Objectif premier : pérenniser les plans d’action
Catastrophes naturelles, conflits armés, accidents de la route, Handicap International a fort à faire pour venir en aide aux personnes handicapées dans les pays en voie de développement. S’il s’agit de déployer de gros moyens techniques dans la phase d’urgence, Handicap International s’efforce d’impliquer au maximum les populations locales pour pérenniser ses actions. Rencontre avec Patrick Le Folcalvez, correspondant programme chez Handicap International Luxembourg.
Pouvons-nous brièvement revenir sur les missions de Handicap International ?
Handicap International est une organisation qui travaille dans le domaine du handicap, de la prévention à la réintégration socioprofessionnelle en passant par la réadaptation. Dans le cadre du volet prévention, nous différencions la prévention médicale des projets de prévention des accidents par mines ou encore des accidents de la route, ces derniers étant de plus en plus fréquents dans les pays en voie de développement. En matière de détection et de réadaptation, les projets sont plus techniques et s’adressent aux personnes déjà en situation de handicap. La dernière phase concerne la réintégration socio-économique. Ce sont là des projets qui ont un aspect plus «social» comme l’éducation inclusive pour les enfants handicapés, l’octroi de microcrédits, des activités génératrices de revenus, etc.
Nous menons ces missions dans différents contextes, tout d’abord celui de l’urgence – à la suite d’une catastrophe naturelle ou d’un conflit armé – vers la phase intermédiaire de reconstruction comme pour Haïti, par exemple, au développement durable des projets que nous mettons sur pied. Dans le cadre du développement durable, qui représente environ 80% de notre action, nous mettons en place des projets qui seront poursuivis par les partenaires sur le long terme, qu’il s’agisse des autorités locales du pays en question, des associations locales ou des ONG. L’aspect principal dans ce type de projets est la formation : trouver des processus, des méthodes qui soient vraiment adaptés au pays et à la situation et former le nombre nécessaire de personnes qui reprendront le flambeau à notre départ. La contextualisation est ainsi le principe de base de toutes nos interventions.
Handicap International a recours aux technologies dites «appropriées». Qu’entend-on par là ?
Les «technologies appropriées» sont des technologies qui utilisent au maximum les matériaux disponibles localement, et qui sont le plus adaptées au contexte dans lequel nous intervenons. Nous en faisons un grand principe, puisqu’il s’agit de ne pas importer des technologies ou des méthodologies qui ne pourront pas être intégrées ou utilisées par les partenaires à notre départ.
Les technologies appropriées entrent en ligne de compte dans la dernière phase de notre action. Car dans l’urgence, inversement, nous retenons toutes les solutions et les outils susceptibles de sauver un maximum de vies, éviter les amputations ou les maladies.
Prenons l’exemple d’Haïti. Le tremblement de terre est à l’origine de très nombreuses amputations. Il a donc fallu agir très vite, et nous avons dû importer un système de prothèses rapides – derrière lequel se cache une technologie high-tech – adaptée à la situation.
Nous nous trouvons aujourd’hui dans la phase intermédiaire de reconstruction. Une des possibilités consisterait à créer des ateliers d’appareillage sur place, des écoles de techniciens ou des écoles professionnelles de la réadaptation. Dans cette orientation, nous cesserions progressivement d’utiliser du matériel de haute technicité, pour leur préférer des équipements que les Haïtiens peuvent obtenir facilement par eux-mêmes, en Haïti voire dans la République dominicaine voisine, ou à la limite qu’ils peuvent importer facilement. Nous sommes actuellement au stade de définition des besoins et des ressources.
Par souci d’indépendance vis-à-vis de l’extérieur donc ?
Oui. Dans les pays dans lesquels nous sommes actifs, la sécurité sociale n’existe pas ou est rudimentaire. Or, il faut que les services soient abordables pour les personnes en situation de handicap puisqu’à long terme, ce sont souvent elles qui devront financer les appareillages ou du moins une grande partie. C’est la difficulté de notre métier : nous cherchons d’un côté à atteindre des standards qualitatifs acceptables imposés par les standards internationaux et, de l’autre, nous assurer que les services soient accessibles aux populations les plus pauvres. Nous devons ainsi toujours jongler entre qualité et standards. Quant aux standards dans les pays en question, ils sont très différents. En Chine, par exemple, on dispose de matériel de qualité acceptable et à moindre coût. Il n’empêche qu’étant donné les inégalités financières dans ce pays, nous devons proposer toute une palette de matériel, du high-tech au très basique.
A Cuba, les soins de santé étant gratuits mais peu de ressources disponibles, c’est du matériel basique qui est de mise.
Dans tous les services de réadaptation de l’ensemble des pays dans lesquels nous sommes présents, les personnes handicapées ne peuvent pas s’éterniser dans les services de soins pour des raisons budgétaires et le manque de personnel. Pour réduire au maximum la durée des séjours dans les établissements de soin, il faut pouvoir s’appuyer sur quelqu’un qui restera avec la personne handicapée à long terme. Là, ce n’est pas tellement sur la réhabilitation directe que nous nous focalisons, mais plus sur la formation de son accompagnant pour le suivi à long terme, généralement quelqu’un de l’entourage de la personne handicapée.
Comment ces opérations s’organisent-elles concrètement sur le terrain ?
La première chose est de considérer la politique nationale du pays en développement dans lequel nous intervenons : sa politique en matière de réadaptation, ses objectifs et les échéances qu’il se donne. Nous travaillons en étroite collaboration avec les ministères concernés, généralement ceux des affaires sociales et de la santé, et voyons ensemble quel type de «package» nous pouvons leur fournir en matière de formation, d’équipement et de standards techniques. Nous lançons alors les programmes de formation et d’équipement, de concert avec les partenaires locaux.
Dans le Sichuan, en Chine, par exemple, (ndlr : touché par un violent séisme en 2008) nous sommes en pleine phase de développement. Nous avons déterminé le rôle que nous aurons à jouer, défini de nouveaux standards – il n’y avait pas de services de réadaptation dans les hôpitaux de la province dans le passé – et nous sommes en passe de fournir les équipements et la formation.
Est-il facile de travailler main dans la main avec les ministères dans des pays pauvres ou en situation de conflits armés ?
Je ne vous cacherai pas que dans certains pays, le handicap est hélas loin d’être une priorité. A nous de convaincre les gouvernements que la prise en charge des personnes handicapées est quelque chose d’important dans la mesure où celles-ci ont un rôle à jouer dans la société. C’est la première chose à faire. Lorsque les autorités d’un pays n’ont pas la volonté ou les moyens financiers de mener ces actions, nous travaillons avec des associations locales de personnes handicapés ou des associations professionnelles. Un projet de développement dure généralement de trois à cinq ans, après quoi nous nous retirons graduellement avec la garantie que tout ce qui a été mis en place reste disponible pour les personnes les plus vulnérables. C’est le plus difficile.
