Un fort potentiel

En plus d’une situation centrale qui en fait le point de départ idéal pour découvrir l’Europe, le Luxembourg concentre sur 2.586 km2 une grande variété de paysages. Entre un centre-ville historique classée Patrimoine mondial de l’UNESCO, deux parcs naturels -de l’Our et de la Haute-Sûre-, la Petite Suisse et ses formations rocheuses spectaculaires, le patrimoine industriel de la région des Terres Rouges et les coteaux plantés de vignes des bords de la Moselle, le visiteur a beaucoup à découvrir et le pays n’a pas fini d’exploiter toutes ses richesses.
Interview de Françoise Hetto-Gaasch, ministre du Tourisme.

Quels sont les enjeux économiques qui incitent à mener une politique de développement du tourisme? Quel est l’impact du secteur sur l’emploi notamment?

Nous pensons que le tourisme est un pilier très important de l’économie luxembourgeoise, un pilier qui mériterait d’être développé davantage. En termes de contribution directe, le secteur représente 1,9% du PIB, mais si l’on prend en considération toute l’industrie qui en dépend, comme les services de blanchisserie par exemple, on arrive à 5,4% du PIB. A titre de comparaison, le secteur industriel représente environ 7% du PIB. 5.500 emplois sont directement liés au tourisme et 17.000 y sont indirectement liés. Le World Travel & Tourism Council estime que nous avons, en outre, un potentiel de progression annuelle de 3,4%. Je crois que c’est le plus important à retenir. Je souhaiterais également citer un chiffre que j’ai trouvé intéressant: l’année dernière, pour la première fois, un milliard de voyageurs ont été recensés dans le monde.

Où se trouve ce potentiel de développement?

Nous constatons que les marchés asiatiques sont en pleine expansion. Les habitants de ces pays commencent à voyager à travers le monde et, pour le Luxembourg, il serait important d’avoir une part de ce marché. Je suis allée en Chine en août dernier et je compte y retourner cette année au mois d’octobre, dans le but notamment d’inciter à l’établissement d’une ligne aérienne directe entre le Luxembourg et la Chine.
L’avantage que présente le Luxembourg à ces touristes qui ont peu de temps pour voir beaucoup de choses est qu’il se trouve en plein milieu de l’Europe avec des connexions vers toutes les grandes villes et que les transferts à l’aéroport se font très rapidement. Je pense que nous sommes sur la bonne voie, car le vice-premier ministre chinois a fait un arrêt, non pas à Paris ou à Bruxelles, mais à Luxembourg lors d’un récent voyage entre l’Afrique et le Kazakhstan.

Qui sont les touristes qui viennent actuellement au Luxembourg? Outre la clientèle asiatique, qui ciblez-vous?

Actuellement, les Belges et les Hollandais, suivis des Allemands et des Français sont les plus nombreux à séjourner au Luxembourg. Pour l’année 2013, la cible prioritaire était la clientèle allemande. Le tourisme d’affaires représente 50% du volume total et, en centre-ville de Luxembourg, il atteint 67%.
J’aimerais citer une anecdote qui me tient fort à cœur: ce matin, j’ai rencontré une délégation d’une trentaine de personnes venues de Rhénanie du Nord Westphalie. Parmi ces personnes, quatre seulement avaient déjà visité le Luxembourg! J’en déduis qu’il faut absolument promouvoir le pays et en améliorer l’image de marque, parce que je trouve cela regrettable que même nos voisins ne connaissent pas les Ardennes, le Mullerthal, la Moselle, le Sud et ses Terres Rouges, ainsi que la belle Ville de Luxembourg et ses casemates.
Nous devons équilibrer nos efforts pour fidéliser la clientèle existante et pour cibler une nouvelle clientèle. Ce qui me semble également primordial est que les hôteliers soient conscients qu’ils doivent investir en permanence. Nous constatons que les entreprises qui dépensent pour améliorer la qualité de leurs infrastructures, mais également de leurs services, sont aussi celles qui ont les meilleurs chiffres. Les clients exigent des installations modernes et souhaitent qu’on se donne de la peine pour eux.

Le ministère soutient-il les efforts des hôteliers pour maintenir ou améliorer la qualité de leurs infrastructures? Quels sont les moyens déployés?

