«L’ICT est un “enabler”»
Après avoir longtemps misé sur des niches législatives et réglementaires, le Luxembourg a aujourd’hui un nouvel argument pour pérenniser le tissu économique existant et pour l’enrichir: un environnement à la pointe de la digitalisation. Elaborée en vue de déployer cet écosystème propice au développement, la stratégie Digital Lëtzebuerg concerne et implique plusieurs ministères, dont le ministère de l’Economie.
Interview de Mario Grotz, directeur général de la recherche, de la propriété intellectuelle et des nouvelles technologies au ministère de l’Économie.
Quel est le rôle du ministère de l’Economie dans le déploiement de la stratégie Digital Lëtzebuerg? De quel “volet” de cette stratégie s’occupe-t-il?
Le Conseil de gouvernement a décidé de faire de l’ICT une de ses grandes priorités . Pour ce faire, il a réuni trois ministères au sein d’un groupe, afin qu’ils définissent ensemble une stratégie et qu’ils soutiennent les autres ministères et le secteur privé dans ce domaine. Il s’agit du ministère de l’Etat représenté par le Service des Médias, du ministère des Finances, secteur dans lequel l’ICT occupe une place de plus en plus prépondérante, et du ministère de l’Economie. Bien sûr, le ministère de l’Economie a un grand intérêt pour l’ICT car non seulement l’ICT lui-même a un fort potentiel -il est devenu notre deuxième pilier économique après la finance et il continue à croître-, mais en plus il a de multiples applications dans les autres secteurs sur lesquels nous avons choisi de nous concentrer: les technologies de la santé, le développement durable, la logistique, les technologies spatiales, etc. L’ICT est en fait un “enabler” en ce sens qu’il permet de développer de nombreux secteurs.
Nous cherchons à développer des centres de compétences dans des domaines très spécifiques pour attirer des entreprises, parmi lesquels l’ICT. Pour remplir cet objectif, nous nous sommes d’abord focalisés sur l’infrastructure. Nous sommes le pays le mieux connecté en Europe et nous sommes aussi celui qui regroupe le plus grand nombre de centres de données ultra-sécurisés au monde: 40% de la totalité des datacentres européens Tier IV se trouvent au Luxembourg. Aujourd’hui, il ne s’agit plus uniquement de mettre en place une infrastructure, mais aussi de vendre aux entreprises des services innovants en termes de traitement et de sécurisation des données. Nous avons également investi dans la recherche, notamment dans la création d’un centre interdisciplinaire ICT au sein de l’université. Près de 230 chercheurs concentrent actuellement, entre autres, leurs travaux sur la transmission sécurisée des données.
Parallèlement, nous avons mis à disposition des entreprises des outils de financement pour soutenir le démarrage de start-up, les initiatives en matière de recherche et de développement, ou encore le dépôt de brevets, ainsi qu’un accompagnement individuel et personnalisé à travers notre agence nationale pour l’innovation, Luxinnovation. Nous avons également investi dans des incubateurs destinés aux start-up actives dans le domaine de l’ICT, notamment dans le Technoport.
Est-ce que la digitalisation concerne toutes les entreprises, ou seulement les plus grandes d’entre elles? Quelle plus-value cela apporte-t-il à une petite entreprise artisanale, par exemple?
La stratégie Digital Lëtzebuerg concerne toutes les entreprises, y compris les plus petites. Pronons l’exemple du programme « Fit4Innovation » implémenté par l’agence Luxinnovation. A travers ce programme , Luxinnovation analyse notamment les processus organisationnels et de production des PME et leur donne des recommandations pour mieux s’organiser. Ces recommandations concernent très souvent l’intégration de l’ICT dans l’organisation des entreprises pour les rendre plus compétitives.
Des centres de données Tier IV redondants et ultra-sécurisés, le déploiement d’un vaste réseau de fibre optique et la connectivité avec les principaux hubs internationaux, tout cela a un coût. Quelles sont les retombées attendues pour le pays?
Les retombées, nous les voyons déjà aujourd’hui. Nous misons sur l’ICT depuis à peu près une décénie et le secteur a déjà pris une certaine envergure puisqu’il représente quelque 15.000 emplois et une part du PIB de 7,3 %. Il est, de toutes façons, impératif de développer l’ICT vue l’importance qu’il constitue pour la croissance des autres secteurs.
Vous avez parlé de proposer des services innovants aux entreprises. On entend beaucoup en effet beaucoup parler d’innovation et d’éclosion de start-up, notamment dans le domaine de la Fintech. Comment l’innovation peut-elle être encouragée? Quelles initiatives seront mises en place dans ce sens?
Il faut bien sûr sensibiliser les acteurs existants à investir davantage dans les innovations liées à l’ICT. La fintech est clairement un volet très important. Il existe des initiatives concrètes en la matière visant à pérénniser ce que nous avons. Elles permettent d’analyser en détails ce que l’ICT pourrait apporter à la finance et comment il pourrait redéfinir les business models des entreprises de ce secteur, mais aussi d’autres secteurs.
Nous devons, par ailleurs, compléter notre tissu économique en attirant de nouvelles activités, qui proviennent presque toujours du secteur de l’ICT. Une étude récente de l’OCDE a révélé que la création d’emplois se fait surtout à travers les start-up, ce que nous avons tendance à négliger je crois. Il nous faut donc améliorer l’écosystème dans lequel les start-up peuvent évoluer au Luxembourg en créant des incubateurs, en proposant des moyens de financement, en mobilisant des compétences pour évaluer les bons projets et effectuant un suivi. L’amélioration de l’écosystème ICT est clairement une de nos priorités. MT