Les femmes toujours minoritaires dans la prise de décision politique
D’après l’institut de sondage Statec, les femmes toucheraient en moyenne un salaire 3% plus élevé que celui des hommes au Luxembourg*. Pourtant, l’égalité entre femmes et hommes est encore loin d’être atteinte. Les femmes restent en effet largement sous-représentées dans la prise de décision politique. Le ministère de l’Egalité des chances, en coopération avec le Conseil National des Femmes du Luxembourg (CNFL), veut remédier à cela et a donc organisé une conférence internationale sur le sujet le 15 octobre à Mondorf-les-Bains.
Dans le cadre de la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne dans la deuxième moitié de 2015, le gouvernement a fait de l’égalité dans la prise de décision une priorité dans son programme relatif à l’égalité entre femmes et hommes. Comme le prouvent les chiffres avancés par l’European Institute for Gender Equality (EIGE), même si la représentation des femmes dans la prise de décision politique s’approche de l’égalité, des progrès restent à faire. En effet, moins de 40% de femmes travaillaient dans des institutions européennes entre 2003 et 2014. De plus, la répartition des rôles au sein des institutions et de la culture politiques est encore très marquée par les stéréotypes de genre. Dans l’administration, peu de femmes gèrent des portfolios relatifs aux «fonctions basiques» comme l’économie, la défense ou la justice. La culture, l’éducation ou la santé leur sont plus volontiers confiés.
Une répartition des tâches genrée
Au Luxembourg, les filles sont pourtant très éduquées. «Plus de la moitié des bacheliers sont des bachelières. Au niveau des titulaires de diplômes universitaires, il y a plus de filles que de garçons», avance Claude Wolf, présidente du CNFL.
Alors comment expliquer que les femmes soient encore loin d’avoir des postes à responsabilité? Virginija Langbakk pense que cela découle en grande partie de la répartition genrée du travail. De nombreuses femmes n’ont pas l’occasion de prester des heures supplémentaires et de participer à des réunions en-dehors des heures de travail car elles ont plus de tâches ménagères à accomplir à la maison que les hommes. Claude Wolf ajoute qu’elles sont freinées par le système – familial notamment – qui veut que la femme garde les enfants. «Une femme met au monde un, voire deux ou trois enfants. Ce sont des épisodes très courts dans sa vie. Pourtant, cela freine souvent le reste de sa carrière. Il faudrait donc partager davantage cette responsabilité avec l’homme».
Une solution: les quotas
Quelques pays de l’Union Européenne ont adopté des lois pour promouvoir la présence des femmes dans la prise de décision politique, notamment via des quotas. Les états membres ayant mis en place des quotas volontaires ou obligatoires ont, en moyenne, 29% de femmes siégeant dans leurs parlements nationaux en 2014. Cela représente une augmentation de 10% depuis 2003. «La pression politique accélère le progrès», se félicite Virginija Langbakk, directrice de l’EIGE. Dans la salle, une jeune fille lui répond que les quotas profitent parfois à des femmes ayant des difficultés à faire face aux responsabilités qui leurs sont confiées. Pourtant, pourquoi serait-il impossible de trouver une femme aussi, ou si pas plus, compétente qu’un homme? Pour Virginija Langbakk, il existe plusieurs raisons. «L’une d’entre elles est la présence dominante des hommes dans certains secteurs. Il faut donc du temps pour que les femmes fassent petit à petit leur chemin. Nous devrions également attacher plus d’importance aux soft skills, et pas seulement aux hard skills. L’environnement et la culture jouent aussi un rôle. De nombreuses femmes redoutent que leurs collègues masculins ne les prennent pas au sérieux et ne tentent même pas de monter dans la hiérarchie».
Vision négative du féminisme
De nombreuses organisations féminines tentent de faire évoluer les mentalités. C’est notamment le rôle du CNFL. «Nous sommes là pour veiller à ce que l’on ne nous oublie pas, rendre la population attentive aux problèmes existants, faire pression», développe la présidente du lobby. Sa tâche n’est pas facilitée par la connotation souvent négative du féminisme. «Les débuts du féminisme étaient très agressifs», explique Claude Wolf. «Elles ont fait du rentre-dedans. Cette image nous est un petit peu restée». Virginija Langbakk ajoute qu’il y a différents types de groupes féministes. «Certains veulent faire bouger les choses rapidement, s’expriment donc de manière plus radicale et revendiquent beaucoup de choses. Cela peut conduire certains à se sentir menacés ou inquiets. D’autres types de féministes préfèrent tenter d’influencer l’opinion en présentant des données, des faits».
La présidente de l’EIGE est d’avis que cette connotation négative vient peut-être aussi du fait que les féministes «attaquent» en quelque sorte le terrain des hommes. «Nous clamons que nous aimerions avoir des responsabilités, notre mot à dire. Nous empiétons sur leur domaine et cela leur fait peur. Notre société continue de vivre dans le schéma traditionnel de l’homme qui est le premier salaire, celui qui fait vivre la famille. Au Luxembourg, j’entends régulièrement dire que les femmes aident à gagner la vie du couple. La majorité de la population ne conçoit donc pas encore la femme comme celle qui ramène l’argent à la maison. Il est évident que des changements dans les mentalités restent encore à faire», conclut-elle. CD