Nous menons une politique d’encouragement en faveur de l’investissement par le biais de notre 9e plan quinquennal qui prévoit une enveloppe de 45 millions d’euros à cet effet. Par ailleurs, nous avons également d’autres moyens de soutenir le secteur Horesca par le biais du département des Classes moyennes. Dans le cadre du 8e plan quinquennal clôturé en 2012, nous disposions d’un budget de 50 millions d’euros, dont nous avons liquidé 36,4 millions répartis de la manière suivante: 29,6 % ont été accordés à l’hôtellerie, 26% à des communes, près de 20% à des syndicats d’initiative et 15,6% aux secteurs conventionnés. D’autre part, le ministère des Classes moyennes a attribué 27,6 millions de subventions au secteur Horesca, au cours des cinq dernières années. Les hôteliers, les restaurateurs et les cafetiers ont énormément investi de leur côté: 170 millions de 2009 à 2012, dont 15 à 20 % ont été subsidiés par l’état.

En plus d’une politique d’investissement, le ministère du Tourisme a mis en place plusieurs labels pour encourager le développement d’infrastructures de qualité et les certifier. Quels sont-ils?

Le Service Qualität Lëtzebuerg est un label de qualité qui se décline en trois niveaux et permet aux établissements de perfectionner leur organisation pour, dans un second temps, améliorer leurs performances envers les clients. 135 entreprises ont déjà participé et 69 ont obtenu le label de qualité niveau un l’année dernière.
L’écolabel, que nous proposons en collaboration avec l’Oekozenter, est attribué aux campings, auberges de jeunesse, hôtels ou restaurants qui ont pris des mesures permettant de protéger l’environnement ou de réduire leur consommation d’énergie ou d’eau. Ces mesures peuvent concerner la gestion des déchets, le choix des produits de nettoyage, l’utilisation de produits bio ou du terroir ou l’encouragement à utiliser les transports publics, par exemple.
Le label EureWelcome concerne les établissements qui s’engagent à proposer des conditions optimales pour recevoir les personnes à mobilité réduites, en aménageant un ascenseur ou des chambres au rez-de-chaussée par exemple.
Enfin, le label Bed&Bike certifie les établissements d’hébergement qui réservent un accueil favorable aux cyclotouristes, en mettant par exemple à leur disposition un local pour sécher leurs vêtements, en leur donnant accès à des outils de réparation, ou encore en proposant un petit-déjeuner particulier pour les sportifs…

Vous parliez d’une enveloppe de 45 millions pour le 9e plan quinquennal. Quelles vont être vos priorités?

Le budget sera réparti entre les différents projets qui seront introduits. Les hôteliers ont prévu de nombreux investissements. Pour ce qui est des initiatives communales, je peux citer, entre autres, une nouvelle auberge de jeunesse à Beaufort ainsi qu’à Esch-sur-Alzette, un centre de loisirs ‘indoor’ à Clervaux, un bar à vins à Grevenmacher, un port de plaisance entre Mertert et Wasserbillig, un parc récréatif avec un centre pédagogique sur le thème de l’eau dans un château d’eau à Hosingen, un nouveau quai d’accostage et la rénovation de la piscine découverte à Remich, l’extension du musée des mines à Rumelange ou encore la création d’une luge d’été à Sanem. Les projets peuvent également être soumis par des syndicats d’initiative ou autres asbl, c’est le cas à Beaufort où nous subventionnerons la modernisation de la patinoire et au Parc Merveilleux à Bettembourg où des nouveautés seront proposées.

Qu’en est-il de la communication qui est un axe incontournable pour promouvoir le Luxembourg? Quels vecteurs utilisez-vous pour mettre en avant les atouts du pays?

Je salue tout d’abord l’effort qu’a fait le Luxembourg City Tourist Office qui a entièrement traduit son site Internet en chinois.
De notre côté, nous avons pu augmenter considérablement le budget du l’Office National du Tourisme (ONT) et ce, parce que le ministre des Finances et le Premier ministre sont convaincus du potentiel de développement que représente le tourisme luxembourgeois. Nous lui avons attribué 1,4 million d’euros supplémentaires pour faire de la promotion. Se basant sur les statistiques dont nous disposons, la directrice, Anne Hoffmann, a choisi de se concentrer sur le marché allemand cette année. Elle a pu insérer des annonces dans la presse allemande pour montrer que Luxembourg est bien plus qu’une place financière. L’ONT a aussi amélioré le site Internet visitluxembourg.lu. Le site propose une information complète sur l’offre touristique luxembourgeoise, de même que des liens vers les différents acteurs. Ces derniers mettent eux-mêmes à jour les informations publiées au sujet de leur offre, ce qui permet d’avoir un site animé et actualisé en permanence.

MT

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