Refuser la politique de la porte fermée

Sourire franc et jovialité marquent la conversation que nous avons eue avec Mars Di Bartolomeo. Le Président de la Chambre des Députés nous expose dans cette interview les atouts apportés par ses précédents métiers, ainsi que son point de vue sur la migration au Luxembourg.
Qu’est ce qui vous plaît dans le poste de Président de la Chambre des Députés?
 
J’aime le fait de pouvoir appliquer tout ce que j’ai appris dans ma vie professionnelle antérieure. Dans ma carrière, j’ai changé de métier régulièrement, toutes les dix années environ. J’ai débuté dans le journalisme, ensuite je fus député-maire, puis membre du gouvernement. Mon poste actuel comporte de grandes responsabilités. Hors de la mêlée politique, un Président de la Chambre se doit de faire la modération entre tous. C’est un métier d’équilibre, où l’on doit être juste, sans faire de différence entre majorité et opposition.
 
 
Vous dites que vous appliquez aujourd’hui ce que vous avez appris en tant que journaliste, ainsi que comme bourgmestre. Pouvez-vous précisez?
 
Le monde journalistique et l’univers de la politique ne sont pas tellement éloignés. En quelques mots clés, le journalisme m’a appris à écouter, comprendre, expliquer et convaincre; ce qui m’a été utile en politique, et encore aujourd’hui dans mon métier actuel.
 
Bourgmestre, c’était un poste sur-mesure pour moi. J’aime la proximité avec les gens, être au plus près du terrain. Les onze ans passés à la mairie de Dudelange ont surtout été marqués par un travail d’équipe merveilleux, que ce soit au collège échevinal avec les collaborateurs de la communes, ou encore avec la communauté locale, ce qui me donnait beaucoup de satisfaction. Donc je dirais que le poste de bourgmestre m’a donné cette envie de travailler en équipe.
 
 
Les fonctions ministérielles vous manquent-elles?
 
Je crois que si l’on se décide à changer d’activité, mieux vaut ne pas trop regarder en arrière. Par rapport à mes fonctions de Ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, j’ai le sentiment du travail accompli et bien fait. Quasiment tous les projets que j’avais à l’agenda ont été réalisés, que ce soit la réforme du système des soins de santé, la réforme des pensions, la réforme de l’assurance accidents, la réalisation du statut unique pour les salariés, ou bien dans un autre domaine, les lois anti-tabacs. J’ai la grande chance d’avoir toujours pu dire en quittant un travail: «j’ai aimé ce job»! Cela vaut autant pour le journalisme, que le mayorat, que le temps passé au gouvernement. Et je pense que je vais pouvoir dire un jour la même chose à propos du poste que j’occupe actuellement.
 
 
Selon vous, que peut apporter la Présidence du Conseil de l’Union européenne au Luxembourg?  
Malgré tout le travail qui y est lié et les efforts énormes demandés pour un pays de taille réduite, c’est une énorme chance, ainsi qu’une opportunité pour notre culture politique de poser quelques accents importants à la politique européenne. Je crois que c’est également le moment de redonner un visage social à l’Europe. A force de viser le triple A économique, on oublie parfois le système social, or le Luxembourg est un modèle à ce niveau, et mériterait un  « triple A » social. Notre Parlement va insister sur ce volet, ainsi que sur celui de la coopération au développement. En conclusion, cette Présidence est un défi, du même type que les Présidences que nous avons déjà très bien assurées précédemment.
De 1999 à 2009, vous avez été président du Centre de documentation sur les migrations humaines. Vu cette fonction, je suppose que cette thématique vous intéresse. Quel est votre avis sur les résultats du référendum sur le droit de vote des étrangers, qui s’est soldé par un non?
 
Je côtoie en effet ce thème de la migration en de nombreux points; au sein de ma famille, mes grands-parents sont venus d’Italie; j’ai également vécu toute ma vie dans une ville avec une forte empreinte migratoire. Il faut bien noter que le Luxembourg est un pays à immigration forte, qui profite également d’une émigration temporaire élevée, par exemple des étudiants qui font leurs études à l’étranger. Il y a une bonne centaine d’années, le Grand-Duché était aussi un pays d’émigration. Notre pays est ouvert au multiculturalisme, et tire beaucoup d’avantages de cette ouverture d’esprit et de frontières.
 
Le résultat du référendum m’a surpris dans sa netteté. Maintenant, vu que l’on a posé la question à l’ensemble des électeurs, cela coule de source qu’il nous faut respecter leur verdict. Si l’on organise seulement un référendum lorsqu’on est certain de la réponse, alors autant renoncer à cet instrument. Il faut respecter la démocratie, même si celle-ci ne donne pas toujours les réponses qui nous plaisent. Personnellement, je reste d’avis que cette réponse tranchée n’est pas une réponse faisant écho à une quelconque xénophobie. Cette réponse privilégie la voie de l’acquisition facilitée de la nationalité par les étrangers, et non une double voie passant par le droit de vote et la naturalisation.
 
Ma propre conviction n’est pas la politique de la porte fermée. Selon moi, il faut poursuivre la voie qui a été privilégiée: ouvrir plus encore l’accès à la nationalité et à la double nationalité. Nous ne devons pas créer de nouvelles frontières dans nos têtes. Pour ce faire, il faut voir la langue luxembourgeoise comme un élément non pas séparateur, mais fédérateur. Nous devons faciliter son acquisition, créer des incitants -aussi dans nos attitudes- pour promouvoir cette langue. Le luxembourgeois est un élément identitaire évidemment, mais il n’est pas le seul. Notre multiculturalisme fait aussi partie de notre ADN.
Où vous voyezvous dans dix ans?
 
Difficile à dire, je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je me vois au Luxembourg, et si je poursuis selon le rythme de ma vie professionnelle, peut être dans une activité que je ne connais pas encore; mais en tout cas, toujours actif.  SoM

Lire sur le même sujet: