«Être conscient de sa vision et tenir le cap»

Yves Reding, qui dirige eBRC depuis sa création en juin 2000, revient sur l’historique de la société informatique, et explique comment celle-ci a démarré de zéro, comme centre de secours dédié à l’activité financière luxembourgeoise, pour devenir quinze ans plus tard la seule au monde à posséder trois data centres certifiés Tier IV Design, dont deux certifiés «Fault-Tolerant Constructed Facility».
 
Quelle était l’idée à l’origine de la création d’eBRC?
eBRC est né en 2000 pour proposer un centre de secours dédié, le Luxembourg étant en ce temps sérieusement en retard sur toutes les autres places financières dans ce domaine.
À l’époque, les CxO tablaient sur le fait qu’il ne s’était rien passé pendant 20 ans, et qu’il ne se passerait probablement rien les 20 années suivantes. Notre objectif: sécuriser la place financière en lançant une activité de data centre et de centre de secours. Notre structure s’appelait à ses débuts BRC (Business Recovery Centre). Très vite, nous avons démarré des projets e-business, ce qui explique le «e» accolé au nom originel. Le monde connaissait alors une véritable transformation et devenait de plus en plus risqué, de plus en plus incertain. Le 11 septembre 2001 a démontré que l’impensable pouvait se produire. Avec ce tragique événement, le monde a pris conscience que l’incertitude existait bel et bien; et les faits nous donnaient donc raison. En outre, l’économie s’effondrait avec l’explosion de la bulle Internet et l’implosion du NASDAQ. Ces années de démarrage furent assez dures pour eBRC: nous avons ainsi traversé deux crises majeures lors de nos deux premières années d’existence.
 
Quelles ont été les principales étapes de l’histoire d’eBRC?
L’histoire d’EBRC se décompose en trois temps forts.
L’étape de démarrage tout d’abord (de 2000 à 2004), fondée sur la sécurisation et l’anticipation des besoins de la place financière. En 2004, nous sommes parmi les premiers à obtenir l’agrément de Professionnel du Secteur Financier (PSF). De 2005 à 2009, eBRC connaît une phase d’accélération et de diversification, au cours de laquelle nous sommes choisis pour assurer la sécurité informatique de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne de 2005. Suit la mise en place d’un SOC (Security Operations Centre) pour un grand acteur financier, et la gestion de sa sécurité informatique; puis la signature de notre 1er contrat d’outsourcing IT, avec une société scandinave venue s’installer au Luxembourg. Dans la foulée, eBRC devient eBusiness and Resilience Centre. Le terme «Resilience» remplace celui de «Recovery»; il ne s’agit plus désormais de rétablissement et de reprise d’activité, mais bien de résistance, de mise en place de plans de continuité des activités et de solutions agiles pour accompagner le client face à l’incertitude. C’est donc une période de positionnement stratégique et d’anticipation des besoins des clients dans la qualité qui anime eBRC. Le «Resilience Centre West», inauguré en 2006, en est la démonstration: ce data centre offre en effet le plus haut niveau de sécurité et de disponibilité, avant même l’existence de la certification Tier IV.
En 2008, nous obtenons nos premières récompenses internationales et notre développement à l’étranger s’accélère, en Europe mais aussi aux USA. De 2010 à aujourd’hui, nous ancrons notre positionnement, résolument européen et en faveur d’un développement durable : EBRC devient European Business Reliance Centre. Nous sommes en effet fondamentalement européens, convaincus que l’Europe a un rôle à jouer dans le monde digitalisé de demain. Il y a un grand défi à construire une économie digitale commune sur le Vieux Continent. Le terme «Reliance» signifie confiance; il s’agit donc pour nous de devenir un centre de confiance en Europe, pour la gestion de l’information sensible, et sur toute la chaîne de services.
En 2010, changement également de dénomination et de logo. Nous adoptons en outre les valeurs d’entreprise EARTH (Excellence, Agility, Responsibility, Trust, Human) qui témoignent de notre engagement sociétal. Nous cherchons à résolument réduire l’impact de nos activités sur l’environnement et consommons 100% d’énergie verte. Par ailleurs, la migration des infrastructures IT de nos clients dans nos data centres leur permet de réduire radicalement leur empreinte carbone.
Démontrer notre engagement sociétal dans le durable et ancrer eBRC dans la qualité est notre leitmotiv. En témoignent une série de reconnaissances et de certifications: label ESR, Best WorkPlace 2014 et 2015, certifications ISO 27001 (sécurité de l’information), ISO 20000 (gestion de services IT), ISO 14001(management environnemental), ISO 50001 (management de l’énergie), ISO 9001 (gestion de la qualité) et PCI DSS Level 1 (standard de sécurité des données pour l’industrie des cartes de paiement). C’est l’époque où nous inaugurons notre 4ème data centre (2010), puis notre 5ème European Reliance Centre East (2013).
 
