«Le déclic n’est pas encore là»
Les instances européennes ont fixé aux Etats membres des normes contraignantes de taille dans le domaine des énergies renouvelables. Si l’objectif global est de parvenir à une part de 20% d’énergie renouvelable d’ici 2020 dans l’UE, les obligations de résultats varient énormément selon les pays, compte tenu des potentiels dans le domaine des énergies renouvelables et du PIB très différents entre les Etats, les deux principaux critères retenus. Les explications de Tom Eischen, commissaire du gouvernement à l’énergie au ministère de l’Economie.
Monsieur Eischen, tout d’abord, quelle est la vision globale du gouvernement en matière d’énergies renouvelables ? Dans quelle mesure répond-elle aux injonctions de Bruxelles, qui attend des Etats membres qu’ils réussissent à atteindre une part de 20% de sources d’énergies renouvelables dans le mix énergétique d’ici 2020 ?
Les instances européennes ont réalisé une évaluation des potentiels de chacun des Etats membres dans le domaine des énergies renouvelables, avant de fixer des objectifs individuels à atteindre en 2008. L’exécutif européen a fixé au Luxembourg un objectif de 11% d’énergie renouvelable de la consommation finale d’énergie en 2020, tout en étant conscient que le Luxembourg ne parviendrait pas à atteindre cet objectif par lui-même uniquement, raison pour laquelle il lui a consenti à recourir à des mécanismes de coopération. Concrètement, cela signifie que le Luxembourg peut remplir ses obligations en allant «piocher» partiellement sur des terres étrangères au sein de l’UE, compte tenu du potentiel limité dont il dispose.
Comment se décline dès lors la stratégie du gouvernement pour parvenir à cet objectif contraignant de taille ?
La stratégie s’articule autour de trois axes qui sont définies dans le Plan d’action national en matière d’énergies renouvelables. 4% du total de 11% d’énergie renouvelable en 2020 seront produits sur le territoire national.
5% de ce total de 11% proviendront du secteur des transports, ce qui se traduira par le recours à des biocarburants durables et à l’électromobilité, et ceci en raison de l’objectif contraignant européen de 10% de carburants renouvelables de la consommation finale d’énergie dans le secteur des transports en 2020.
Enfin, les 2% restants seront issus des mécanismes de coopération dans d’autres pays de l’UE.
Les partisans des énergies renouvelables s’accordent à dire que les énergies renouvelables tel que l’éolien, le solaire, l’hydroélectrique ou encore la biomasse peuvent facilement contribuer à atteindre cet objectif. Partagez-vous cet avis ? Quelles conditions doivent être réunies pour cela ?
L’étude sur la question menée en 2007 a consisté à déterminer le potentiel techniquement et économiquement réalisable sur le territoire national. L’objectif de 4% est considéré comme ambitieux, mais on peut toutefois l’atteindre.
Au niveau de l’énergie hydroélectrique, il n’y a quasiment plus de potentiel. Les projets actuellement en phase d’analyse, d’étude ou de réalisation dans l’énergie éolienne seront suffisants pour remplir leur quote-part. Dans le domaine de la biomasse et du biogaz, bien que l’on note certains progrès, il sera néanmoins difficile d’obtenir de meilleurs résultats encore, compte tenu de la taille limitée des exploitations agricoles et des oppositions exprimées par certains contre l’utilisation de ressources naturelles pour la transformation en énergie au détriment de l’alimentation.
Enfin, pour ce qui est de la photovoltaïque, notre ministère a engagé une actualisation de l’étude de potentiel sur les sources d’énergies renouvelables au Luxembourg tel que prévu par le programme gouvernemental. Cette étude poursuit le but d’améliorer le cadre pour la promotion des énergies renouvelables à moyen terme tout en considérant le contexte de baisse marquée des coûts de fabrication de cette technologie.
