Sur tous les fronts

De son propre aveu, Viviane Reding est un «pur produit» du ‘Minett’, cette région sidérurgique du sud du pays où les gens ont pour devise de regarder la réalité en face et de dire ce qu’ils pensent. Portrait de celle qui a fait trembler le monde de la téléphonie mobile en Europe et qui entame avec beaucoup d’enthousiasme ses nouvelles fonctions à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté au sein de l’exécutif européen.
 

Une enfant du ‘Minett’

D’emblée, Viviane Reding plante le décor. Elle revient non sans émotion sur son enfance passée dans la «Cité du fer» où elle naquit le 27 avril 1951. Très tôt, elle apprit à cohabiter avec les enfants des ouvriers, des immigrés, à se battre violemment dans la rue, à déambuler sur les trottoirs en patins à roulettes – provoquant au passage l’ire des ouvriers en pleine sieste – ou encore à jouer à l’indien sur les falaises des mines à ciel ouvert rougi par l’activité des hauts fourneaux, nous raconte-t-elle sur un ton romanesque.
«Je suis une enfant du ‘Minett’ et le suis restée dans l’exercice de mes fonctions internationales», martèle Viviane Reding, faisant allusion à son franc-parler qui, selon elle, est une ‘marque de fabrique’ des Terres rouges.

 

Paris ou la découverte du monde

«Le choc culturel à Paris n’a pas été très grand» nous confie la vice-présidente de la Commission européenne qui part étudier à la Sorbonne pour y décrocher un doctorat en sciences humaines en 1977, et pour qui «la francitude, la qualité de vie à la française est une évidence lorsque l’on est né à quelques encablures de la frontière française».
Le choc intellectuel, en revanche, a été saisissant, et la bibliothèque de la Sorbonne reste un de ses endroits préférés: «J’ai rencontré à l’université les sujets les plus brillants venus des quatre coins du monde. C’est ce melting-pot qui m’a le plus impressionné, cette rencontre avec une frange de la population mondiale comme l’Afrique ou l’Amérique du Sud que je ne connaissais pas».
Si Viviane Reding s’oriente dans cette filière, c’est «peut-être» parce que l’on parlait peu science à la maison, nous explique-t-elle, mais plutôt «archéologie» et «numismatique», deux grandes passions de son père qui, las de lui lire les contes de Grimm, l’amena à les lire par elle-même dès le plus jeune âge.

 

Deux carrières en parallèle

Rien d’étonnant dès lors que la vice-présidente se tourne rapidement vers l’écriture pour publier son premier article à l’âge de quatorze ans avant d’embrasser en 1978 la profession de journaliste en tant qu’éditorialiste au Luxemburger Wort, et ce, jusqu’en 1999.  «Etre journaliste, c’est aller sur le terrain, analyser un problème puis l’expliquer au grand public. Je pense que c’est la formation idéale pour s’adresser aux électeurs et devenir ainsi un bon politique», prétend Viviane Reding qui démarre parallèlement sa carrière politique au Luxembourg en tant que députée. En 1981, elle devient conseillère communale d’Esch-sur-Alzette et en 1995 vice-présidente du CSV, fonctions qu’elle conservera jusqu’à son départ pour Bruxelles en 1999.

 

Au service de l’Europe

Sa carrière internationale au sein des institutions européennes débute en 1989 lorsqu’elle est élue députée au Parlement européen. Elle y restera dix ans avant d’entrer par la grande porte à la Commission européenne en tant que Commissaire à l’Education et à la Culture avant de se voir confier le portefeuille de la Société de l’Information et des Médias en 2004 pour son deuxième mandat.
La littéraire accomplie vouant une affection toute particulière à la sémiologie fut ainsi bien placée pour défendre la cause du livre face à l’utilisation des nouvelles technologies. Mais au regard du grand public, son plus grand combat fut sa croisade contre les opérateurs de téléphonie mobile en les contraignant à diminuer de façon drastique les tarifs en roaming. Viviane Reding récuse pourtant cette allégation, considérant que «lorsque l’on s’investit à fond dans ses dossiers», aucune bataille n’est dénuée d’intérêt, ajoutant cependant que la plus belle est la dernière que l’on mène.
Et des offensives, des initiatives il y en a eu: la résurrection du processus de Bologne, la création d’Erasmus Mundus, la promotion du multilinguisme, la signature de la Charte européenne sur le Film en ligne, pour ne citer qu’elles, Viviane Reding prend ses dossiers à cœur, des dossiers placés avant tout sous le signe de la culture de la connaissance et de l’ouverture aux autres.

 

Une «page blanche»

«J’ai maintenant cette chance énorme d’avoir devant moi une page blanche» déclare Viviane Reding qui, en sus d’avoir endossé la casquette de vice-présidente de l’exécutif européen l’an passé, a été nommée Commissaire à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté.

Elle souligne avec ferveur que l’Europe vient là de se doter d’un nouvel instrument fort «pour écrire le premier chapitre de l’histoire du citoyen européen et créer enfin une politique européenne  de la justice, des valeurs, des droits, des citoyens» qu’elle mènera avec détermination  «non pas pour entrer dans les livres d’histoire», mais pour avoir la satisfaction de voir ces 400 millions d’hommes et de femmes qui peuplent l’Europe s’épanouir sur notre continent et réaliser qu’au-delà de leur appartenance à une nation, ils sont des citoyens européens.
Un des prochains grands combats de la Commissaire, protéger les jeunes et les moins jeunes des dangers inhérents aux nouvelles technologies, notamment en freinant les abus perpétrés par les réseaux sociaux : «Nous avons en Europe une législation forte en matière de protection des données personnelles et il nous incombe de mettre en place les mêmes instruments au niveau des nouvelles technologies. Les internautes ont le droit à l’oubli».
Amatrice de bon vin, de musique classique et de beaux paysages, Viviane Reding, qui affirme ne rien regretter de son parcours et prendre la vie comme elle vient, avoue ne pas vouloir rendre les armes de si tôt.  PhR
 

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