Il n’y a pas de crise des "migrants" en Méditerranée
Ce 14 septembre, un Conseil JAI va tenter encore une fois de résoudre, ou plutôt de temporairement endiguer, le problème des étrangers en situation irrégulière affluant aux frontières européennes. Mais cette débâcle qu’on appelle la « crise des migrants » porte-elle vraiment bien son nom?
La Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne organise ce vendredi à Bruxelles un Conseil JAI, «Justice et Affaires intérieures», extraordinaire. Son but: réunir les ministres de l’Intérieur et de la Justice de l’Union européenne pour faire face ensemble à la crise des migrants, qui a récemment pris des dimensions sans précédent selon le ministre de l’Immigration et de l’Asile, Jean Asselborn. Au programme: dresser un état des lieux du terrain, analyser les actions politiques en cours et délibérer des prochaines étapes pour renforcer la réponse européenne à ce problème.
Afin de mieux comprendre les enjeux de cette crise, je vous propose un rapide retour sur les bancs de l’école pour une courte leçon de vocabulaire.
Une personne dont la demande d’asile a été acceptée, qui possède donc un permis de séjour, est appelée « réfugié ». Selon la Convention de Genève, ont accès à ce statut officiel les individus qui craignent d’être persécutés en raison de leur race, religion, nationalité, opinions politiques ou appartenance à un certain groupe social. Ils ont été obligés de se déplacer pour sauver leur vie ou préserver leur liberté. Ils ont fui leur pays, ne veulent pas y retourner par peur, ont réclamé la protection d’un Etat et l’ont obtenue. Un étranger qui demande à être reconnu comme un réfugié est appelé un « demandeur d’asile ».
Un « migrant » quant à lui est un individu qui s’est déplacé volontairement, dans son propre pays ou dans un autre pays, pour des raisons économiques, politiques ou culturelles. Sa situation peut-être régulière lorsqu’il possède un permis de travail et de résidence, ou bien irrégulière dans le cas contraire. Certains se déplacent de leur propre gré, d’autres y sont contraints en raison de difficultés, mais tous sont généralement à la recherche de meilleures perspectives pour eux et pour leurs familles.
Cette nomenclature implique donc qu’un réfugié est migrant, mais tous les migrants ne sont pas pour autant des réfugiés. Mais cette distinction tient-elle encore la route face aux milliers de désespérés qui tentent chaque jour d’atteindre l’Europe au péril de leur vie, ou est-elle devenue obsolète? C’est ce qu’affirme le média qatari Al-Jazira, qui a fait le choix fin août de ne plus utiliser que le mot « réfugié » dans le contexte méditerranéen. Les journalistes s’expliquent ainsi: «Le terme fourre-tout « migrant » ne suffit plus désormais pour décrire l’horreur qui se déroule en mer Méditerranée. Il a évolué depuis ses définitions de dictionnaire, pour devenir un instrument péjoratif qui déshumanise et distance». Selon eux, ce mot est devenu l’écho d’une nuisance, et non plus de personnes réelles. Les migrants sont devenus un nombre sans visage dont les bulletins d’informations annoncent le décès régulièrement.
L’appellation « migrants économiques » ne reflète pourtant pas la réalité. En effet, selon l’ONU la plupart de ces personnes fuient les guerres. La majorité provient actuellement de Syrie, un pays où environ 300.000 personnes ont été tuées depuis le début des conflits. Les autres arrivent généralement d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, d’Erythrée ou de Somalie, «autant de pays dont les ressortissants obtiennent généralement l’asile» selon Al-Jazira.
La conclusion de la chaîne de télévision aux presque 40 millions de téléspectateurs est simple: «il n’y a pas de crise des « migrants » en Méditerranée, mais un immense nombre de réfugiés fuyant la misère inimaginable et les dangers, ainsi qu’un plus petit nombre de personnes qui essaient d’échapper à une pauvreté très intense et désespérante». En utilisant le mot « réfugié » à la place de « migrant », on ne joue donc pas seulement sur les mots mais sur les destins de ces milliers de personnes. SoM