Une recherche au service de la population
Le Centre d’Etudes en Santé (CES) du CRP-Santé fait le lien entre la recherche et les autorités responsables de la santé publique au Luxembourg pour les soutenir dans leurs efforts pour prévenir et traiter les maladies en fonction des besoins de la population. Ses travaux portent principalement sur les facteurs de risque et les déterminants des maladies touchant la population luxembourgeoise. Rencontre avec Marie-Lise Lair, directrice.
Les maladies cardio et cérébro-vasculaires sont la 1re cause de mortalité au Luxembourg et en Europe.
Le CES planche sur plusieurs facteurs de risque que nous pouvons modifier, à commencer par les habitudes alimentaires et le mode de vie. Les résultats de l’étude ORISCAV (observation des risques cardio-vasculaires), qui inclut 1.430 participants, sont en cours de publication. “La part des personnes atteintes de diabète et d’hypertension artérielle au Luxembourg augmentant, la question est de savoir si la population connaît et met en pratique les règles d’équilibre alimentaire recommandées par les médecins et le Ministère de la Santé depuis plusieurs années. Il apparaît qu’il reste encore des efforts à faire en matière de prévention pour que la population puisse préserver sa santé cardio-vasculaire”, souligne Marie-Lise Lair.
Autre facteur de risque: l’obésité. Le CES se penche plus particulièrement sur celle des enfants qui touche 20% des jeunes au Luxembourg. La directrice explique que: “Une obésité précoce raccourcit l’espérance de vie de l’adulte parce qu’elle génère du diabète et des risques cardio-vasculaires importants. L’étude a pour but de démontrer que ce problème peut être régulé par une prise en charge systématique et continue, qui implique les parents dans une éducation nutritionnelle et propose un soutien psychologique et une pratique de l’activité physique. Plus l’enfant est soutenu longtemps, plus il a de chances de réussir l’enjeu de sa perte de poids”. Au final, l’objectif est de soumettre un nouveau programme de prise en charge de longue durée des jeunes obèses à la Caisse Nationale de Santé et au Ministère de la Santé.
Le CES approfondit l’analyse de la prise en charge des personnes diabétiques, qui représentent environ 4 % de la population. “En traitant convenablement un diabète, il est possible de limiter les complications (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, cécité, amputation des membres inférieurs), donc de conserver aux personnes une qualité de vie et de réduire les coûts que ces complications engendrent. Nous retraçons la prise en charge du patient diabétique au Luxembourg et la comparons aux recommandations internationales afin d’identifier comment patients et médecins les appliquent. Nous constatons, par exemple, que les femmes suivent mieux ces recommandations que les hommes donc c’est plutôt vers eux que les campagnes de sensibilisation doivent être tournées”, selon Marie-Lise Lair.
En ce qui concerne le cancer, le CES travaille en collaboration avec les médecins des hôpitaux pour analyser la survie des patients atteints de cancer en fonction du traitement et du circuit de prise en charge qu’ils ont suivi, ce qui permet aux médecins de connaître les résultats de leur traitement et d’émettre des recommandations au niveau du ministère de la Santé.
Les pathologies neurologiques sont souvent mal connues. Le travail du CES consiste à rechercher d’une part, si certains facteurs les influencent et d’autre part, s’il existe des moyens de les détecter plus précocement.
Les migraines, en plus d’être handicapantes, sont source d’absentéisme au travail et génèrent un coût social important, d’où l’intérêt de mettre en place des méthodes et des moyens pour gérer les crises.
Une étude sur la maladie d’Alzheimer vise à déterminer à partir de quel moment commencent les troubles de mémoire et à comprendre s’il existe un lien avec d’autres facteurs comme, par exemple, au Luxembourg, le multilinguisme ou la nutrition. “La question n’est pas d’avoir des générations de centenaires mais d’avoir des centenaires en bonne santé mentale et physique. Or, la santé générale est très souvent atteinte dès lors qu’il y a des troubles cognitifs”, ajoute Marie-Lise Lair.
Une étude cherche à démontrer s’il est possible de dépister les premiers signes de la maladie de Parkinson beaucoup plus tôt en se référant à la perturbation de certains sens notamment l’odorat.
En matière de santé mentale, plusieurs travaux sont en cours, en plus des actions habituelles de surveillance de la consommation des drogues et des toxicomanies que le CRP Santé réalise par le biais du Point Focal de l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies et par une enquête internationale (Health Behaviour School Children) menée par le CES pour le Ministère de la Santé et le Ministère de l’Education Nationale tous les 4 ans auprès des jeunes de 41 pays européens.
Les premiers travaux ont pour objet d’émettre des recommandations pour améliorer la prise en charge de la santé mentale des jeunes jusqu’à 25 ans au Luxembourg.
Le laboratoire des troubles émotionnels, qui travaille sur les phobies, a développé une technologie de réalité virtuelle, avec pour but, à terme, d’intégrer ce type de traitement dans les services de psychiatrie.
Enfin, une action pilote que le CES conduit au Luxembourg, dans le cadre d’un programme interrégional qui inclut la Wallonnie, la Lorraine et la Sarre, s’intéresse aux jeunes qui sortent du système scolaire. Ils sont 9% au Luxembourg. La directrice développe: “Nous supposons que des problèmes de santé mentale non détectés peuvent être à l’origine d’une sortie du système scolaire. L’objectif de cette étude est de proposer à ces jeunes, à leurs familles et au ministère de l’Education nationale des moyens d’agir en amont”.
