«Notre système de santé est égalitaire et universel»
“Faire du Luxembourg le pays le plus sain du monde, une personne à la fois“. Cette devise en fait sourire plus d’un mais elle est pourtant tout à fait réalisable au regard des efforts que déploie le Grand-Duché. Dernier exemple en date, la Journée des Bourgmestres du jeudi 7 juin à Mondorf qui est placée sous le thème de la santé.
Mars Di Bartolomeo, notre ministre de la Santé, est le défenseur le plus vif de cette ambition. Et c’est grâce à quelques réponses seulement qu’il parvient à nous convaincre aussi.
“Faire du Luxembourg le pays le plus sain du monde, une personne à la fois“, tel est le fil conducteur du Sommet Luxembourgeois de la Santé. Que cela signifie-t-il pour vous alors que l’une des conclusions de ce Sommet était de constater que le Luxembourg se positionne comme le 3e système de santé le plus onéreux au monde en termes de dépenses de soins par habitant? Comment faire en sorte qu’il se hisse parmi les trois «meilleurs au monde», comme vous l’avez proposé par la suite?
Au Luxembourg nous avons la chance d’avoir un système de soins moderne et performant basé sur un financement solidaire qui ouvre à tout un chacun des soins de qualité et ceci sans distinction de la situation sociale des citoyens. Notre système de santé est égalitaire et universel.
Il est vrai, cependant, qu’il est parmi les plus chers au monde. Partant du fait que le prix que l’on paye pour notre système de santé est très élevé, que nous avons une base de financement solidaire et que nous avons un système de soin moderne, mon aspiration est que la qualité des services offerts soit au moins à la même hauteur que le classement par prix ou par accessibilité. De là à avoir pour ambition de faire du Luxembourg le pays le plus sain du monde, il n’y a qu’un pas. Un pas qui est dans la logique.
Cette ambition n’est pas que la nôtre. C’est aussi, et avant tout, celle de nos partenaires qui, après avoir jeté un coup d’œil à notre système de santé, estiment que nous avons les moyens d’atteindre ces objectifs. A nous, maintenant de prouver que, non seulement nous avons les possibilités et la volonté mais surtout qu’on y parvient.
Cela ne risque-t-il pas de faire augmenter encore plus les dépenses?
Attention, il ne faut pas confondre qualité et augmentation des coûts.
Le système grand-ducal dispose de réserves assez profondes et d’une large marge de manœuvres. Puisque, comme je l’ai dit, nous disposons déjà de moyens performants, ce qu’il faut aujourd’hui, c’est utiliser au mieux ces moyens.
La réforme de la santé va d’ailleurs dans cette même direction. En prévoyant notamment une meilleure documentation, une plus grande transparence et un renforcement de la médecine générale.
Le Sommet Luxembourgeois de la Santé témoigne de la nécessité d’un «changement radical mais avec des changements mineurs». N’est-ce pas un peu contradictoire?
La médecine de demain, et ce n’est pas valable que pour le Luxembourg, sera plus personnalisée, plus centrée sur le patient. Il ne s’agira plus de bombarder les maladies à spectre très large mais bien d’avoir des traitements très ciblés, très individualisés. Donc, ce qui peut sonner comme une contradiction n’en est une qu’à première vue.
En fait, ce qui est entendu dans cette idée, c’est de maintenir ce qui a déjà fait ses preuves par le passé tout en se lançant dans une évolution des soins la plus prometteuse qui soit. Il s’agit, en fait, d’allier la force de la tradition avec le progrès. Il nous faut certes être ambitieux, mais sans, pour autant, brûler ce qui a été construit par le passé.
Atteindre l’excellence n’est donc rien d’autre qu’un dialogue entre valeurs traditionnelles et progrès.
De manière plus concrète, en quoi consisteront ces changements et quand s’opéreront-ils? Il est notamment question de l’utilisation plus soutenue des nouvelles technologies…
Nos projets concernent surtout les domaines de la documentation médicale, de la gestion des dossiers, et, comme je vous l’ai dit, de la médecine de première ligne, c’est-à-dire, l’importance du rôle du médecin généraliste.
Nous misons d’autre part sur des projets de recherche dans les domaines des biotechnologies et de la médecine personnalisée.
Bien entendu, cette évolution souhaitée doit composer avec les évolutions technologiques qui peuvent se révéler comme de précieuses aides.
L’informatique, par exemple, peut jouer un rôle spectaculaire dans la prise en charge à distance des patients chroniques. Grâce à elle, le patient pourrait directement communiquer avec son médecin et elle pourrait également fournir toute une panoplie de données nécessaires à une prise en charge optimale.
Ce domaine présente d’infinies possibilités mais doit encore se développer.
Nous contribuons à l’avancée de ce chantier grâce à la création de l’Agence eSanté, qui est notre instrument pour réaliser cette démarche concertée en matière d’informatique au service de la santé.
En juin, vous êtes conviés à la Journée des Bourgmestres placée, cette année, sous le signe de la santé. Quel est votre message aux décideurs communaux à cette occasion?
Je pense que la santé n’est pas un domaine réservé aux seuls départements qui ont la santé dans leurs drapeaux. Penser ainsi, c’est voir la santé de manière très réductive. Pourtant, si l’on demande à un bourgmestre ce qu’il souhaite à ses citoyens, il répondra «la meilleure santé du monde», mais en ignorant peut-être qu’il peut largement contribuer à cet objectif.
C’est donc dans cette optique que j’ai saisi avec plaisir l’invitation de placer la Journée des Bourgmestres sous le signe de la santé. Non pas dans une approche du “ministre qui vient faire son discours“, mais davantage dans une approche de recherche de partenariat avec ces institutions qui sont les plus proches des citoyens.
Les communes ont un immense pouvoir et peuvent faire beaucoup de choses comme s’engager dans la prévention de l’abus d’alcool ou de tabac, sensibiliser à l’usage de drogues, porter l’attention sur les comportements à risques ou, tout simplement, convaincre à l’adoption de modes de vie plus sains.
Notre volonté, pour cette journée, est de prouver que la santé a sa place dans la politique communale. Communes qui disposent de tous les instruments pour faire passer les bons messages grâce aux clubs sportifs, aux associations, aux écoles ou aux entreprises.
La présence du ministère de la Santé n’est là que pour rassembler toutes ces initiatives.
En effet, si un certain nombre de communes ont déjà réalisé certaines actions, celles-ci étant isolées, leurs impacts sont moins évidents. Pour gagner en intensité, il faut qu’elles résultent d’un concept global. Il faut avoir une mobilisation structurée de la part des responsables communaux pour trouver un fil rouge commun, réunir les forces de tous pour actionner le levier. FC