La nouvelle révolution de l’imprimerie
L’imprimerie, souvent définie comme «l’ensemble des techniques de reproduction d’un texte ou d’une illustration par impression à grande échelle», a beaucoup évolué ces dernières années, ce, pour faire face à l’avènement du numérique. L’Imprimerie Centrale en est sans doute l’exemple le plus éloquent, avec sa mise au point de systèmes de production dernier cri destinés aux grandes organisations internationales. Interview de Roland Dernoeden, administrateur délégué.
Monsieur Dernoeden, l’Imprimerie Centrale «produit» des documents, avant tout institutionnels, selon des méthodes de production qui ont beaucoup évolué ces dernières années. Qu’en est-il précisément?
Depuis la création de l’entreprise en 1961, nous avons entre autres comme clients les institutions européennes, pour lesquelles nous fabriquons le Journal officiel. Avec l’élargissement de l’UE et ainsi la multiplication des langues de travail, il nous a fallu, compte tenu du timing serré qui nous est accordé, recourir à l’informatique afin de produire de façon simultanée les documents dans toutes les langues officielles.
Aussi, ce partenariat avec les instances européennes nous a poussés à adopter très tôt des technologies nouvelles de création et de gestion de documents, à savoir la production XML de documents. C’est notre propre service informatique qui développe ce système de production de documents multilingues. Aujourd’hui, réinventer ses méthodes de travail n’est plus un choix mais une question de survie.
Dans ce processus de fabrication, il y a plusieurs étapes que l’on peut définir comme le cycle de vie d’un document.
Quelles sont-elles, ces étapes?
La première étape est celle de l’acquisition des documents, qui passe soit par le scan de documents – qui a remplacé la saisie de documents tel que cela était pratiqué dans le passé – ou la réception de documents électroniques existants.
La deuxième étape consiste dans la structuration des documents. Il s’agit de faire intervenir des automatismes dans la production, afin d’augmenter le rythme de production et de réaliser des sous-produits de documents. Si l’on souhaite ne conserver qu’un paragraphe ou certaines informations utiles d’un document, c’est aujourd’hui tout à fait possible. On peut ainsi aisément réaliser des publications ou des séries à part, qu’elles soient imprimées ou digitalisées pour des supports électroniques tels que les tablettes tactiles. C’est ce que les Anglo-saxons qualifient de ‘mixed model production’.
Quid des étapes postérieures?
Le document structuré, il évolue dans un programme de mise en page, l’objectif étant d’obtenir du texte informatique lisible, qui a vocation soit à être imprimé, soit à être intégré sur tablette ou sur Internet. C’est là la troisième phase du cycle de vie du document, la présentation ou ‘rendering’ en anglais. A ce stade, il convient d’ajouter du graphisme, des images voire de la 3D, de la vidéo ou de l’animation, selon le support, le choix de l’auteur ou la cible recherchée. A titre d’exemple, au lieu de recevoir le Journal officiel de l’UE de plus de 100 pages dans son intégralité, grâce au système de structuration, le lecteur pourra cliquer sur les éléments qui l’intéressent, et tout le reste disparaîtra de son écran. Idem pour le papier, où l’on peut très bien imaginer des tirés à part.
La dernière phase est celle de la diffusion papier ou Internet. Si les bases sont accessibles au plus grand nombre aujourd’hui, il y a moyen d’aller plus loin. En cela, l’Imprimerie Centrale assure la portabilité des documents en multipliant les supports, notamment les applications sur smartphones.
Cinquième et dernière phase, celle de la communication, de la régie publicitaire. Comme pour toute autre société, il est en effet incontournable de faire connaître ses produits et services.
Vous évoquiez les systèmes de production de documents mis au point par vos soins, destinés à la création et à la gestion de documents par le biais de technologies nouvelles? Pouvez-vous préciser ?
Comme dit, les informations nous sont communiquées par le client. Prenons l’exemple de la Banque centrale européenne, pour laquelle nous mettons à disposition une plateforme documentaire collaborative pour les besoins des publications officielles, plateforme qui permet aux banques nationales de chaque pays européen d’être connecté à la BCE.
Cette plateforme est en réalité un système de production à part entière, lequel permet de simplifier considérablement le travail des collaborateurs des banques nationales qui n’ont désormais plus besoin de se déplacer chaque mois à Francfort avec la réduction des coûts que ces déplacements supposent. Sont actifs sur la plateforme les auteurs, les correcteurs de texte, les réviseurs de documents, qui peuvent apporter les amendements qu’ils jugent utiles via différents accès selon la hiérarchie. Le graphisme et la mise en page, quant à eux, sont réalisés par nos soins.