« H@rcèlement nouvelle génération » : une demi-journée pour faire le point

Le harcèlement scolaire est un sujet qui fait couler beaucoup d’encre dans nos sociétés. Source de souffrance morale comme physique pour les enfants et les adolescents, ses conséquences peuvent aujourd’hui être dramatiquement amplifiées par les réseaux sociaux. Afin de sensibiliser toute personne concernée de près ou de loin par ce phénomène, Catherine Verdier, psychologue et fondatrice de Psyfamille, a organisé le colloque européen « H@rcèlement nouvelle génération » qui s’est tenu ce samedi 28 novembre au Forum Geesseknäppchen, à Luxembourg. Huit spécialistes ont défini les notions de harcèlement scolaire et de cyber harcèlement et proposé des solutions pour y faire face devant une audience de 600 parents et professionnels de l’éducation.
Le harcèlement scolaire et le cyber harcèlement bouscule notre vision de l’école
« Le harcèlement scolaire n’est jamais acceptable ». C’est sur ces mots que Catherine Verdier a ouvert le colloque destiné à mieux comprendre ce phénomène en dangereuse expansion. « Un enfant ne peut pas se construire sur la violence et l’agressivité », a-t-elle poursuivi. Cette initiative a donc permis de réfléchir sur ce sujet de fond et de mettre en avant des solutions pour offrir aux élèves une école apaisée.
Mais d’où le harcèlement prend-il source en milieu scolaire ? Catherine Verdier avance que tout enfant ou adolescent peut un jour se trouver en situation de harcèlement scolaire. « Il n’y a pas de raison précise lorsqu’un élève se fait harceler : il sera toujours « trop » ou « pas assez » par rapport au reste de la classe ».
Qu’en est-il du côté du harceleur ? Selon Jean-Pierre Bellon, professeur de philosophie dans un lycée de Clermont-Ferrand (France), le harcèlement est souvent réalisé en groupe. L’effet de groupe est un élément à prendre en compte dans la dynamique du harcèlement, car il peut exercer une profonde pression sur chacun de ses membres et les maintenir en situation de harcèlement. « Le harceleur n’osera pas s’affranchir du groupe de peur de perdre son aura, explique-t-il. La peur constitue le ciment du groupe ».
Des solutions à trouver : un défi des années à venir
Le harcèlement scolaire ne doit pas devenir une fatalité. Plus il est détecté tôt, plus les chances de le stopper seront élevées. « Tout changement brusque dans le comportement d’un enfant harcelé doit être une alerte pour les parents », note Catherine Verdier. Les conséquences mentales et physiques sur la victime sont légion : perte de l’estime de soi, difficultés de concentration à l’école, maladies psychosomatiques…
Comment prévenir et mettre un terme à une situation de violence scolaire ? Bertrand Gardette, conseiller principal d’éducation dans un lycée de Clermont-Ferrand, estime que le traitement du harcèlement prend du temps. « On observe un défaut de communication du système éducatif français sur les méthodes à adopter pour prévenir et stopper le harcèlement. Le dispositif de formation des enseignants sur le harcèlement scolaire est le talon d’Achille de l’enseignement, explique-t-il. Dans tous les cas, les adultes se doivent d’intervenir dans une situation de harcèlement, sinon le processus ne s’arrêtera jamais ».
Lors de son témoignage, Nora Fraisse, auteure de l’ouvrage « Marion, 13 ans pour toujours », a insisté sur la nécessité de sensibiliser les enfants sur la question du harcèlement dès leur plus jeune âge. « Les cas de harcèlement et cyber harcèlement commencent de plus en plus tôt, notamment avec le développement des nouvelles technologies. C’est pourquoi dès la maternelle, les enfants doivent pouvoir être informés de ce phénomène. Dans le cas des enfants harcelés, il faut leur faire prendre conscience qu’ils ne garderont pas leur statut de victime à vie ».
Où en est-on au Luxembourg ?
Au Grand-Duché de Luxembourg, il n’existe pas de loi spécifique pour combattre le harcèlement scolaire et cyber harcèlement. Cependant, différentes initiatives sont mises en place pour faire face à ce phénomène. Georges Knell, psychologue, travaille au sein de Bee Secure, une initiative soutenue par le ministère luxembourgeois qui vise à sensibiliser toute personne au cyber harcèlement. « Au Luxembourg, tous les élèves de 7ème suivent une formation obligatoire assurée par Bee Secure. Selon moi, la prévention du cyber harcèlement passe tout d’abord par le cercle familial, au travers d’un accompagnement par les parents ».
Les forces de l’ordre s’efforcent également d’instaurer des actions de prévention auprès des jeunes populations : « Au début de chaque année scolaire, nous rencontrons les élèves de lycée du pays pour discuter avec eux des risques du harcèlement et cyber harcèlement. Les contacts directs facilitent les échanges et renforcent nos liens avec le milieu scolaire », explique Steve Goedert, commissaire de police au Luxembourg.
Georges Steffgen, professeur à l’Université du Luxembourg et spécialiste du harcèlement et cyber harcèlement, livre quant à lui ses recommandations à destination des parents et des enseignants pour mettre fin à cette tendance. Selon lui, « interdire l’usage d’Internet et des téléphones portables à l’école ne résoudra pas le problème du harcèlement scolaire, car le rôle des adultes s’inscrit dans la prévention et non pas dans l’interdiction. L’apprentissage du courage civique à l’école aura plus de chances de réduire les cas de harcèlement et cyber harcèlement ».
 
Communiqué de presse

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