Vers un «démantèlement» des modèles économiques traditionnels

«Si la révolution industrielle a été un processus localisé dans le temps et dans l’espace, à savoir au XIXe siècle en Europe, et n’a touché que certains domaines d’activité, il n’en est pas de même de la révolution numérique, qui a, elle, à la fois une portée mondiale et implique tous les secteurs économiques en même temps», affirme Olivier Maréchal, associé chez EY Luxembourg. Entrevue.
 
On appelle révolution numérique le bouleversement en profondeur des sociétés survenu dans les nations industrialisées et provoqué par l’essor des techniques numériques, principalement l’informatique et Internet. En quoi est-elle comparable… ou pas à la révolution industrielle ?
 
Il y a inéluctablement des points communs tout comme des divergences entre la révolution numérique et la révolution industrielle.
En ce qui concerne les points communs, force est de constater que dans les deux cas, on note un changement fondamental au niveau des réalités économiques et des rapports de production.
En revanche, si la révolution industrielle a été un processus localisé dans le temps et dans l’espace, à savoir au XIXe siècle en Europe, et n’a touché que certains domaines d’activité, il n’en est pas de même de la révolution numérique, qui a, elle, à la fois une portée mondiale et implique tous les secteurs économiques en même temps.
 
Quels ont été les tournants décisifs, et quelles sont les dernières évolutions en date?
 
Il y a à mon sens quatre évolutions majeures qui viennent bouleverser notre quotidien.
La première évolution est celle de l’informatique mobile. La majeure partie du trafic Internet est en train de basculer sur les instruments mobiles que sont les smartphones et les tablettes, à quoi il faut ajouter l’Internet des objets, c’est-à-dire les objets connectés tels que les voitures, les montres ou encore les chaudières dernière génération, pour ne citer qu’eux.
La deuxième évolution a trait aux réseaux sociaux, qui signent l’avènement de la désintermédiation totale. Les réseaux sociaux ont bouleversé l’interaction existante entre les entreprises et leurs clients, et fait naître toute une série de nouveaux modèles d’affaires.
La troisième évolution se situe au niveau des capacités d’analyse de données. Aujourd’hui, nous sommes non seulement en mesure de collecter et d’historiser un volume impressionnant de données, mais en plus capables de les exploiter de façon optimale grâce à de puissants outils algorithmiques. De cette façon, les sociétés peuvent analyser en détail les comportements des consommateurs et définir des modèles prédictifs.
Enfin, quatrième et dernière évolution structurante, l’avènement du cloud. Avec le cloud, nul besoin de se préoccuper de l’infrastructure, les sociétés n’ont qu’à passer un appel à leur fournisseur IT qui augmente immédiatement les capacités de stockage ou de calcul.
 
Par quoi se traduit cette mutation dans le monde de l’entreprise ?
 
La révolution numérique a pour conséquence première de rendre l’entreprise totalement transparente pour le client et les autres parties prenantes, qui peuvent récolter quantité d’informations sur l’entreprise et ses processus internes.
Autrement dit, le client est désormais beaucoup plus averti que par le passé et peut très facilement comparer les offres d’une entreprise avec celles de ses concurrents, grâce à la manne d’informations disponibles sur Internet. Ce changement exige des entreprises qu’elles mènent une réflexion profonde en matière de réputation, avec pour corollaire une refonte de leur politique de communication et de marketing.
Ce qui est plus préoccupant encore est le fait que le modèle économique d’une entreprise peut être menacé du jour au lendemain. En effet, de nouveaux entrants issus du Web, qui n’appartenaient pas à un secteur d’activités défini, peuvent pénétrer ce secteur et capter la clientèle bien établie. Je pense là par exemple au marché des paiements. De nouveaux acteurs du monde technologique ou des télécommunications concurrencent sérieusement les banques, des sites de mise en relation concurrencent l’hôtellerie, etc.
Pour contrer ce phénomène, les sociétés cherchent aujourd’hui à passer d’une logique de vente de produits à une logique d’offre de services. On cherche à développer «la valeur d’usage». Aussi, nombre d’entreprises investissent des domaines connexes à leur activité de base, pour améliorer au maximum ce que l’on nomme «l’expérience client». L’objectif est de mener à la consommation de leurs produits en satisfaisant un besoin plus large, parfois gratuitement. Ce changement de paradigme implique une grande faculté d’adaptation et de l’agilité de la part des entreprises, qui reposent sur un changement culturel et organisationnel.
 
Comment EY accompagne-t-elle ces transformations dans ses activités de conseil aux entreprises ?
 
Nous avons identifié quatre thématiques sur lesquelles EY apporte une valeur ajoutée forte. Ce sont : les nouveaux modèles économiques, l’expérience client, les processus et technologies et enfin la dimension culture et organisation.
En ce qui concerne les nouveaux modèles économiques, EY assiste ses clients tant sur la définition ou l’adaptation des nouveaux modèles d’affaires que sur les nouveaux canaux de distribution et l’innovation continue.
En matière d’expérience client, nous aidons les entreprises à améliorer la façon dont elles interagissent avec leurs clients et à tirer au mieux parti des outils numériques pour faciliter la consommation de leurs produits.
La problématique des processus et technologies couvre l’architecture informatique, la gouvernance de l’informatique, la digitalisation des processus et la cyber-sécurité, qui sont tous des enjeux déterminants qu’il convient d’aborder dans une approche globale et qu’EY maîtrise parfaitement.
Pour finir, la dimension culture et organisation renvoie aux nouvelles façons de travailler, à savoir la capacité d’une organisation à faire évoluer ses modes de fonctionnement. Il faut en effet repenser la façon dont les ressources sont mobilisées et les projets menés dans une logique de multidisciplinarité et de plus grande rapidité.

Lire sur le même sujet: