Plus qu’un produit, une philosophie

Importateur et distributeur de produits biologiques, Biogros, société appartenant à au groupe OIKOPOLIS fondé par la coopérative Biog, se fait un devoir de respecter toute la «chaîne des valeurs» dans la production des aliments bios… sans concessions. La société vient d’emménager dans un plus grand dépôt et de se doter d’une nouvelle activité, celle de la transformation des aliments. Rencontre avec Claude Fischer, responsable du département en question.

En premier lieu Monsieur Fischer, comment définiriez-vous un aliment biologique?

L’agriculture biologique est une méthode de production agricole qui repose sur le respect du vivant et des cycles naturels, qui favorise l’agrosystème, la biodiversité et les activités biologiques des sols.

Il en résulte des aliments plus naturels et savoureux. Ils sont également meilleurs pour la santé dans la mesure où très peu voire aucune substance additive n’est utilisée, et sont fabriqués selon un savoir-faire artisanal et agricole très rigoureux. L’agriculture biologique fait d’ailleurs l’objet d’une réglementation très stricte déterminée par l’Union européenne.

Le volet éthique est également très important dans la démarche, puisque l’agriculture biologique favorise l’activité agricole locale… dans la mesure du possible, bien évidemment.

Vous évoquez la réglementation européenne. Quelle est-elle?

Depuis 1992, l’agriculture biologique est réglementée par l’Union européenne avec un cahier de charge et des contrôles assez concrets au niveau de la transformation.
Les directives européennes prévoient un seuil maximum de 5% de produits non biologiques dans les aliments biologiques, sans quoi ils ne peuvent plus être considérés comme tels. C’est déjà bien, mais nous estimons qu’il faut aller plus loin encore. C’est ce que nous faisons. Les aliments Biogros sont 100% bios, ce qui n’est pas le cas de toutes les entreprises agroalimentaires du secteur.

Vous venez de déménager en grande partie votre production dans un nouveau dépôt situé à proximité…

Effectivement, notre activité étant en plein essor, nous commencions à devenir à l’étroit dans le hall du centre OIKOPOLIS– qui continue cependant à concevoir les produits dits de quatrième gamme –, et avons décidé d’opter pour un dépôt de plus grande taille pour le stockage des aliments.
En revanche, dans le hall, nous venons d’entamer une nouvelle activité, celle de la transformation des aliments en produits de quatrième gamme.
Il y a la section froide que nous avons déjà mise en route, et la section chaude qui débutera très bientôt.

Qu’est-ce qu’un produit de quatrième gamme?

Les produits de la quatrième gamme sont des légumes ou des fruits frais, crus, prêts à consommer qui ont été lavés, épluchés, coupés puis préemballés. Ils sont ensuite conservés à très basse température. Leur durée de conservation est de six jours.
Ce sont des produits très demandés par les collectivités locales luxembourgeoises. Approvisionnement assuré, facilité d’emploi, ils permettent aux cantines des écoles, entre autres, de se doter de produits bios, synonymes de nourriture plus saine.

Qu’est-ce qui a motivé le lancement de cette nouvelle activité?

L’objectif est double: d’une part préparer des plats bios dans ce bâtiment qui fera office de «cuisine centrale», la cuisine de notre restaurant étant trop petite, pour notre restaurant Naturata, qui appartient lui aussi au groupe OIKOPOLIS, d’autre part pour commercialiser ces plats à l’extérieur.

Y a-t-il une demande accrue pour les produits biologiques?

Oui, sans quoi nous n’aurions pas mis en route la nouvelle activité de transformation des aliments.
Il n’empêche que même si l’intérêt du consommateur est là, il ne se matérialise pas forcément. Je pense que ce n’est là qu’une question de temps.

Pourquoi?

Nous nous heurtons à deux difficultés. Tout d’abord, la production du bio est encore très volatile, l’approvisionnement ne pouvant pas s’opérer de façon aussi flexible que celui des aliments traditionnels; deuxièmement, les prix restent plus élevés.

Cela dit, nous sommes résolument entrés dans une phase où nombre de collectivités locales, de restaurateurs, de banques et les institutions – européennes – ont introduit des aliments dans la composition de leurs menus bios. C’est une première étape qui ne pourra que se confirmer, et je vois mal un retour en arrière. Car les gens se préoccupent de plus en plus de leur santé. Quant aux individus, ils sont eux aussi de plus en plus nombreux à être consommateurs bios occasionnels.

Sachez en outre que le bio c’est plus qu’un produit, c’est une philosophie. Après les crises alimentaires, la crise de 2008 a fait resurgir le dysfonctionnement de notre société, ce qui a éveillé le désir du contribuable à s’orienter vers un nouveau modèle de société en allant vers davantage d’éthique, et le bio fait assurément partie de cette démarche. Celui-ci est aussi de mieux en mieux informé. Il y a aussi la volonté de consommer «plus local».

Lire sur le même sujet: