Vers une politique transversale
Lëtzebuerger Gemengen fait ce mois-ci la part belle à la santé en dressant à ses lecteurs un panorama des actions transversales menées par le Ministère avec ses homologues. Les explications avec Frank Gansen, Premier conseiller de Gouvernement.
Comment définir la politique globale du ministère de la Santé ?
La politique globale du ministère est définie dans le programme gouvernemental. Il s’agit de mettre à disposition de la population un système de soins performant où l’accès aux soins et la qualité des soins et des prestations médicales sont optimales et garanties pour tous. Nous avons changé de paradigme dans la politique de la santé depuis cinq ou six ans. Avant, la santé n’était qu’abordée sous un angle négatif : maladies, traitements, coûts. Certes, le système curatif se doit de rester performant, mais l’accent doit être mis sur la prévention avant tout. Le leitmotiv de l’actuel ministre de la santé est de promouvoir les modes de vie sains. Les comportements malsains sont encore légion, et il nous incombe de faire évoluer les mentalités, les comportements mais sans culpabiliser les gens. Pour cela, il faut mener des actions concrètes, proposer des projets qui s’inscrivent dans la durée, que ce soit dans les écoles, les maisons d’accueil, les entreprises, etc. C’est en effet l’initiative «Gesond iessen, Méi bewegen – Alimentation saine et activité physique» qui rassemble sous son drapeau quelque 130 actions et projets mis en place depuis 2007 à travers le pays entier impliquant une multitude d’acteurs différents, à savoir les initiatives : «Gesondheetswoch Schëffleng», «Mam Velo op d’Schaff», «Fruit for School – Uebst ass cool», «Gymnastique et alimentation saine – Un Duo gagnant», etc.
N’est-il pas aussi important de mener en parallèle davantage de campagnes de sensibilisation, notamment auprès des jeunes ?
Si, c’est important, mais c’est plutôt sur l’action que nous nous focalisons, que ce soit au niveau des communes, de la société civile et auprès du grand public. Cela dit, nous menons bel et bien des campagnes de sensibilisation dans les médias, que ce soit à la radio, dans les journaux ou encore les affiches sur les abris-bus. Dans le grand plan d’action interministériel «Gesond iessen, Mei bewegen», un des trois volets concerne précisément la sensibilisation et l’information sur les modes de vie sains à adopter pour rester en bonne santé physique et mentale. Nous nous rendons sur le terrain, notamment dans les écoles et les hôpitaux, et travaillons avec de nombreux partenaires, tels que les communes, des maisons jeunes et maisons relais, le secteur associatif et les entreprises et, bien sûr là aussi les autres départements ministériels. Ce qui est très important, c’est d’inscrire ces campagnes dans la durée – et non pas d’organiser des actions ponctuelles ici et là-, tout particulièrement auprès des jeunes, une cible clef car fragile. A nouveau, je tiens à répéter que l’objectif est d’informer et non de culpabiliser. En l’occurrence, la carte à jouer par le ministère de l’Education nationale est essentielle, raison pour laquelle une collaboration interministérielle est nécessaire.
Nous avons également lancé une campagne destinée à prévenir les cancers de la peau que l’on verra bientôt dans tous les médias.
Quelle est la place des communes dans les actions menées par le ministère ?
Elle est cruciale, tout spécialement lorsqu’il s’agit de sujets où il faut entrer en contact direct avec la population. La commune sert de tremplin à travers ses infrastructures que sont les clubs, les associations. Les communes sont également à l’origine d’initiatives très intéressantes à l’instar du Pedibus. Ce sont bien souvent elles qui nous contactent, et la cellule de coordination de la division de la médecine préventive de la Direction de la Santé prend le relais. Il y a véritablement une volonté grandissante d’aller dans ce sens de la part des communes dans tout le pays, telles que par exemple les communes de Roeser, Wiltz et Beckerich.
Comment cette politique est-elle menée sur le terrain, notamment avec les entreprises ?
Il existe une belle dynamique avec les entreprises depuis déjà plusieurs années. Les entreprises, quel que soit le secteur ou la taille, ont bien compris qu’elles ont tout intérêt à investir dans la santé de leur personnel, gage de meilleur rendement tout comme d’un meilleur environnement de travail. Sachez que nous remettons chaque année un prix «santé en entreprise».
Ces investissements prennent plusieurs formes : plats plus équilibrés dans les cantines, installation d’équipements de sport sur le lieu de travail, sponsorisation des activités sportives du personnel, mise à disposition de diététiciens et de kinésithérapeutes.
Comme vous l’évoquiez, certaines actions et campagnes font l’objet d’une politique transversale. La collaboration interministérielle est-elle incontournable, et jusqu’à quel point est-elle réalisable ?
Dans le domaine de la santé, on ne peut imaginer autre façon de procéder que par une politique transversale impliquant tous ou presque tous les ministères, et notamment le ministère de l’Education nationale, le ministère de la Famille, le ministère de l’Agriculture ainsi que le Département ministériel des Sports (les projets : « Meter fir Meter 2009 », « Schwamm mat mam Molly », « Wibbel & Dribbel », etc.). Chaque ministère doit toutefois garder ses propres compétences. Selon le dossier, il s’agit de désigner le pilote en lui laissant une marge de liberté pour des questions de contraintes légales sans que celle-ci n’empiète sur les compétences des autres dans leur domaine. Aujourd’hui plus que jamais, la volonté est là de travailler ensemble ; le cloisonnement qui prévalait à l’époque n’existe plus.
PhR
