Le budget 2016 hausse les investissements
Le 14 octobre dernier a été présenté le budget de l’Etat à la Chambre des députés. Non sans critiques de la part de l’opposition, la feuille de route 2016 devra réduire les déficits de l’Etat tout en assurant des investissements records pour le pays. «Fiabilité, continuité et solidarité», nous assure Pierre Gramegna, ministre des Finances.
Pourriez-vous nous présenter brièvement les grandes lignes du budget de l’Etat pour 2016?
Tout d’abord, nous continuons de réduire le déficit de l’Etat et notamment dans l’administration centrale qui va baisser de 180 millions pour atteindre les 630 millions. Nous améliorons aussi la situation de l’administration publique (solde de l’administration centrale, des communes et de la sécurité sociale) qui s’améliore en passant de 0,1 à 0,5% du PIB. Ensuite et contrairement aux budgets des dix dernières années, les dépenses croissent moins vite que les recettes. C’est un effet ciseau positif qui permet de diminuer le déficit.
Ainsi, nous réussissons l’assainissement des dépenses publiques tout en ayant un taux d’investissement record dans notre histoire puisqu’il s’élèvera à 2.250 milliards. C’est une progression de 15% comparée à cette année qui était déjà en forte augmentation. Ces investissements productifs sont un message de confiance en notre économie et un signe de l’engagement de l’Etat pour soutenir l’activité économique.
Enfin, la dette de l’Etat se stabilise entre 23 et 24% du PIB, cela est dû au fait qu’en 2014 et 2015, nous n’avons pas lancé de grand emprunt. Si ce n’est les 200 millions que nous avons empruntés selon les règles islamiques, ce qui représente le premier Sukuk souverain en euro au monde. Nous effectuerons certainement un emprunt l’année prochaine mais grâce à cette politique rigoureuse, notre dette s’est stabilisée.
Où iront ces investissements?
La priorité est clairement dans les transports avec 100 millions qui sont consacrés au Tram et des projets destinés aux chemins de fer comme le doublement de la ligne vers le Nord du pays, la gare de Luxembourg ou encore la gare sous le Pont Rouge. Le fond des routes est également une priorité.
Nous augmentons aussi le montant dédié à la protection de l’eau, qui atteindra les 100 millions d’euros en 2016 parce que le Luxembourg a accumulé un grand retard notamment en matière de stations d’épuration.
Le Luxembourg obtient une fois de plus le triple A auprès des trois grandes agences de notation. Le triple A social est-il toujours un objectif majeur du gouvernement Bettel?
Le Luxembourg est, avec l’Allemagne, l’un des seuls pays de la zone euro à avoir le triple A financier et nous faisons tout pour le maintenir. Cette note est le signe de la stabilité financière du pays et un atout pour l’attractivité de notre économie. En accueillant des capitaux nouveaux, ce sont de nouveaux emplois qui se créent et qui assurent le bien-être social. Une économie stable et une forte croissance favorisent les mesures sociales et cela s’incarne dans le fait que près de la moitié des dépenses de l’Etat sont pour des mesures sociales.
Nous y attachons beaucoup d’importance et c’est la raison pour laquelle nous avons placé notre Présidence européenne sous le sigle du triple A social.
Avec 45 millions d’euros qui seront alloués au Haut-Commissariat à la protection nationale et à l’Office luxembourgeois de l’Accueil et l’Intégration et dans une Europe hésitante quant à l’accueil des réfugiés, ne craignez-vous pas une montée des extrémismes au Luxembourg?
Le sujet des réfugiés va nous occuper pendant longtemps et je pense qu’il est important de mettre en place le cadre juridique, social et financier adéquat pour que cet accueil puisse se passer dans les meilleures conditions possibles. Car c’est la responsabilité du Luxembourg que de bien organiser cet accueil et de rendre possible leur intégration en raccourcissant les procédures légales dans le but d’accéder à un permis de travail et de favoriser la scolarisation des enfants. C’est là, le parcours idéal dans une situation extrêmement difficile.
Je pense que le Luxembourg a toujours œuvré dans ce sens et c’est ce qui explique pourquoi la population luxembourgeoise a fait montre d’un certain soutien positif à l’égard des réfugiés. Seul le dialogue, alimenté de bons arguments, peut expliquer la situation et éviter ainsi les clichés et les simplifications abruptes qui mènent aux populismes et parfois à des extrémismes.
Pour l’instant, rien ne nous dit que cette situation va s’arrêter et les défis vont continuer de grossir, d’où la nécessité de trouver des solutions à la racine. Le Luxembourg étant un pays relativement petit, il a des capacités d’accueil limitées même si nous faisons relativement beaucoup par rapport à notre taille. Nous accueillons en ce moment même des réfugiés et cela se passe raisonnablement bien. À l’image de ce que nous avons fait dans les années 1990 avec les réfugiés de l’Ex-Yougoslavie, qui se sont en grande majorité très bien intégrés au Luxembourg. Nous avons un message d’espoir par rapport à ces gens. Beaucoup sont des personnes lettrées, motivées et donc leur intégration sur le marché du travail pourra se faire avec des efforts de formations et d’adaptations linguistiques relativement limités.
L’opposition CSV et Déi Lenk n’est pas convaincue par ce budget. Claude Wiseler, chef de file des 23 députés CSV à la Chambre, parle même «d’une navigation à vue qui repose sur la croyance en un développement économique mondial positif», que lui répondez-vous?
Je réponds simplement que nous avons pris les chiffres de croissances du STATEC qui est une institution indépendante. Ni optimiste, ni pessimiste, c’est le résultat que l’art de la statistique permet de calculer. Ce ne sont certes que des prévisions mais qui furent bonnes en 2014 puisque nous constatons que la croissance était plus élevée que ce que nous avons espéré. Pour l’instant la croissance 2015 est égale à ce que nous avions anticipé.
Un retournement spectaculaire de la conjoncture changerait les chiffres et il s’agirait alors d’adapter le budget mais les hypothèses actuelles pour les années à venir confirment une croissance autour de 3,5% pour le Luxembourg. Nous observons les conséquences de cette croissance sur le taux de chômage, qui continue à baisser.
Alors que le Luxembourg se plie à l’échange automatique d’informations au niveau européen, comment justifier ce que certains appellent déjà «le blanchiment» des fraudeurs fiscaux luxembourgeois?
Cette terminologie agressive ne correspond pas à la réalité. Nous procédons à une régularisation en encourageant les contribuables résidents à se mettre en règle par rapport aux nouvelles circonstances relatives à l’échange automatique d’informations. Nous voulons donner la possibilité à nos résidents de se mettre en règle avec le fisc et nous nous inspirons de ce qui a été fait dans presque tous les pays d’Europe.
Pendant cette courte période de deux ans, l’Etat s’engage à ne pas faire de poursuite pénale à condition que les personnes se déclarent elles-mêmes, paient tous les impôts qu’elles auraient dû payer sur les 10 dernières années, augmentés d’une majoration de 10% en 2016 et de 20% en 2017. JuB