«Faire du Luxembourg un tremplin pour les acteurs qui veulent attaquer l’Europe»

La volonté d’attirer de nouveaux acteurs au Luxembourg n’est pas l’apanage des acteurs publics, les opérateurs alternatifs comme Telecom Luxembourg Private Operator ont également leur carte à jouer dans cette stratégie, comme le démontrent Vincent Nicolay, CEO, et Thomas Gintzburger, Deputy CEO et CFO.
 
Quelle valeur ajoutée le déploiement de la stratégie Digital Lëtzebuerg peut-il vous apporter?
VN: Nous nous sommes calés sur la stratégie gouvernementale -même si elle ne s’appelait pas encore “Digital Lëtzebuerg” au moment de la création de TLPO en 2009- pour développer notre propre stratégie et créer, au Luxembourg, un pilier économique supplémentaire par rapport aux piliers historiques. Cela nous a permis, avec des investissements moindres, de proposer une offre en termes de datacentres et de connectivité avec une approche qui différait de ce qui avait été fait jusqu’alors en ce sens qu’elle avait -et a toujours- une visée internationale.
Nous cherchons à faire du Luxembourg un tremplin pour les acteurs qui veulent attaquer l’Europe, c’est pourquoi nous avons créé un bureau à San Francisco qui a pour mission de prospecter le marché américain et d’inciter ses acteurs à implanter leur siège européen et leurs infrastructures au Luxembourg.
 
Quels arguments le Luxembourg a-t-il à faire valoir dans ce contexte?
VN: Le Luxembourg est le pays européen où l’aspect “dataprivacy” prend le plus d’importance. Edward Snowden a récemment révélé que les disques durs fabriqués aux Etats-Unis ont tous une bague d’or pour envoyer des informations à la NSA. La seule solution technique qui permet dès lors véritablement de sauvegarder les données est l’encryption. Non seulement la gestion sécurisée des données fait partie de notre ADN, mais en plus nous avons la chance d’avoir la loi la plus permissive en matière d’encryption en ce sens que le choix de la technique y est totalement libre. En plus, en cas de faillite d’un des membres de la chaîne, le gouvernement fait tourner les serveurs jusqu’à ce que le propriétaire des données puisse les récupérer.
Les arguments ne manquent pas pour faire du Luxembourg pays idéal pour y créer son siège social européen: une université qui déploie les compétences nécessaires, une économie ouverte, stable et diversifiée -triple A-, un des meilleurs PIB mondiaux par habitant, un régime fiscal favorable, un soutien aux entreprises innovantes, une électricité qui est une des moins chères d’Europe, une image politiquement neutre, une position géographique centrale, des charges sociales faibles, une certaine facilité d’accès au gouvernement et à l’ensemble des administrations, un environnement multiculturel et multilingue… Sans compter que nous devrions être un des premiers pays à donner la même valeur à un document numérique qu’à un document papier, que nous pratiquons par tradition des prix clairs et sans surprise, et que nous avons des infrastructures parmi les meilleures au monde. Le Luxembourg compte plus de datacentres Tier IV que les Etats-Unis, qui sont pourtant 500 fois plus grands!
 
L’heure est au développement de services innovants, dixit Xavier Bettel dans une interview qu’il nous a accordée. Que signifie innover pour TLPO? Rencontrez-vous des obstacles à l’innovation?
VN: Nous souhaitons utiliser tous les outils de soutien à l’investissement, à la recherche et au développement. Nous avons un incubateur dans nos locaux qui nous permet d’attirer physiquement des sociétés au Luxembourg, car nous ne cherchons pas seulement à apporter des datacentres et de la connectivité, mais également à créer des emplois. Dans l’ecosystème actuel, il manque des possibilités de financement pour permettre aux startups qui sont dans la phase “seed” de se fixer localement.
TG: Ces startups se heurtent aussi à la difficulté à communiquer sur la valeur ajoutée que peuvent apporter les innovations dans le secteur IT et à se faire comprendre. Aujourd’hui, on finance du matériel, mais on ne finance pas des idées, or l’innovation, dans notre secteur, passe avant tout par des idées.
 
TLPO vient d’acquérir le réseau fibres optiques international développé par Luxconnect. Quel objectif visez-vous avec cette acquisition?
VN: Avant le rachat du réseau international de Luxconnect et moins de six ans après notre création, nous étions déjà le premier opérateur international au Luxembourg. Avec ce rachat, ce n’est plus discutable. Notre but n’est évidemment pas de laisser ce réseau en état, mais d’y investir –notamment en le faisant passer de 10 Gbits et à 100 Gbits-, et d’en faire un des réseaux les plus performants d’Europe pour, encore une fois, attirer de nouveaux acteurs. Cette opération est une première étape qui va nous permettre de construire et de développer notre société à l’international.

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