«Ecrasons l’Infâme»

À chaque tragédie, son lot de morales et les attentats de Paris ne dérogent pas à la règle. Boccace, Defoe et Camus ont tous en commun d’avoir écrit sur la peste et d’avoir retracé les évolutions d’une société meurtrie par un fléau, en réalité transposable à n’importe quel autre. Certains plongent dans l’immoralité et d’autres dans la piété mais tous le font avec excès. Prêtres et autres charlatans de malheurs s’en frottent déjà les mains. La peur, la colère ou toute autre émotion naturelle devant l’ignominie ne devraient rien concéder à nos valeurs démocratiques. Et notamment la raison, si chère au personnage camusien du docteur Rieux et qui permet de comprendre une autre maladie épidémique contagieuse; le terrorisme de Daesh.

À certains qui pourraient croire que la barbarie idéologique est l’apanage exclusif de l’Islam, il faudrait raconter le XVIe siècle occidental durant lequel les prédicateurs de l’Eglise romaine se sont imprégnés du désir de guerre comme d’un moyen de se rapprocher de Dieu. En tuant «l’hérétique», c’est l’harmonie que l’on rétablissait et la guerre de religion devenait un dialogue divin. L’ennemi ne pouvait plus garder son apparence humaine, il devait être ramené à un état d’animal, d’où les lapidations et les mutilations. Les guerres de religions sont des lieux où la victime est coupable et où le meurtrier est innocent, au point où l’on demandait aux enfants d’exécuter les prisonniers protestants. On retrouve l’implication des enfants dans la guerre Irak-Iran des années 80 où ces êtres purs étaient chargés de déminer des champs, assurés d’aller au paradis et adulés comme des martyrs.

L’idéologie de Daesh est basée sur une opposition encore plus binaire que celle de son grand frère Al-Qaïda. Blanc et pur tout ce qui est en adéquation avec leur interprétation des écritures, noirs et impurs, tout le reste. Une dichotomie simple que leur drapeau incarne et qui est à la portée de faibles esprits européens, nourris bien plus aux jeux vidéo, aux Rambo et autres produits des sous cultures occidentales qu’aux prêches d’un imam enragé.
On aurait tort de croire que leur idéologie est réfléchie. La foi est à Daesh ce que la liberté est au capitalisme, un prétexte secondaire pour justifier des activités sectaires qui emprunte les mêmes schémas que les mafias. Pétroles, drogues, esclavages, ses domaines d’activités sont nombreux et fructifiant.
Aller en Syrie et en Irak pour couper une nouvelle fois la tête de cet Hydre abominable semble à la fois indispensable mais aussi inutile si la bête infâme subsiste. Cette guerre se gagnera plus aux Lumières des connaissances que dans l’obscurité des bombes.     JuB