D’après les estimations d’Eurostat, l’énergie provenant de sources renouvelables s’élève à hauteur de 13% de la consommation finale brute d’énergie dans l’UE, en augmentation de près de 10% par rapport à l’année précédente (12,1%). Non seulement le Luxembourg ne se situe qu’à 2,9% en 2011, mais aucune augmentation n’a été constatée par rapport à 2010. Qu’est-ce qui explique le faible niveau de développement des énergies renouvelables dans le pays ?
Si l’on s’en tient aux chiffres de 2011, effectivement, les résultats ne sont pas entièrement satisfaisants. Il s’avère que les résultats des exercices suivants sont connus, et que le Luxembourg a fait de gros progrès depuis.
En effet, en 2012, le Luxembourg se hisse à 3,13%, avant d’atteindre même les 4,32% l’année dernière. La progression est donc notable.
Comment s’expliquer d’aussi bons résultats pour les deux dernières années de référence ?
En matière d’électricité renouvelable, grâce aux nouvelles installations éoliennes et solaires, le Luxembourg affiche des résultats en légère hausse.
Dans le domaine de la chaleur renouvelable, les progrès réalisés sont considérables, notamment de par le recours grandissant au chauffage à pellets de bois par les ménages et au bois par l’industrie.
Pour finir, la part plus élevée des biocarburants participe également à ces bons résultats. La somme de ces améliorations constatées explique ces résultats.
Il faut cependant garder à l’esprit qu’un ralentissement ou au contraire une croissance de l’économie pourra avoir pour effet direct une baisse respectivement une hausse de la consommation d’énergie, qui pourra se répercuter immédiatement sur ces chiffres. En effet, une baisse de la consommation aura pour effet un accroissement de la part relative d’énergie renouvelable et vice versa. C’est là un des facteurs déterminants qu’il convient de prendre en considération.
Même si le pays semble dès lors en passe d’atteindre les objectifs fixés pour 2020, ne risque-t-on cependant pas d’atteindre rapidement un seuil plafond ?
Nous sommes indéniablement sur la bonne voie. Mais, effectivement, comme vous le suggérez, il se pose la question du «seuil plafond». Pour pouvoir continuer à progresser, nous devrons recourir aux deux instruments de coopération que sont les transferts statistiques et les projets communs.
A cette fin, Nous sommes en contact étroit avec d’autres Etats membres pour discuter la coopération possible en matière d’énergies renouvelables.
Il s’agit au stade actuel des choses d’une démarche difficile, nombreux étant les Etats membres ne sachant pas encore s’ils seront en mesure de remplir leurs obligations ou non. Dès lors, certains pays européens hésitent encore à se lancer dans une coopération concrète sur base de transferts statistiques voire de projets communs; le déclic n’est pas encore là.
Quelque part, quoi qu’on en dise, à l’instar de l’achat de quotas de CO2, le Luxembourg est condamné à payer pour parvenir à ses objectifs, que ce soit par l’achat de surcapacités ou par l’investissement dans des projets situés en dehors de son territoire…
On peut voir les options de flexibilité de différentes façons. Les mécanismes de coopération visent en fait l’efficacité économique pour la réalisation des objectifs au niveau européen. Il s’agit d’une approche revêtant un esprit communautaire consistant à considérer que l’on peut faire mieux et moins cher si on agit ensemble au niveau européen et non pas de façon isolée au niveau de chaque Etat membre.
Un nouveau règlement grand-ducal ayant trait à la production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelable vient d’être adopté. Que prévoit-il ? En quoi la nouvelle réglementation diffère-t-elle de la précédente ?
Des subventions sont accordées aux différentes technologies, subventions qui ont été revues à la hausse pour toutes les technologies, sauf pour le photovoltaïque ou les prix des installations ont chuté très considérablement au cours des dernières années. Si les taux diffèrent néanmoins sensiblement entre les diverses technologies, en moyenne, les hausses sont de l’ordre de 20%. Cette réglementation vise à insuffler une nouvelle dynamique dans le domaine des énergies renouvelables. PhR