Une dynamique en marche

Si certains chantiers de la réforme du système des soins de santé accusent du retard, d’autres, en revanche, sont déjà réalité, à l’instar de l’enveloppe budgétaire globale et du référentiel harmonisé de comptabilité analytique des hôpitaux. Interview d’Anne Desfossez, Senior Manager chez KPMG Luxembourg.
Tous les spécialistes (experts du secteur public et même fonctionnaires au ministère de la Sécurité sociale) pointent les lacunes au niveau de la stratégie globale dans le domaine de la santé au Luxembourg (retard conséquent en matière de chirurgie ambulatoire et d’hospitalisation de jour, qualité de la documentation médicale, lacunes en matière de politiques de prévention ciblées, erreurs d’appréciation au niveau de l’assurance dépendance, et faible taux de pénétration des génériques). Quelle est votre position ?
Bien conscientes des lacunes existantes dans le domaine de la santé, les autorités luxembourgeoises ont à cet effet entrepris une réforme en 2010. S’il est vrai que certains chantiers accusent du retard, à l’instar du plan hospitalier, force est de constater que le secteur n’en demeure pas moins en plein mouvement.
Pouvez-vous très brièvement revenir sur les tenants et aboutissants de cette réforme ?
L’objectif de la réforme est la préservation de la qualité des soins au Luxembourg combinée à une maîtrise des coûts. Pour ce faire, plusieurs pistes ont été étudiées tel que l’introduction du médecin référent, la mise en place de centres de compétences, la valorisation du virage ambulatoire et l’implémentation d’une plateforme électronique nationale d’échanges et de partage des données de santé. .
Quel bilan peut-on tirer de cette réforme au stade actuel des choses ?
Parmi les réalisations, citons la mise en place d’une enveloppe budgétaire globale et d’un référentiel harmonisé de comptabilité analytique des hôpitaux ou l’introduction du médecin référent dans le cadre de la valorisation des soins primaires. Précisons toutefois qu’à la fin de l’année 2013 la moitié des médecins généralistes n’avait pas conclu de contrat, et que de façon générale, cette mesure ne semblait pas porter ses fruits sûrement à cause d’un manque de communication auprès de la population.
Sont en cours de réalisation la mise en route du projet de documentation hospitalière, l’inclusion des centres de compétences dans le nouveau plan hospitalier – lesquels permettront de favoriser les économies d’échelles, l’accès à une technologie de pointe tout comme à une meilleure expertise médicale – ainsi que la mise en place du Dossier de Soins Partagé.
La directive européenne 2011/24/UE relative aux soins transfrontaliers a été récemment transposée en droit luxembourgeois. Que change cette directive dans la pratique ?
Ce sont les notions de transparence et d’information qui ont été au centre des préoccupations des auteurs de la directive. Les patients, où que ce soit dans l’UE, bénéficieront d’une plus grande sécurité juridique, notamment en ce qui concerne le remboursement des soins prodigués dans un Etat membre. Concrètement, pour faire très simple, l’Etat membre d’affiliation devra rembourser les frais encourus par ses patients à hauteur des coûts qui auraient été pris en charge si les soins avaient été dispensés sur son territoire.
Par ailleurs, l’information des patients revêt une place importante, raison pour laquelle les Etats membres sont invités à instaurer des points de contact nationaux à même de fournir aux patients diverses informations. On peut émettre des réserves sur ce volet de la directive, dans la mesure où ni elle ni la loi luxembourgeoise qui en découle n’apportent de précisions sur la nature des informations à rendre publiques.
Tout ceci implique pour le Luxembourg de se doter d’un mécanisme transparent de calcul des coûts de santé et de la qualité de ses prestations. Parallèlement, l’offre de santé se doit de rester compétitive et de qualité.
En ce sens, les travaux réalisés dans le cadre de la documentation hospitalière permettront à terme de gagner en transparence sur les prises en charge et les ressources hospitalières utilisées en fonction de la criticité des patients.
Quelles peuvent être les bénéfices d’une telle politique de transparence ?
Des données plus fiables, plus transparentes et mieux structurées permettront aux pouvoirs publics de mieux connaître les pathologies prises en charge, comment elles sont prises en charge, combien elles coûtent et comment les ressources sont utilisées, ceci afin d’améliorer le pilotage du système de santé au grand bénéfice des patients.
J’aimerais ouvrir une parenthèse pour dire qu’il est à mon sens essentiel, dans ce cadre, d’analyser les données existantes au stade actuel des choses, avant de définir quelles sont les données qui doivent encore être produites, ceci afin de constituer une gouvernance autour de la collecte, du traitement et de la diffusion des données. L’objectif final serait d’implémenter des instances de contrôle indépendantes de la fiabilité des informations, qui font défaut au Grand-Duché.
L’arrivée du dossier de soins partagé (DSP) est annoncée depuis relativement longtemps. Quand le projet verra-t-il véritablement le jour ? Que faut-il principalement retenir de l’initiative, telle qu’elle a été mise sur pied ?
L’objet de cette initiative est de mettre au point un dossier électronique de partage d’informations de santé accessible aux prestataires de soins de même qu’aux patients. Ce dossier de soins partagé, qui contiendra toutes les informations relatives à l’état de santé du patient, permettra d’une part aux médecins de mieux appréhender et coordonner la prise en charge du patient, d’autre part, d’éviter des actes redondants et donc coûteux pour la Caisse Nationale de Santé. Il devrait entrer en production dès 2015.
 
 

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