«Marketer» le statut PSF, un facteur clé de succès pour le Luxembourg

Investir dans le statut PSF a jusqu’à aujourd’hui constitué un avantage commercial pour les entreprises en leur permettant l’accès à un marché, encore faut-il que celles-ci prennent conscience de cet avantage conféré par le statut PSF et qu’elles en acceptent les obligations. Interview de Michel Rodriguez, Business Manager Financial Markets et représentant FINTECH chez EBRC.
 
David Hagen, CIO de la Commission de Surveillance du Secteur Financier, a récemment exprimé de vives critiques à l’égard de certains PSF de support, affirmant qu’une minorité seulement d’entre eux respectent les réglementations auxquelles ils sont soumis. En tant que PSF, quelle est votre réaction face à ces assertions?
Pour répondre à votre question, sans doute que certains PSF ont malheureusement pris cette réglementation comme une contrainte au lieu d’une opportunité, et, dès lors, font preuve de légèreté dans leurs obligations, notamment au niveau du reporting. Je rejoins donc les conclusions tirées par David Hagen sur le manque de sérieux d’un certain nombre d’acteurs dans l’industrie de support à la finance.
 
Le statut PSF est-il selon vous un atout de taille ou pas ?
Nous sommes convaincus chez EBRC que le statut PSF constitue un atout de taille, dans la mesure où les exigences légales qu’il implique à la base sont un gage de sécurité considérable pour le client. Il faut par exemple garder à l’esprit que l’accès aux données sensibles confiées aux PSF est strictement règlementé, que les employés et les managers du PSF sont pénalement responsables en cas de non-respect des règles, pour ne citer que ces deux points.
Encore faut-il réunir plusieurs conditions pour faire de ce statut un atout. La première serait de ne pas le «brader», par exemple ne pas descendre le ticket d’entrée (financier et réglementaire) en dessous d’un certain seuil. Niveler vers le bas est un phénomène qu’il faut éviter dans l’intérêt des prestataires PSF. Par ailleurs, toutes les sociétés n’ont pas vocation à devenir PSF.
La deuxième condition réside dans le respect du statut lui-même par ceux qui l’obtiennent et désirent le conserver, lesquels doivent saisir l’enjeu que représente ce statut dans leur activité commerciale, et en faire cas.
La troisième condition serait de faire évoluer le statut PSF en l’associant à d’autres atouts à caractère normatif, tels que la législation luxembourgeoise sur la réversibilité des données, les normes et certifications ISO 27001, ISO 20000, PCI DSS ou encore Tier IV pour les sociétés opérant des Data Centres.
La quatrième et dernière condition, et non des moindres, serait de revoir la stratégie de promotion du statut PSF, en particulier à l’international, qui n’est pas suffisamment utilisé comme argument de différenciation commercial. Il convient ainsi, selon moi, de le «remarketer».
 
Le statut PSF fait-il recette auprès de la clientèle internationale?
Oui, absolument. Nous sommes actifs sur le marché européen et nous pouvons vous confirmer que le statut PSF est un bel argument de vente, même en dehors du secteur financier. Nombreux sont les domaines dans lesquels la protection des données sensibles est un élément vital, et lorsque l’on peut démontrer quel’on est une société régulée au même titre qu’une banque, l’argument fait mouche à l’international, où un tel statut n’existe pas. C’est d’autant plus apprécié depuis les révélations de l’ex-agent de la NSA Edward Snowden en matière de Privacy et de sécurité.
Ceci m’amène à suggérer, à titre personnel, que la dénomination «PSF» pourrait être mise en valeur au-delà du secteur financier. En effet, ce lien originel avec le secteur financier est restrictif, il faudrait en améliorer la compréhension, la visibilité et mettre en avant les avantages liés aux règles imposées par ce statut, et ce, en particulier au niveau des données sensibles. C’est d’autant plus intéressant dans un contexte marqué par la levée du secret bancaire au Luxembourg, qui aura des répercussions inévitables sur les PSF qui se devront de trouver de nouveaux marchés dans d’autres branches d’activité.
 
Quelques mots sur l’initiative «Digital Lëtzebuerg», présentée fin octobre par le Premier ministre Xavier Bettel ?
Le timing est parfait. Le Luxembourg possède aujourd’hui des infrastructures IT de premier plan, notamment en matière de Data Centre, et il fallait prendre la décision de passer à la vitesse supérieure afin de diversifier une économie trop dépendante d’un secteur bancaire en perte de vitesse. C’est maintenant chose faite avec ce programme ambitieux, qui a pour vocation le regroupement d’experts, tant du secteur public que des secteurs privé et académique, autour de thématiques spécifiques dans les technologies de l’information et de la télécommunication. C’est stratégique pour l’avenir du Luxembourg.

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