La commune, un espace pour tous

Le 28 juillet, le Luxembourg a approuvé la convention de l’Organisation des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées qui a pour objet de «promouvoir, protéger et assurer la pleine et égale jouissance de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales par les personnes handicapées et de promouvoir le respect de leur dignité intrinsèque». Un grand pas pour l’amélioration des conditions de vie des personnes souffrant de handicap…
Rencontre avec France Rolland, ergothérapeute à l’ADAPTH.

L’Organisation Mondiale de la Santé estime qu’aujourd’hui plus d’un milliard de personnes dans le monde, soit environ 15 % de la population, vivent avec un handicap, c’est-à-dire avec une incapacité physique, mentale, intellectuelle ou sensorielle. La situation devrait encore s’aggraver dans les années à venir du fait de l’allongement de l’espérance de vie et de l’augmentation des maladies chroniques comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer et les troubles de la santé mentale. Le handicap fait, par ailleurs, partie intégrante de la condition humaine: chacun d’entre nous peut être confronté, à un moment ou l’autre de sa vie, à une déficience temporaire ou permanente.

Les obstacles qui empêchent les personnes handicapées de participer de manière effective à la société au même titre que les personnes valides sont nombreux: politiques qui négligent parfois leurs besoins particuliers, croyances et préjugés, carence ou mauvaise coordination des services, manque d’effectifs et de compétences, financements insuffisants, problèmes d’accessibilité, exclusion de la prise des décisions influant directement sur leur vie… La liste est longue et les conséquences sur la qualité de vie de ces personnes ne sont pas négligeables: elles affichent généralement une santé moins bonne, un niveau d’étude plus faible, des revenus plus bas, une dépendance accrue et elles prennent moins part à la vie locale.

L'état Luxembourgeois a pris conscience de ces barrières et est en passe de se doter des outils qui lui permettront de les abolir dans les années à venir. La ratification toute récente de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées ainsi que son protocole facultatif signe un engagement concret à s’investir en la matière.
L'article 9 de cette convention est dédié au thème de l'accessibilité. Il stipule clairement qu'afin de permettre aux personnes handicapées d’être indépendantes et de participer pleinement à tous les aspects de la vie, les états doivent prendre des mesures appropriées. Il leur revient d’assurer à ces personnes, sur la base de l’égalité, l’accès à l’environnement physique, aux transports, à l’information et à la communication, ainsi qu’aux autres équipements et services publics, tant dans les zones urbaines que rurales.
Les communes, en tant qu’acteurs de terrain et lieu de vie de tout citoyen, jouent un rôle de premier plan dans l’instauration d’un environnement favorable à la participation pleine et entière de chaque citoyen, sans distinction de ses facultés physiques ou intellectuelles, et à son épanouissement. Les thèmes du logement et de la mobilité prennent de plus en plus d'importance et beaucoup des outils développés par l’Etat comme, par exemple, le futur Plan Sectoriel Logement (PSL), le règlement type des bâtisses, le plan d'Aménagement Général (PAG), le Plan d'Aménagement Particulier (PAP), concernent directement les communes. «Ce qui nous intéresse ici en premier lieu, c'est de savoir, si dans tous ces textes techniques on tiendra bien compte des besoins spécifiques de toute la population, des enfants jusqu'aux seniors, et naturellement aussi de ceux des personnes handicapées», souligne France Rolland, qui reste optimiste en la matière: «Nous pensons que c'est effectivement le cas, qu’une prise de conscience s'est opérée ces dernières années». «Les communes doivent réagir et proposer des services et infrastructures utilisables par tous leurs habitants dans tous les domaines de la vie: éducation, transport, vie sociale, emploi, loisirs, etc.», explique-t-elle.  Concrètement, il ne s’agit pas d’adapter tant bien que mal les infrastructures existantes, mais d’adopter le principe de ‘conception universelle’ qui consiste à se doter d’équipements, de programmes, de services ou de produits utilisables par tous, dans la mesure du possible, sans nécessiter d’adaptation ni d’aménagement spécial.
 
L'ADAPTH, dont la vocation est le conseil en accessibilité, travaille déjà avec de nombreuses communes à la mise en place de ces environnements favorables. Pas à pas, main dans la main avec les associations de personnes handicapées et d'autres services, l’ADAPTH planche sur la définition de nouvelles normes d'accessibilité pour notre pays. «Nous appliquons ces normes dans les projets auxquels nous participons, que ce soit au niveau de la voirie, des espaces publics et des bâtiments», explique France Rolland, «mais la conception universelle ne se limite pas seulement à l'environnement bâti, les services qui sont offerts au public doivent aussi l'être», ajoute-t-elle. Sur ce point, en collaboration avec d'autres associations, l’ADAPTH propose des formations et des conseils.

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