondez-vous à ceux qui sont effrayés par le montant unique de 265 euros par enfant?
Nous désirons que chaque enfant reçoive la même chose, peu importe qu’il soit le premier ou le quatrième dans sa famille. Il n’y a aucune raison d’en être effrayé. Tout d’abord, nous réformerons les allocations uniquement pour les enfants nés après une date X, probablement la date de mise en vigueur de la loi.
En conséquence, personne ne perdra quoi que ce soit: quelqu’un qui ne reçoit rien aujourd’hui ne peut rien perdre à l’avenir. De plus, malgré les adaptations, nous garderons les allocations familiales les plus élevées d’Europe, et de loin!
A côté de ce projet, nous sommes en train d’instaurer la gratuité dans les crèches pendant les heures scolaires pour les enfants de un à quatre ans, ainsi que le bilinguisme dans ces mêmes infrastructures. Ainsi les tout-petits seront confrontés au français et au luxembourgeois dès leur plus jeune âge.
Quels sont les grands chantiers à mettre encore en place dans ce domaine?
Outre le congé parental et des allocations familiales, un autre concept à réformer est le RMG (revenu minimum garanti) sur lequel nous allons beaucoup plancher en 2016. Le but principal sera l’activation des gens et le self-empowerment. Nous voulons encadrer ces personnes, les aider à retrouver une certaine autonomie. En ce moment, le complément qu’on peut toucher est le même si l’on travaille 30 heures ou bien 20 heures. Nous estimons que tout travail mérite salaire, donc le montant du RMG devrait être adaptable.
Selon un sondage que vous avez partagé fin octobre, 76% de la population du Grand-Duché serait favorable à l’accueil de réfugiés. Pouvez-vous me commenter les efforts du Luxembourg à ce niveau?
L’afflux massif de demandeurs de protection internationale touche l’Europe entière. Il est de notre devoir d’aider ces gens en situation de crise, qui proviennent de pays en guerre et qui ont tout perdu. Mais une cohérence est nécessaire au sein de l’UE. Pour éviter une escalade du problème, cette situation doit être résolue ensemble. L’Allemagne, la Suède et le Luxembourg ne peuvent pas être les seules terres d’accueil, et la Grèce ne doit pas être abandonnée également, délaissée par les autres pays.
Au Grand-Duché, nous disposons d’un foyer de premier accueil d’une capacité de 120 lits, le Lily Unden à Limpertsberg. C’est bien trop petit. En septembre, lorsque la première vague est arrivée, j’ai tout de suite cherché à récupérer des bâtiments vides, qui sont destinés à être détruits. Nous y avons installé des lits et des douches pour y héberger les nombreux primo-arrivants Ces solutions de récupération sont éphémères et répondent avant tout à une urgence.
Ensuite, ces personnes sont envoyées dans des foyers. De nouveau, les places manquaient et ceux dont nous disposions étaient – pour certains – très vétustes. Bertrange et Mersch abritent les deux centres que nous avons ouverts le plus rapidement possible. Nous cherchons encore d’autres emplacements. Peut-être que Dudelange sera le bon endroit
Bien entendu, cette urgence est une préoccupation majeure du ministère de l’Intégration. Mais n’oublions pas également que nous travaillons aussi à l’intégration des 46% d’étrangers qui habitent déjà au Grand-Duché. Environ 13.000 personnes viennent s’installer ici  chaque année. Le devoir quotidien de notre ministère est d’encadrer et d’accueillir ces personnes. La culture et, dans le meilleur des cas, la langue sont des outils qui aident à un mélange de la population pour une meilleure cohésion sociale du pays.     SoM

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