Quel bilan tirez-vous de ces quinze ans d’existence?
Nous avons démarré l’activité fin juin 2000, à partir de zéro, avec des investisseurs privés et le groupe POST, alors actionnaire à 40%, puis à 100% en 2009. Durant ces quinze ans, nous avons construit une offre de service intégrée et certifiée de bout-en-bout, mais aussi développé les compétences. Nous avons dû nous battre contre des géants, mais notre maîtrise globale de la chaîne de valeur et notre agilité ont été, et sont toujours, nos atouts. Il ne faut pas avoir peur de prêcher dans le désert. Il faut être conscient de sa vision et tenir le cap. Nous couvrons aujourd’hui six domaines d’activités, sur toute la chaîne de services informatiques: data centre, résilience, cloud, outsourcing, consultance et sécurité.
 
Quels sont vos objectifs futurs?
D’ici à 2020, doubler notre chiffre d’affaires, notre effectif, nos certifications et récompenses, et le nombre de nos clients; avec une présence internationale accrue en Europe. Cette année, nous avons récemment ouvert un nouveau bureau à Paris, avec un partenaire-client luxembourgeois.
En 2020, nous voulons être reconnus à l’échelle européenne comme leader de nos métiers. Nous restons certes un petit acteur, mais hyperactif! Après quinze ans de croissance organique, nous visons désormais une phase de croissance externe avec l’achat de sociétés et l’acquisition de savoir-faire externes. Notre cible immédiate est l’Hexagone. En Europe, la France est un très grand pays, en termes démographique et de croissance, mais reste un marché numérique en retard par rapport à l’Allemagne ou aux Pays-Bas. Nous y prenons progressivement pied, notamment dans les activités de consultance, de data centre et de sécurité IT. Nos derniers succès en France: nous avons fait certifier Tier IV le premier data centre du pays, pour le compte d’une des trois plus grandes banques françaises; nous venons de remporter un important projet d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour une université française reconnue pour ses prix Nobels ; nous avons gagné un contrat long terme en sécurité IT, pour un leader mondial du paiement électronique.
 
Vous avez récemment remporté deux nouveaux Awards. Que représentent pour vous ces récompenses?
Il y a peu encore, aux États-Unis ou en Europe, personne ne connaissait le petit eBRC luxembourgeois. Nous sommes pourtant le seul acteur au monde avec trois data centres certifiés Tier IV Design, dont deux certifiés «Fault-Tolerant Constructed Facility». Nous avons été salués par près de 65 awards et certifications depuis 2007. Ces prix internationaux sont très importants pour nous en termes de reconnaissance et de visibilité. Ils prix constituent l’écosystème de confiance et d’excellence que nous construisons chaque jour, avec les compétences, le relationnel, les clients, le savoir-faire, les processus, les investissements continus, l’innovation… Tout cela a un effet de boule de neige, 100% aligné avec la stratégie du groupe POST et avec les six piliers du gouvernemental «Digital Lëtzebuerg». MA
 

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