Prix de la meilleure présentation scientifique pour une jeune chercheuse du Laboratoire de Biomonitoring du Luxembourg Institute of Health
Doctorante depuis moins d’un an au Laboratoire de Biomonitoring (LAHB) du Luxembourg Institute of Health, Caroline Chata s’est déjà vu attribuer son premier prix à une conférence scientifique internationale, la conférence annuelle de la «Society of Hair Testing». Sa présentation scientifique, qui était sa toute première devant un public d’experts internationaux de son domaine, a été sélectionnée comme la meilleure communication orale de la conférence. Ce prix témoigne de la maturité scientifique, des qualités oratoires ainsi que de l’importance et du potentiel d’application du sujet de recherche de la jeune scientifique. Son projet de thèse novateur porte sur l’utilisation des cheveux comme matrice de «biomonitoring» pour la détermination du niveau d’exposition à des polluants tels que des pesticides.
Réunion des experts de l’analyse des cheveux
La Society of Hair Testing (SoHT), fondée en 1995 et comprenant des membres de plus de 20 pays, a pour but de promouvoir la recherche sur l’analyse des cheveux et les applications médico-légales et cliniques qui en résultent. Le cheveu est en effet une matrice particulièrement intéressante permettant de mettre en évidence l’ingestion ou l’inhalation de nombreux composés organiques, comme les médicaments, les drogues ou les polluants. Chaque année, la SoHT réunit un grand nombre de scientifiques de haut niveau ainsi que de chercheurs en début de carrière lors d’une grande conférence étendue sur plusieurs jours. La 20e édition de cette conférence a eu lieu à São Paulo au Brésil du 3 au 6 mai 2015. Caroline Chata s’y est rendue avec son directeur de thèse Dr Brice Appenzeller pour présenter les premiers résultats obtenus dans le cadre de son projet de thèse.
Détecter des pesticides dans des échantillons capillaires – un sujet novateur Alors que la plus grande partie de la communauté scientifique du domaine de l’analyse des cheveux travaille sur la détection de médicaments et de stupéfiants, Caroline et les autres membres de l’équipe du LAHB concentrent leurs recherches sur la quantification de pesticides et d’autres polluants environnementaux dans les cheveux. En utilisant un modèle animal, Caroline étudie les mécanismes d’incorporation des pesticides dans les cheveux et vise à établir un modèle théorique reliant les concentrations détectées dans les cheveux à celles détectées dans le sang et au niveau réel d’exposition. Son projet est ambitieux car la détection des pesticides dans les cheveux est une technique peu explorée. De plus, les pesticides ne sont présents qu’à faible concentration dans les cheveux ce qui rend leur quantification plus difficile.
«La thématique de recherche de notre équipe est très novatrice» souligne Caroline. «On sait depuis un certain temps analyser avec précision la présence de pesticides dans des échantillons de sang ou d’urine mais l’utilisation du cheveu dans ce contexte est beaucoup plus récente. Pourtant l’utilisation du cheveu comme matrice a de nombreux avantages. D’une part, la collecte des échantillons est rapide et facile à réaliser. Elle ne nécessite pas une habilitation comme c’est le cas pour les prises de sang. D’autre part, les échantillons capillaires permettent d’obtenir des données sur l’exposition à long terme à des produits chimiques. En effet, un centimètre d’un brin de cheveu contient les informations sur un mois d’exposition. En comparaison, les échantillons de sang et d’urine ne fournissent des données que sur les quelques heures précédant le prélèvement» explique Caroline.
Premiers résultats probants
Dans sa présentation orale, Caroline a montré ses résultats obtenus avec des échantillons de poils de rats. Dans des conditions en accord avec les recommandations éthiques, les rats ont été exposés à diverses concentrations de plus de vingt pesticides différents. Après analyse des échantillons de sang, elle a constaté que pour la plupart des composés testés, la concentration dans les poils était associée de façon significative à la concentration sanguine en pesticides. «Pour les molécules qui ne montrent pas cette relation linéaire, nous allons étudier plus en détail l’influence possible de leurs propriétés physico-chimiques et de leur pharmacocinétique c’est-à-dire de leur devenir dans l’organisme» explique Caroline. Ces résultats s’inscrivent dans la continuité des travaux de l’équipe ayant récemment montré que la concentration de pesticides dans les cheveux est quantitativement liée au niveau d’exposition. Le projet de la doctorante, focalisé sur l’étude des mécanismes responsables de l’incorporation des pesticides dans les cheveux, vise ainsi à établir un modèle théorique extrapolable à d’autres composés et possède donc un fort potentiel d’application.
Reconnaissance par le monde scientifique
Caroline est fière de son prix pour la meilleure présentation orale à la conférence de la SoHT.
«N’étant qu’en première année de thèse et présentant un projet qui a commencé il y a moins d’un an, je ne m’attendais pas du tout à recevoir un prix. J’étais vraiment surprise. Le prix constitue une grande récompense pour moi, surtout parce que je me suis intensément entraînée avec mon directeur de thèse pour cette première présentation devant un public expert» raconte-t-elle. «Il est également gratifiant de voir notre travail reconnu par les spécialistes internationaux dans le domaine» ajoute Dr Brice Appenzeller.
A propos du Laboratoire de Biomonitoring
Le LAHB ou «Laboratory of Analytical Human Biomonitoring» fait partie du «Department of Population Health» et est dirigé par le Dr Brice Appenzeller. Depuis le début de cette année, il n’est plus localisé au campus universitaire Limpertsberg, mais à la House of BioHealth à Esch-sur-Alzette. L’équipe plutôt petite de cinq personnes focalise sa recherche sur le développement de biomarqueurs permettant d’identifier l’exposition humaine à différents polluants comme les pesticides, le tabac, les hydrocarbures aromatiques polycycliques ou encore les polluants organiques persistants. Pour ceci, le laboratoire a développé des méthodes pour extraire, identifier et quantifier ces composés à partir d’échantillons biologiques. Il travaille avec des techniques analytiques de pointe comme la chromatographie couplée à la spectrométrie de masse. En parallèle de son travail sur l’évaluation de l’exposition aux différents polluants, l’équipe étudie les effets de cette exposition sur la santé.
Communiqué de presse – 17.06.2015