Accompagner le concept d’habitat partagé au Luxembourg

Société de promotion immobilière fondée il y a treize ans, Codur intègre depuis toujours une dimension durable dans ses projets. Ses réalisations s’appuient donc sur trois axes: construire de manière écologique, prendre soin de l’humain et remplir un objectif de rentabilité.
Rencontre avec Audrey Nagel, directrice adjointe.
 
Comment les principes de durabilité se traduisent-ils concrètement dans vos réalisations?
 
Nous étudions l’intégration des matériaux dès la conception de nos projets, en s’appuyant sur nos critères de durabilité, de faisabilité et de rentabilité.Nous n’utilisons, par exemple, que des châssis de fenêtres en bois. Nous avons innové récemment avec l’application de peinture et d’enduit à l’argile,même si le tarif est très différent de celui des produits couramment utilisés. Nous en avons notamment mis en oeuvre dans l’ensemble des habitations d’une résidence à Bonnevoie. Cela a été une première aussi bien pour nous que pour notre sous-traitant. Le projet a donc fait l’objet d’une analyse approfondie en amont, tant au niveau de l’exécution que de la pédagogie à apporter aux usagers. Un monitoring sera d’ailleursmis en place pour suivre l’évolution du matériau dans le temps. Les habitants ressentent déjà un réel effet positif sur leur confort de vie.
 
Que signifie «prendre soin de l’humain» pour vous?
Mettre l’humain au cœur de nos projets. Nous ne voulons pas simplement construire des logements, les vendre et dégager une marge, nous souhaitons aller au-delà de cette démarche et imaginer que les résidents puissent vivre ensemble. Tout le challenge est de réaliser des bâtiments d’habitat collectif qui préservent l’intimité de chacun, tout en favorisant les échanges. Par exemple, nous construisons actuellement une résidence de quinze appartements à l’arrière de laquelle un terrain de huit ares accueillera un potager commun. Chaque résident aura donc la chance de pouvoir cultiver ses fruits et légumes à côté de son voisin, tout en disposant d’une partie privative, et de pouvoir profiter d’espaces de détente collectifs. L’année dernière, nous avons également fait l’acquisition d’un terrain proche de Luxembourg Ville, sur lequel nous allons développer un projet qui s’inspire du concept d’habitat partagé. Un lieu de vie commun sera aménagé en dehors des habitations privatives. Il permettra à l’ensemble des résidents de recevoir leur famille autour d’un barbecue, ouaussi de pratiquer ensemble des activités, comme des cours de sport ou des formations. L’objectif -et le défi- est qu’une petite communauté se constitue.
 
Quelle est la différence entre habitat partagé et habitat collectif? Et comment Codur participe à ce mouvement?
Au départ, un projet d’habitat partagé est réalisé à l’initiative d’un groupe de personnes souhaitant vivre ensemble. Ces personnes s’associent et endossent conjointement le rôle de promoteur: elles cherchent un terrain qui plaise à tous, supervisent la réalisation du projet et assument les risques financiers qui y sont liés. En tant que promoteur, nous ne voulons pas biaiser la démarche, qui est très belle, mais l’accompagner et, pourquoi pas, lui donner un petit coup de “boost” au Luxembourg. Le défi face auquel nous nous trouvons est de développer un projet qui soit suffisamment convaincant pour donner des idées à d’autres personnes. Je pense que le “vivre ensemble” est une approche que l’on se doit de travailler en collaboration avec les communes, car –et c’est tout à fait légitime- ce n’est pas un concept qu’elles connaissent ou qu’elles maîtrisent forcément.
 
Hormis l’implémentation du concept d’habitat partagé, sur quels “chantiers” vous concentrez-vous en ce moment?

Les prix d’acquisition des terrains engendrent une évolution de notre mode opératoire. La deuxième grande réflexion qui nous occupera cette année concernera donc la façon dont nous pouvons construire moins cher. Cette réflexion portera sur nos méthodes de travail au sens large: sur les techniques de construction, bien sûr, mais pas uniquement. Elle englobera également le management, la valeur ajoutée que l’on peut sortir de toutes les actions menées depuis le premier intérêt porté sur un terrain jusqu’au service après-vente délivré sur les appartements.
 
Parmi les projets que vous portez, celui de Maison de la Transition a retenu mon attention. De quoi s’agit-il?
A l’origine de ce projet, il y a deux passionnés: Norry Schneider et Eric Lavillunière, qui estiment que le système socio-économique dans lequel nous évoluons n’est pas viable et que l’on doit envisager une autre forme de vivre ensemble, de travailler ensemble et d’avoir une économie ensemble. Le but de l’organisation qu’ils ont lancée est de faire la transition entre la société d’aujourd’hui et celle de demain, en amenant les gens à réfléchir autrement pour arriver à une économie solidaire et basée sur l’écologie. Convaincues par ce projet et partageant les intérêts de ses porteurs, nous avons souhaité accompagner son lancement en leur offrant, pendant une période de six mois, 140 m2 de locaux à Esch-sur-Alzette ayant une position centrale et une visibilité qu’ils recherchaient. Ils ont aussi mis en place un partenariat avec la commune d’Esch qui débutera après cette période dans un autre local en centre-ville. Récemment, le projet a profité du soutien de l’Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte dans le cadre de l’appel à projets “Yes We Care”. L’association est très active dans le Sud du pays où elle compte de nombreux membres, mais il lui manquait un lieu pour organiser des conférences et des évènements, mettre en avant les producteurs locaux à travers une plateforme Web, ou accueillir du public dans un esprit de partage et de convivialité. Elle l’a désormais.

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