«Une gouvernance robuste basée sur le dialogue, sur la dimension régionale et communautaire»

Etienne Schneider, vice-premier ministre, ministre de l’Economie, ministre de la Sécurité intérieure, ministre de la Défense revient sur les principaux chantiers qu’il compte mener lors de la Présidence du Conseil de l’Union européenne au cours du second semestre 2015.
 
Citation: «La Présidence luxembourgeoise s’engage à donner une priorité transversale au numérique et à le placer au cœur de sa politique pour le marché intérieur.»
Quels seront les principaux chantiers que le pays compte mettre en œuvre durant la Présidence de l’UE?
Ceux-ci porteront entre autres: sur la croissance et l’emploi, où il s’agira de faire redémarrer l’économie et de repousser le chômage en libérant l’investissement pour la croissance et l’emploi; sur la politique industrielle et spatiale, avec un axe particulier sur la compétitivité de l’UE; sur la dynamique du marché intérieur. D’autres initiatives couvriront également les domaines de l’énergie, de la sécurité intérieure et de la défense.
 
À ce titre, quelles actions concrètes comptez-vous mener?
Concernant l’investissement pour la croissance et l’emploi, l’action de la Présidence luxembourgeoise s’inscrira dans la foulée du plan d’investissement pour l’Europe du Président de la Commission Jean-Claude Juncker, visant à libérer jusqu’à 315 milliards d’euros pour l’investissement.
Des mesures pour rendre l’Europe plus attrayante aux investissements devront compléter l’effort, afin de démultiplier les effets du plan d’investissement. La Présidence luxembourgeoise encouragera les initiatives prises par la Commission européenne à cet effet.
En termes de politique industrielle, nous poursuivrons aussi les efforts de l’UE dans la mise en œuvre du «mainstreaming» de la compétitivité à travers tous les domaines d’action de l’Union.
Par ailleurs, nous nous concentrerons notamment sur la mise en œuvre de la «nouvelle stratégie industrielle» présentée en juin par la Commission.
Le déploiement et le suivi des plans d’action sectoriels — en particulier le plan d’action «acier», qui a pour objectif d’améliorer la compétitivité du secteur sidérurgique en Europe — font également partie de nos priorités.
Pour ce qui est de la politique spatiale, le principal objectif est de faire avancer les travaux sur les futures relations entre l’Union européenne et l’Agence spatiale européenne (ASE), dont la co-présidence est actuellement assurée par le Luxembourg et la Suisse.
La Présidence poursuivra enfin les négociations sur la proposition de directive relative au recensement et à la diffusion à des fins commerciales des données fournies par satellites à haute résolution (HRSD).
Concernant le volet énergétique, l’Union de l’énergie proposée par la Commission favorise l’émergence d’une stratégie énergétique horizontale, qui est basée dans un plan d’action ambitieux et qui vise la mise en place d’une nouvelle gouvernance.
Elle mettra également l’accent sur l’innovation, la recherche, les nouvelles technologies de la transition énergétique principalement dans les secteurs des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, en tant que moteurs essentiels d’une croissance durable, créateurs de richesses et d’emplois dans l’ensemble de l’Union européenne.
En outre nous engagerons les travaux législatifs dans le domaine de l’étiquetage des appareils, indispensable à la réalisation des ambitions de l’Union européenne en matière de réduction de la consommation d’énergie. Elle ouvrira les débats sur un nouveau design du marché de l’électricité tenant pleinement compte de la transition énergétique qui s’opère en Europe ainsi que sur le marché de détail.
Pour ce qui est de la Sécurité intérieure, éa Présidence poursuivra vigoureusement la mise en œuvre des mesures et actions décidées par les chefs d’État ou de gouvernement le 12 février 2015, suite aux attentats de Paris. Nous sommes convaincus que ces derniers exigent une réponse forte et unie.
Autre priorité: la définition, le lancement et le suivi de la nouvelle stratégie de sécurité intérieure de l’UE pour la période 2015-2020. Il est vrai que la sécurité intérieure est d’abord de la responsabilité des États membres, mais le Luxembourg est convaincu que l’Union européenne peut apporter une valeur ajoutée en la matière, surtout à travers de ses agences. En effet, nous nous engagerons afin que l’Office européen de police (Europol) et le Collège européen de police (Cepol) se voient dotés de règlements leur permettant de développer au maximum leur potentiel.
La Présidence luxembourgeoise soutient surtout la mise en place d’un système européen pour la collecte des données des passagers (PNR). Il faudra maximiser le potentiel des outils existants et développer de nouveaux instruments, ceci dans le plein respect des droits de l’homme et de l’État de droit. La réponse de l’Union européenne à la menace posée par les flux importants de résidents et citoyens partis rejoindre des groupes terroristes en Syrie et en Irak, et leur retour potentiel en Europe, demeure un dossier d’une importance majeure.
Concernant la Défense, le Conseil européen de juin 2015 a conféré une série de mandats en matière de politique de sécurité et de défense commune (PSDC) aux diverses institutions de l’UE, dont la Haute Représentante, le Service européen d’Action extérieure, la Commission européenne et l’Agence européenne de Défense. La Présidence luxembourgeoise accompagnera de manière proactive l’instauration initiale de ces mandats qui devront être substantiels et ambitieux, couvrant à la fois l’amélioration du fonctionnement de la PSDC, la coopération européenne en matière de défense ainsi que le développement des capacités militaires indispensables dans ce contexte.
 
Quels seront les priorités de la Présidence pour l’Europe du numérique?
La Présidence luxembourgeoise s’engage à donner une priorité transversale au numérique et à le placer au cœur de sa politique pour le marché intérieur. Ainsi, nous allons œuvrer pour le démantèlement des barrières qui continuent à fragmenter le marché intérieur numérique en 28 «mini marchés» nationaux.
Une grande priorité sera accordée au suivi de la stratégie «Marché Unique Numérique «(le fameux «Digital Single Market»), dont les premières propositions législatives devront être publiées sous notre Présidence: propositions relatives aux droits d’auteur, aux contrats de consommation et à des mesures contre le «geoblocking».
La génération d’emplois et de croissance passe avant tout par l’approfondissement et le bon fonctionnement du marché intérieur. À cet effet, la Présidence luxembourgeoise encouragera le recours aux instruments réglementaires et non réglementaires les plus efficaces, à savoir la l’harmonisation et la reconnaissance mutuelle. L’objectif est de garantir une sécurité juridique optimale, de réduire les charges réglementaires pour les entreprises et de permettre aux consommateurs d’avoir accès à la plus grande offre.
Aussi, nous espérons que le paquet «marché intérieur des biens et des services», attendu pour novembre, contiendra des mesures allant dans ce sens.
 
Comment abordez-vous cette Présidence?
La Présidence luxembourgeoise s’attachera à l’instauration d’une gouvernance robuste basée sur le dialogue entre la Commission et les Etats membres et la valeur ajoutée de la dimension régionale et communautaire.
 

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