Une urgence à repenser les modèles
Si le Luxembourg est un des leaders dans les fonds d’investissement, la donne pourrait bien changer si l’on ne fait pas de gros efforts de rationalisation, affirme Pascal Lanser, directeur d’IBM Luxembourg. Interview.
Quel est le regard du directeur de la succursale luxembourgeoise d’une des plus grandes multinationales de l’informatique?
Le Luxembourg est extrêmement bien positionné sur le marché des fonds d’investissements. On peut même dire que c’est le «fer de lance» de son activité financière. Toujours est-il que l’on s’est aperçu avec la crise, en décortiquant les modèles d’exploitations IT, que nous étions loin dans ce domaine de ce que nous pouvons appeler un modèle industriel et standardisé. Il y a par conséquent « matière à optimisation». Cela est valable pour les autres métiers de la finance et il y a certainement un début de prise de conscience collective, à savoir que si l’on devait changer la manière d’opérer ces « business modèles », celui-là était certainement un de ceux qu’il fallait aborder en priorité.
Pouvez-vous préciser ?
Aujourd’hui, lorsque l’on se penche sur la manière d’opérer dans les fonds d’investissement, on note que l’informatique est omniprésente ; la part de l’IT est prépondérante. Comme je l’ai dit précédemment il a une réelle « matière à optimiser », les processus sont peu standardisés et peu industrialisés. Beaucoup d’opérations sont encore effectuées manuellement, ce qui implique une masse non négligeable de personnel comme on peut le constater en observant les gros acteurs de la place. Pour être plus clair, «Standardiser» ou «industrialiser» ne veut pas pour autant dire qu’il faille se débarrasser de nombre de ses collaborateurs mais plutôt qu’il y a urgence à repenser les cycles de formations pour les réaffecter dans des activités à plus haute valeur ajoutée.
J’entrevois deux possibilités : prendre le risque de perdre son activité ou bien moderniser, rationnaliser et accroître le niveau d’expertise de cette dernière. Si nous ne le faisons pas rapidement, d’autres places le feront, et on pourrait très vite s’apercevoir qu’il est plus profitable d’aller faire de l’administration de fonds en Asie là où l’innovation et la motivation sont très importantes. Ce serait dommage car le Luxembourg a une belle carte à jouer : il lui faut pour cela produire un business modèle spécifique afin d’améliorer le niveau de l’expertise puis le promouvoir à l’étranger.
On est en droit de se demander si le facteur coût suffirait à lui seul à délocaliser le marché des fonds. Après tout, le Luxembourg jouit d’un savoir-faire exceptionnel dans le domaine…
Je pense effectivement que l’industrie des fonds au Luxembourg s’est construite sur une concentration d’expertise assez impressionnante dans le domaine qui fait qu’elle en est devenue un des leaders mondiaux. Mais avec tous les bouleversements que nous rencontrons actuellement, il y a urgence à repenser à la définition de cette expertise et à l’orienter par exemple vers des plateformes de marché, c’est-à-dire des plateformes où tous les acteurs du marché partageraient toutes les activités que nous pouvons considérer dès à présent comme faisant partie des choses que chacun doit faire de la même façon. La valeur ajoutée de l’une ou l’autre de ces sociétés se révèlent à la fin dans la manière dont elles se différencient dans leur offre client.
IBM a réalisé une étude auprès d’un peu plus de 2.600 personnes actives dans l’industrie financière dont 102 PDG interrogés sur la situation actuelle dans le monde de la finance qui ont donné leur avis et leurs projections pour les années à venir jusqu’en 2020. Il en ressort surtout que le coût de la complexité est en croissance et qu’elle détruit inexorablement la valeur pour ses clients et impacte le « ROE » ou en clair, les taux de rendement.
La valeur client est affectée par le fait que l’on travaille beaucoup par types d’activités et qu’un recadrage de certains métiers est nécessaire si l’on veut être plus efficace.
IBM travaille sur la mise au point de nouveaux modèles d’organisation en poussant la réflexion d’une manière un peu provocatrice. Pour cela, on observe ce qui se fait en Asie, aux Etats-Unis et dans les pays émergeants. Nous avons néanmoins pu constater que le gouvernement planchait sur la question. Et une des déclinaisons pourrait être ce travail sur les plateformes IT. Pour cela, IBM s’est réorganisée récemment privilégiant désormais la démarche par industrie afin de pouvoir mieux traiter les problématiques métier. Nous avons également réaligné toutes les ressources et nos laboratoires dans cette même direction.