SIPEL ou l’art de faire toute la lumière sur les produits
L’avènement de nouvelles technologies dans le domaine de l’éclairage a amené son lot de bonimenteurs. SIPEL, société spécialisée dans la distribution et aussi la conception d’éclairage depuis plus de cinquante ans se situe aux antipodes de ces pratiques et s’érige même en référence en la matière. Interview de Volker Thiel, ingénieur diplômé et maître de conférence en architecture pour technique d’éclairage, Michael Thiel, gérant de SIPEL et adjoint à la direction d’Hans Auler GmbH, et d’Andreas Thiel, gérant d’Hans Auler GmbH.
Messieurs, vous êtes à la tête de deux sociétés spécialisées tant dans la distribution d’éclairage que dans la conception d’éclairage, SIPEL et Hans Auler GmbH. Quelle est votre approche de la lumière ?
VT: Les nouvelles technologies dans le domaine de l’éclairage, telles que les LED, ont enfanté un nombre impressionnant de bonimenteurs sur ces créneaux très porteurs. On a ainsi bien souvent affaire à des revendeurs qui n’ont aucune expertise dans le domaine de l’éclairage, qui cherchent simplement à écouler leur stock de marchandises, sans jamais se poser la question des besoins de leurs clients.
C’est toute la philosophie contraire qui nous anime, en tant qu’experts dans le domaine de l’éclairage et du câble depuis le début des années 1960. En effet, en tant que sociétés indépendantes de tout fabricant, nous considérons notre métier comme une activité multidisciplinaire nécessitant une connaissance approfondie des technologies d’éclairage et des produits, et également des besoins des clients, du marché… sans oublier de l’architecture, domaine dans lequel nous excellons tous les trois.
Cette expertise est un prérequis incontournable si l’on prétend fournir des conseils avisés tant aux consommateurs finaux qu’aux ingénieurs ; elle permet de déjouer tous les pièges du marketing des fabricants.
Pouvez-vous préciser ?
MT: Pour prendre l’exemple des LED qui sont devenus la grande tendance dans notre métier, le marketing cible tout particulièrement la notion de « durabilité », raison pour laquelle nous invitons nos clients à prendre en considération tout ce dont il n’est justement pas fait état au niveau de la communication produit, ceci afin d’éviter toute déconvenue dans l’exploitation de leurs installations.
Le piège, si l’on puit dire ainsi, réside dans le fait que les vertus annoncées des produits en termes de longévité, consommation, émission lumineuse, rendu de couleurs, pour n’en citer que quelques exemples, s’avèrent souvent infondées. En fait, nous avons trop peu de recul vis-à-vis des nouvelles technologies, ce qui doit nous pousser à la prudence dans notre activité de conseil.
Précisément, face à la nouveauté de ces technologies, comment prétendre bien conseiller ses clients ?
AT : C’est d’une part notre expérience de longue date avec les technologies plus anciennes, d’autre part notre collaboration étroite avec des scientifiques de renom qui nous permettent de jauger un produit dernier cri et de peser le pour et le contre du recours à celui-ci dans une situation donnée. De fait, nous tenons nos informations de laborantins et non des départements marketing des fabricants. Précisons que les distributeurs d’éclairage SIPEL et Auler possèdent chacun leur propre département de planification.
Ces considérations mises à part, il est intéressant de souligner que le problème que l’on rencontre souvent en matière d’éclairage est que l’utilisateur n’est pas en mesure de porter son dévolu sur un produit suivant une décision bien déterminée mais suivant un sentiment, une sensation, celle de se sentir à l’aise ou pas dans un endroit éclairé. A nous, concepteurs d’éclairage, de bien orienter le client, de trouver la solution la plus appropriée à ses désidératas.
SIPEL adresse avant tout ses services aux professionnels, soit aux architectes, ingénieurs-conseils et électriciens. Quelles sont les grandes réalisations qui portent votre empreinte ?
AT: Citons pêle-mêle le Musée d’Art Moderne (MUDAM), l’hôpital du Kirchberg, la Chambre de Commerce, et plus récemment l’ancienne mairie de Differdange ou encore l’exposition permanente au siège de Luxlait. Comme vous pouvez le constater, ce sont autant de projets foncièrement différents, avec des exigences très distinctes. Si l’aspect sécurité prime pour un hôpital, l’aspect artistique prévaut bien évidemment pour une exposition. Idem pour l’éclairage de nuit de l’ancienne mairie de Differdange, qui, comme pour l’exposition permanente de Luxlait, a fait l’objet d’une étude très poussée de la part d’un bureau d’étude en éclairage.
Vous avez évoqué la notion de « durabilité », qui est amenée à jouer un rôle toujours plus important dans l’industrie et l’artisanat. Comment cette notion s’articule-t-elle dans votre métier ?
MT: Il est essentiel de garder à l’esprit que la « durabilité » ne concerne pas que les produits. Pour prétendre à un projet durable, il convient de prendre en considération la durabilité dès la phase de conseil. Plusieurs questions déterminantes se posent d’emblée, telles que «Quelle est la nature des besoins ?», «A quoi ressemblera le projet ?», «Quelles sont les exigences en matière de sécurité, de budget énergie, etc. ? », autant de questions auxquelles des concepteurs d’éclairage doivent être à mêmes de répondre.