L’être humain au centre de la réflexion
Hollerich Village est un projet urbain phare, principalement résidentiel avec une large palette de fonctions et infrastructures publiques et privées: un vrai morceau de ville contemporaine et durable, belle synthèse entre les faubourgs de Belair et Merl et le quartier de la Gare, avec une inspiration tirée des meilleures expériences internationales.», explique Xavier Delposen, PDG du groupe Schuler, promoteur de l’éco-quartier ‘Hollerich Village’. Interview.
Hollerich Village, dont Schuler est le promoteur, est un projet en réflexion depuis plusieurs années. Quels sont vos partenaires et à quel stade en est-on aujourd’hui ?
Actuellement, nous collaborons de façon fructueuse avec les équipes de la Ville sur le nouveau plan directeur de la Porte de Hollerich afin d’intégrer notre projet dans un quartier de plus grande envergure.
Il y a plusieurs types de partenaires dans ce projet: les partenaires du plan d’action dont le bureau d’architecture Polaris, en premier lieu, avec qui nous avons défini le projet et choisi le label One Planet de Bioregional pour nous accompagner. A cela se sont ajoutés les autres membres de l’équipe du plan d’action ‘One Planet Communities’, les partenaires institutionnels tels que les l’Athénée, l’International School, l’Ecole européenne, le Lycée Josy Barthel ou l’Université, et les soutiens entreprises (la liste sur www.hollerichvillage.lu).
Hollerich Village est un éco-quartier phare. D’où est née la volonté de créer un quartier aussi avant-gardiste en matière de développement durable ? Quelles ont été vos «sources d’inspiration» ?
Notre mission et celle de nos partenaires est de proposer un mode de vie de haute qualité en harmonie avec les ressources de la planète. Il ne s’agit pas seulement de construire des bâtiments innovants technologiquement : leur usage dans la réalité doit être conforme à la vision élaborée. Pour cela, les réflexions sur les lieux de vie du futur doivent être menées autant du point de vue humain et social qu’environnemental ou énergétique. Il s’agit ensuite d’assister et d’animer un public qui pourra en tirer le meilleur profit, pour, à son tour, innover et être moteur d’une transition vers des villes durables.
Par ailleurs, l’aspect économique est capital. Notre conviction est que cette démarche est la plus adaptée pour un groupe familial qui a une perspective de long terme. Dans ce contexte, le groupe, qui est centenaire, a toujours su anticiper les évolutions économiques importantes. Les bâtiments durables offrent les avantages d’afficher moins de vacance locative ou de trouver plus rapidement acquéreur, des charges plus réduites et un espace d’innovation ou un élément de responsabilité sociétale pour les utilisateurs. Ils stimulent la créativité et invitent les usagers et les visiteurs à penser autrement. Un autre avantage pour les actionnaires est la conservation de valeur sur le long terme, surtout pendant les crises.
Du point de vue économique, nos réflexions sur la crise nous amènent à vouloir mettre en valeur et renforcer l’économie locale. L’innovation est un des moyens d’y parvenir car elle permet l’acquisition de savoir-faire et d’avantages compétitifs pour les entreprises luxembourgeoises. La réussite des commerces, des activités artisanales et l’attractivité de la zone pour les entreprises et les résidents dépendent de la réussite du projet et de l’animation de ce lieu de vie.
Enfin, Hollerich Village peut devenir un projet de quartier durable phare pour le Luxembourg et pour la Ville, comme il y en a déjà dans d’autres pays, et il peut devenir une destination de tourisme supplémentaire à ce titre.
Pour les sources d’inspiration urbanistiques, je citerais le réseau des One Planet Communities car il fourmille de personnalités motivées et de projets innovants, mais aussi les quartiers Vauban à Freibourg et Eva-Lanxmeer à Utrecht.
Quels sont les plus grands défis dans ce contexte, tant au niveau de l’aménagement de la zone que des bâtiments eux-mêmes ?
D’abord j’aimerais rappeler les fondamentaux du projet: il s’agit de réaliser la transition d’une zone artisanale discrète et un peu oubliée, en une zone stratégique d’entrée dans le centre-ville, idéale pour y habiter à condition de prendre les mesures environnementales et urbanistiques à la hauteur des enjeux et des contraintes. Nous avons une opportunité historique avec le nouveau PAG, ou une modification ponctuelle si nécessaire, pour reclasser la zone après plus de douze ans de concours, d’études, de versions successives du plan directeur, et de discussions entre l’Etat, la Ville et les propriétaires.
L’objectif est de réaliser un projet urbain phare, principalement résidentiel, avec toutes les fonctions et infrastructures publiques et privées: un vrai morceau de ville contemporaine et durable, belle synthèse entre les faubourgs de Belair et Merl et le quartier de la Gare, avec une inspiration tirée des meilleures expériences internationales. La Commune est un des acteurs majeurs dans la zone avec une quantité importante de terrains à valoriser au profit des populations résidentes.
Tous les intervenants sont conscients que Hollerich Village ne doit pas être un ilot au milieu d’une urbanisation plus classique mais que le projet doit s’intégrer dans un quartier de plus grande envergure comme le prévoit le plan directeur. Il pourra être un moteur pour le développement de cette zone. Il pourra aussi être ensuite reproductible pour d’autres développements.
Nous savons à présent comment construire des bâtiments peu énergivores en exploitation, il est important d’associer aussi une réflexion sur le cycle de vie du bâtiment, son impact sur l’environnement depuis le terrassement jusqu’à la déconstruction. Son intégration dans le tissu économique et dans le réseau de transport en commun est aussi capital.
Enfin, le développement des énergies renouvelables nous paraît stratégique. Vu les crises actuelles au Moyen Orient ou en Russie, la transition énergétique est le moyen d’assurer plus d’autonomie et une fiabilité des approvisionnements.
En quoi ce projet se différenciera-t-il du projet Esch/Belval – en phase de réalisation très avancée, et déjà très ambitieux d’un point de vue urbanistique ?
La spécificité du projet de Belval est l’intégration de la Cité des Sciences et du patrimoine industriel de la sidérurgie dans un quartier urbain avec une très grande proportion de bureaux et de commerces. Le projet Hollerich Village, de par ses fonctions, est beaucoup plus axé sur le logement et sur l’aspect social.
Plus généralement, à quoi ressemblera ou devrait ressembler selon vous la ville ou le quartier de demain (il est désormais beaucoup question de « smart city » ou de « slow city ») ?
Du point de vue de l’aménagement et du lieu de vie en général, un tel quartier devrait être associé à la notion d’urbanité, c’est-à-dire une certaine densité, une mixité sociale, générationnelle, une mixité d’usages, à de l’animation culturelle et économique mais aussi à des espaces de tranquillité résidentielle, des espaces verts et agriculture urbaine, à de la mobilité douce, à des locaux partagés et des initiatives coopératives,… la liste n’est pas exhaustive. Dans ce concept, la technologie devrait être au service de modes de vie durables, les encourager et les faciliter.
PhR