«Avec la sécurité, tout le monde est gagnant»

Après le Forum de la sécurité et de la santé au travail, c’est au tour de la Journée des Bourgmestres de mettre la santé à l’ordre du jour.
L’occasion pour Patrick Nemry, chef du département sécurité de l’Institut de Formation Sectoriel du Bâtiment (IFSB) de refaire le point sur les efforts déployés par l’institut en matière de prévention des risques. Preuve que les engagements de l’IFSB en matière de santé et sécurité professionnelle ne sont pas que des mots.
 

Certaines personnes, salariés ou dirigeants, sont encore réfractaires à la notion de sécurité au travail. Pouvez-vous rappeler pourquoi il est vital de mettre en place une politique de sécurité et santé dans l’entreprise et surtout que celle-ci soit appliquée?

D’une manière générale, la sécurité est l’affaire de tous! Un slogan clame d’ailleurs: «Je suis responsable de ma sécurité». Je pense que c’est bien vrai car on ne peut pas être en permanence derrière chaque personne. Chacun doit donc prendre conscience que, s’il doit porter attention à sa sécurité, ce n’est pas pour faire plaisir à son employeur mais c’est pour lui-même avant tout.

Par ailleurs, la sécurité est un outil indispensable et durable pour la compétitivité des entreprises en ce sens que toutes se voient un jour ou l’autre confrontées à un accident de travail qui peut avoir des conséquences graves.
On compare parfois l’accident de travail à un iceberg. Il y a la partie émergée: c’est-à-dire les dommages corporels, sociaux et peut-être même psychologiques pour la victime et sa famille. Mais il y a aussi la partie immergée qu’est le coût non négligeable qu’induit cet accident, en prévoyant le remplacement ou la réorganisation lorsque que le salarié est en incapacité, par exemple. Quelque part, cela fait aussi de l’entreprise une victime.

Malheureusement, si de plus en plus de gens prennent conscience de l’importance de la sécurité, elle reste, aujourd’hui encore, vécue par certains comme une contrainte, alors qu’au contraire c’est une aide!

 

Que fait l’IFSB pour “renverser la vapeur“ et rendre à la sécurité toute son importance?  

Dans ce domaine, l’IFSB a développé différents outils dans le but de sensibiliser l’ensemble des salariés, manuels comme intellectuels, à la sécurité et à la santé au travail.

Nous aidons aussi les entreprises à mettre en place et développer une politique de prévention en matière de sécurité et de santé au travail.

C’est du “win-win“ car, avec la sécurité, tout le monde est gagnant!

 

Plus concrètement, quels sont les outils développés par l’IFSB?

Il y en a de plusieurs types.

Tout d’abord les formations.
Développées ici même à l’ISFB et dispensées par des intervenants de notre département sécurité, celles-ci s’organisent sur une journée de travail “classique“ de huit heures. Nous avons opté pour cette courte durée car nous sommes tout à fait conscients que les entreprises ont des impératifs de production qui n’offrent pas forcément beaucoup de temps de formation aux salariés. Les thèmes de ces sessions varient: utilisation d’échafaudages, port du harnais, équipements de protections collectifs et/ou individuels, sécurité lors de travaux en tranchées ou de toitures, retrait de produits en amiante-ciment à l’air libre, etc. Toutes nos formations étant axées sur la pratique.

Nous n’oublions pas non plus le secteur de l’intérim pour qui nous développons des formations différentes. Malgré ce que l’on pourrait penser, ce secteur est très accidentogène parce que les travailleurs réalisent des missions aussi brèves que diverses.

En outre, nous sommes, depuis 2006, organisme de référence en ce qui concerne les formations de travailleurs désignés du secteur de la construction et du parachèvement.

Dans un autre genre de sensibilisation, nous avons, l’an passé, mis en place des “ateliers sécurité“. Ici, l’idée est de laisser l’entreprise choisir les programmes des ateliers selon les différents domaines et activités de ses salariés. Toujours sur une journée, ces ateliers ne comptent pas plus de quinze personnes et commencent par un bref cours récapitulatif en salle avant une mise en situation sur notre site. Une bonne manière d’allier théorie et pratique tout en étant conscient que c’est bien cette dernière partie que les gens vont retenir et, surtout, mettre en œuvre quotidiennement.

Parallèlement à cela, nous avons mis en place le projet SCIPRISC (ndlr: Système de Coaching Innovant pour la Prévention des Risques professionnels dans le Secteur de la Construction) qui met un coach de sécurité au travail à disposition des entreprises. Cette personne est là pour aider et accompagner une entreprise vers une parfaite autonomie en matière de sécurité. Autre point positif du projet: les missions du coach dans l’entreprise sont financées par le Fonds Social Européen et par le ministère du travail et de l’Emploi.

Par ailleurs, nous travaillons à l’adaptation de notre “Safety Toolbox“ sur tablettes informatiques et nous éditons régulièrement des brochures pour les travailleurs désignés mais aussi à destination des services achats pour les aider à choisir le bon matériel de sécurité.

 

Comme tous les ans, l’IFSB a été partenaire du Forum de la Sécurité et de la Santé au travail. Quel bilan tirez-vous de cette journée?

Cette édition a été un grand succès avec plus de 1.500 visiteurs. Elle a utilement mêlé exposants, conférenciers et workshops. En parallèle de notre stand, nous avions aussi mis en place trois workshops sur la prévention contre l’exposition au rayonnement solaire, l’arrimage des charges et les outils de la sécurité (RSE, Safety Toolbox sur tablettes informatiques).

C’est un forum qui, je pense, est devenu aujourd’hui incontournable au Luxembourg en matière de sécurité et santé. C’est le rendez-vous annuel qu’il ne faudra plus oublier de noter dans son agenda.

 

La Journée des Bourgmestres, organisée le 7 juin, a pour thème la santé. Il est notamment question de la sécurité au travail. Est-ce nécessaire, selon vous, que les communes se penchent sur ce thème?

Bien sûr!
Pour la simple et bonne raison qu’elles sont employeurs aussi.
Les communes touchent beaucoup de secteurs en étant à la fois dans la construction pour leurs services techniques, dans l’Horeca pour leurs cantines ou encore dans les services via les crèches ou l’administration.
Elles rencontrent donc les mêmes problèmes que les entreprises en matière de sécurité au travail, et, comme ces dernières, elles sont également tenues d’avoir un travailleur désigné.
Les communes, au même titre que n’importe quel dirigeant, doivent être conscientes que la santé de leurs salariés importe et qu’il est nécessaire d’engager une politique de sécurité.

Lire sur le même sujet: