Logement: De nouvelles solutions

Un constat s’impose: il est de plus en plus difficile de trouver un logement accessible au Grand-Duché. En attendant la semaine du Logement du 10 au 18 octobre, le secrétaire d’Etat au Logement Marc Hansen propose différentes pistes pour remédier à la situation. Rencontre.
Selon une étude d’ING Group réalisée le mois dernier, 94% des Luxembourgeois pensent que l’accès à la propriété est de plus en plus difficile. Marc Hansen tempère ce résultat. « Si quelqu’un a un logement et qu’on lui pose cette question, son sentiment est celui d’un observateur. Beaucoup de personnes possèdent un logement, sont propriétaires. »
Le Secrétaire d’Etat reconnaît toutefois que se loger représente un vrai problème pour de nombreux étudiants, d’autant plus que le Luxembourg n’a pas une tradition universitaire. Mais des solutions sont mises en place petit-à-petit, notamment sur le nouveau campus à Belval. «Il y a beaucoup de nouvelles opportunités que nous sommes en train de développer dans le sud du pays. L’université possède un plan quadriennal pour les logements étudiants et un service universitaire accompagne les jeunes pour trouver un logement». De plus, de nouveaux logis sont en train d’être planifiés. Les communes ou des acteurs privés manifestent aussi de l’intérêt vis-à-vis de la construction de logements étudiants. «Nous travaillons ensemble avec ces acteurs pour mettre en place de nouveaux projets. L’année passée, un bâtiment de logements étudiants a été ouvert à Belval. D’autres sont prévus dans des communes avoisinantes».
Une fois son diplôme dans la poche, le jeune travailleur rencontre toujours des difficultés à se loger pour un prix abordable. Et cela concerne tout le monde : «Tant ceux qui sortent de l’université que ceux qui possèdent un brevet professionnel rencontrent des difficultés à trouver un logement». De nombreux acteurs en sont conscients et essayent de trouver des solutions pour ces jeunes. «Les communes se manifestent, ainsi que le Ministère de l’Education nationale, du Logement et les Maisons des Jeunes».
Les jeunes ne sont pas les seuls à souffrir des prix élevés des habitations. La pénurie du logement représente un problème général. «L’année passée, le solde migratoire était égal à environ 13.000 personnes au Luxembourg. D’un côté, c’est positif car cela montre que le pays est toujours attractif. De l’autre, cela pose problème pour trouver des habitats adéquats pour tout le monde. Il nous faudrait chaque année entre 6.000 et 8.000 logements suplémentaires. C’est là qu’il faut travailler pour trouver des solutions».
 
L’immobilier privé et public
L’une des options explorées actuellement par le ministère du Logement est de convaincre les particuliers de vendre leur terrain ou d’y faire construire des habitations. En effet, seuls 7 à 10% des terrains constructibles appartiennent au public. «Cette piste est présente dans notre accord gouvernemental. Comment peut-on impliquer les investisseurs privés dans ce processus de création de logements?», se demande Marc Hansen. «Nous sommes en train de développer un programme en collaboration avec des scientifiques allemands. Nous tentons d’entrer en contact avec les particuliers possédant des terrains constructibles via les communes car celles-ci connaissent souvent ces propriétaires. Elles peuvent donc les sensibiliser au projet et leur montrer la palette des possibilités, que ce soit au niveau fiscal ou de la construction, etc. En Allemagne, par exemple, cela a bien fonctionné puisque 25% des privés ont vendu ou viabilisé leur terrain suite au programme».
Quant à la question : «Comment peut-on viabiliser davantage les terrains dans les mains des privés?», le ministère du Logement se lance sur la piste des conventions. Actuellement, de nombreux terrains appartenant aux privés se situent en dehors des périmètres d’agglomérations. L’Etat envisage donc de passer un accord avec ces privés. A la condition que les terrains soient viabilisés dans les trois à six années à venir, les terrains entreraient dans le périmètre d’agglomération. «Ce sujet est complexe au niveau juridique parce qu’il faut aussi prévoir ce qui se passera après ce laps de temps si les terrains n’ont toujours pas été viabilisés».
Le ministère du Logement travaille actuellement sur la réforme du fond du logement. La loi est en train d’être préparée et sera bientôt déposée. «Le logement social locatif manque de possibilités au Luxembourg. Nous travaillons avec les promoteurs privés pour qu’ils puissent être plus actifs dans la création de logements locatifs ou sociaux, avec un loyer à coût modéré ». Les promoteurs publics doivent, eux, se lancer de manière encore plus poussée dans le locatif. «Là aussi, nous tentons de trouver des partenariats avec les privés. Nous avons un besoin de plusieurs milliers de logements mais le Fonds du logement a seulement réussi à en procurer 30 ou 40 les années précédentes. Cela ne suffira jamais, même s’il fait des efforts considérables, à combler le manque actuel».
 
Quel futur pour le logement?
Le gouvernement a augmenté la TVA logement pour les investisseurs à la fin de l’année 2014. Cela a provoqué une hausse considérable d’autorisations de bâtir lors du dernier trimestre en 2014. Actuellement, les cahiers de commande des constructeurs sont donc bien remplis jusqu’à la fin 2016. «Cela veut dire que beaucoup de logements seront bientôt achevés», s’enthousiasme Marc Hansen. «Le premier semestre 2015 a tourné au ralenti. C’est normal : si un investisseur achète un logement en décembre 2014, il n’en achètera pas un autre en mars 2015. Les marchés primaire et secondaire commencent à nouveau à bouger petit à petit».
Néanmoins, le temps presse. Le Luxembourg est un petit pays attractif, compétitif. De nombreux frontaliers y arrivent chaque jour pour finalement y rester. C’est pourquoi il faudra peut-être envisager de nouveaux modes et types de logement, inscrits dans une optique de durabilité. De nouvelles formes font déjà surface : la colocation, la coopérative, etc. Elles viennent de la population. Il faut réfléchir aux moyens d’exploiter de la meilleure façon durable et efficiente le peu d’espace disponible. «Nous découvrons de nouveaux quartiers, d’autres manières de construire. Le Kirchberg par exemple connaît en ce moment un essor important. Pourrons-nous toujours construire dans ces quartiers urbains modernes de la même façon qu’il y a une vingtaine d’années?», se demande, pensif, Marc Hansen.
CD

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