Maintenir la qualité des aides et soins
La future réforme de l’assurance dépendance? Pas question que cela ne se fasse au détriment des personnes malades, âgées ou handicapées: voilà ce qu’affirme Marc Fischbach, le président de la COPAS, la Fédération des organismes prestataires d’aides et de soins. Rencontre avec cet organisme de représentation d’un secteur en ébullition.
«La COPAS a été créée en 1998, suite aux travaux préparatoires sur l’introduction de l’assurance dépendance. Les acteurs du domaine ont désiré se regrouper et se positionner par rapport à cette nouvelle branche de la sécurité sociale» décrit Marc Fischbach, qui assure la présidence de la Fédération des organismes prestataires d’aides et de soins depuis 2012. La COPAS est la fédération de tous les organismes d’aides et de soins, c’est-à-dire de toutes les institutions au service des personnes âgées, souffrant de troubles mentaux, handicapées ou malades, et qui ont besoin de l’assistance d’une tierce personne professionnelle. Elle compte 51 membres aujourd’hui, de secteurs divers: maisons de soins, centres intégrés, foyers de jour, réseaux d’aide à domicile, tout le secteur handicap, et enfin la psychiatrie extrahospitalière.
Le champ d’action de la COPAS est scindé en deux volets. D’un côté, elle assure une fonction de représentation. Elle est l’interlocuteur auprès des institutions et ministères. Elle défend les intérêts des acteurs du secteur qu’elle regroupe en son sein. De l’autre, elle agit comme une fédération patronale pour les prestataires auprès desquels travaillent 11.000 salariés. Elle négocie en lieu et place de ses membres avec les syndicats pour réaliser les conventions collectives de travail, ainsi qu’avec la CNS pour les tarifs, valeurs monétaires et nomenclatures.
«Sur un autre plan, nous définissons « les bonnes pratiques » des prestataires d’aides et de soins. Notre Charte Qualité est un guide comprenant les règles minimums à respecter. Les professionnels se réfèrent également à une Charte Ethique qui propose un questionnement éthique , des « aides à la réflexion » par rapport aux dilemmes auxquels ils sont confrontés dans leurs tâches quotidiennes. Par exemple: a-t-on le droit d’attacher une personne agitée à un fauteuil? Peut-on lui administrer un médicament pour calmer son agitation?» ajoute le président de la COPAS.
Appréhensions face au monde politique
Lors de l’assemblée générale de l’association fin avril dernier, l’institution a exposé ses préoccupations pour l’avenir du secteur, en présence de Corinne Cahen, ministre de la Famille de l’Intégration et à la Grande Région.
«Nous avons abordé des thématiques à propos desquelles les engagements pris par le gouvernement nous inquiètent» explique Marc Fischbach. «Par exemple, une question se réfère à la révision de la loi dite ASFT, qui définit les relations entre l’Etat et les organismes œuvrant dans le domaine social, familial et thérapeutique. Ou encore, nous nous interrogeons sur l’état actuel de la planification des infrastructures dans le secteur des personnes âgées et handicapées. Un autre sujet qui nous importe est de savoir en quoi consiste le nouveau concept de « logement encadré », annoncé dans la déclaration gouvernementale. En outre, la réforme de la fonction publique a mené nos discussions vers la question salariale. Nous sommes préoccupés par l’impact que pourrait avoir cette réforme» Malheureusement, ces interrogations ne trouvent actuellement aucune réponse précise et concrète auprès du gouvernement. La ministre a cependant pris note des doléances de la COPAS.
«Nous avons également discuté de la réforme de l’assurance dépendance, qui prend en charge les frais des aides et soins nécessaires aux personnes dépendantes. Nous sommes très préoccupés par les possibles répercussions en cas de mesures d’économie strictes, qui mèneraient à des évaluations plus restrictives par la cellule d’évaluation et d’orientation, quant aux bénéficiaires potentiels. Depuis quelques mois déjà, les activités dans le domaine diminuent sensiblement: d’environ 8% en maison de soins et de retraite, et d’à peu près 11% dans le secteur ambulatoire. De plus, ces mesures ne sont pas incluses dans une approche globale concrète. Nous aurions souhaité recevoir initialement des suggestions complètes de redéfinition de l’assurance dépendance. Or le gouvernement n’est pas encore prêt à nous dévoiler un avant-projet de loi. Mais, Romain Schneider, ministre de la Sécurité sociale, s’est engagé à nous soumettre une proposition avant la fin du mois» conclut le président de la COPAS.
«Finalement nous avons demandé à Madame Cahen si l’Etat était toujours disposé à participer au financement des investissements dans le secteur social et le secteur des aides et des soins. Sur ce point, elle s’est engagée à rester conforme aux accords précédents, c’est-à-dire à nous subsidier jusqu’à un maximum de 70% des dépenses».
La prévention comme enjeu
Marc Fischbach affirme que le Luxembourg se situe en haut de l’échelle de la qualité des prestations, par rapport aux pays voisins possédant un système d’assurance dépendance. «Notre personnel est généralement très qualifié. Sur les 11.000 travailleurs du secteur, 7.800 soignants, possèdent une qualification d’aide-soignant, d’infirmier, d’éducateur, d’auxiliaire de vie; de psychologue ou ergothérapeute. À la question «quels sont les défis du secteur?», il répond que les améliorations importent peu. L’enjeu est de maintenir la qualité actuelle: «nous espérons que le gouvernement sera disposé à ne pas faire d’économie là où la qualité pourrait être directement remise en cause. C’est cela le challenge en matière de réforme de l’assurance dépendance».
«Ce que nous préconisons pour améliorer la qualité des prestations est une meilleure prévention: une prévention bien ciblée amènerait, à moyenne échéance, des économies budgétaires substantielles. Qui dit prévention, dit également soutien et conseil avant que la personne concernée ne soit dépendante. Il faut donc intervenir le plus tôt possible en amont, pour éviter qu’en aval la dépendance ne s’aggrave jusqu’à la perte d’autonomie. Un certain nombre d’activités stimulatrices sont organisées au sein des maisons de retraites, maisons de soins, foyers de jour et à domicile. Faire des exercices adaptés à la situation et à l’état général entretient la santé mentale, physique et psychique des personnes concernées. La prévention est donc un enjeu vital dans lequel il faut investir plus. SoM