Plus qu’une longueur d’avance
Comme l’ensemble du vieux continent, le Luxembourg est confronté au vieillissement de sa population, ce qui n’est pas sans bouleverser l’organisation du modèle des soins de santé et de l’assistance aux personnes les plus vulnérables. C’est dans ce contexte que se sont développés les soins et aides à domicile qui ont franchi un nouveau cap il y a quelques années avec l’essor de la téléassistance. Le point sur la question avec Robert Theissen, directeur général de la fondation Hëllef Doheem, et Viviane Von Döllen, responsable du département de téléassistance «Secher Doheem».
L’essor de la téléassistance est inéluctable avec le vieillissement de la population au Luxembourg comme ailleurs. Le Grand-Duché accuse-t-il un retard en matière de téléassistance par rapport à ses pays voisins ou est-il au contraire à l’avant-garde ?
Ce sont les pays scandinaves, le Royaume-Uni et la Suisse qui ont fait figure de pionnier dans le domaine de la téléassistance. Mais par rapport à nos pays voisins, la France, la Belgique et l’Allemagne, Le Luxembourg – qui s’est doté des premiers services de téléassistance dès les années ’80 – n’accuse aucun retard, bien au contraire.
Il y a aujourd’hui deux services de téléassistance, le service «SOS Senior» de la Ville de Luxembourg et le service nationale «Secher Doheem» géré par notre fondation. Plus de 5.000 clients ont fait appel à nos services de téléassistance l’année passée. Nous avons effectué plus de 3.000 visites, que ce soit en matière de conseil, de support client, de logistique ou encore d’ordre technique et administratif. Quant aux situations de détresse, nous sommes intervenus plus de 5.000 fois.
Aucun des pays voisins ne possède de systèmes de téléassistance aussi aboutis que le nôtre, «Secher Doheem», et ses technologies dites «Telecare». Alors qu’ils ne proposent que le simple système de bouton poussoir traditionnel pour les chutes et les malaises, nous avons tout un éventail de systèmes qui permettent de trouver une réponse aux besoins de chacun. ?Citons par exemple en matière de handicap les émetteurs de souffle que l’on peut donc déclencher par un simple petit souffle, des détecteurs de présence qui permettent de repérer tout temps d’absence dépassant celui prédéterminé, etc. Dans le domaine de la démence, les détecteurs de mouvement ou de présence au lit ou encore les émetteurs en matelas de sol. Nous avons également des solutions high-tech qui apportent une réponse optimale aux personnes à mobilité réduite sous forme d’émetteurs mobiles qui peuvent même être munis d’un système de géo-localisation via téléphonie mobile et satellite. Le Luxembourg est ainsi incontestablement à l’avant-garde dans le domaine.
Quels sont les outils concrets dont s’est doté le département «Secher Doheem» de la fondation pour assurer le bon fonctionnement de la téléassistance médicale et quelles sont ?les collaborations avec d’une part les organismes, d’autre part les sociétés spécialisées dans le domaine ?
Tout d’abord, sachez que «Secher Doheem» est un service national reconnu d’utilité publique agréé et conventionné par le ministère de la Famille et de l’Intégration. Nous sommes certifiés ISO et donc soumis au système de management de la qualité, très rigoureux, et ce, que ce soit pour le matériel, les fournisseurs, les procédures spécifiques, etc. Ceci est indispensable si l’on veut assurer une sécurité maximale à nos clients.
Mais Secher Doheem, c’est avant tout un personnel qualifié et motivé qui suit des formations continues spécialisées en internet et en externe pour rester toujours en phase avec les derniers développements médicaux et technologiques. Outre nos infirmières qualifiées qui ont pour mission d’assurer les soins mais aussi trouver la solution adaptée à chaque cas particulier, nous employons des techniciens qualifiés et des opérateurs qui possèdent plusieurs années d’expérience dans divers domaines de soins et s’assistance socio-familiale. Tous nos collaborateurs ont une formation globale et sont en mesure d’évaluer la gravité de la situation dans laquelle se trouve un client pour trouver en fonction les instruments adéquats à mettre en place.?Plus concrètement, le personnel de «Secher Doheem» évalue la gravité d’une situation générale sur base des informations sur l’état de santé du client tel qu’évaluées par le personnel infirmier lors de ses visites ainsi que sur le feedback du client pendant l’alarme, et ainsi il sait juger quand l’intervention d’un proche est suffisante et quand le médecin ou même l’ambulance doit être envoyé.
Quant à la technologie, nous avons fait appel au leader mondial en solutions de télémédecine, la société anglaise Tunstall présente dans plus de trente pays pour 2,5 millions d’utilisateurs, qui a réalisé le central téléphonique gérant les alarmes de quelque 4.000 clients. Sachez que la nouvelle version du central, qui sera opérationnelle début 2011, est intégralement digitale. Elle permettra non seulement de traiter les alarmes via une technique qui permet de communiquer la voix via Internet – Voice over Internet Protocol mais également via un protocole Internet IP pur.?«Secher Doheem» fait beaucoup de recherches pour compléter sa palette d’émetteurs spécialisés, avant tout dans le domaine de la démence – systèmes anti-fugues et geo-fencing – et le domaine de la mobilité avec des émetteurs permettant l’utilisation de plusieurs modes de géo-localisation différents tel que le WiFi qui va permettre d’utiliser la technologie Internet mobile (HotCity) pour transmettre une alarme au central de permanence ainsi que pour trianguler la position de la personne en détresse.
Nous travaillons en collaboration directe avec les 25 centres d’aide et de soins et les deux services nationaux de la fondation, c’est-à-dire le service d’activité spécialisé et le service de proximité, ainsi qu’avec les autres réseaux d’aide et de soins à domicile comme Help et Camille.
Nous travaillons également avec des organisations spécialisées telles que les fondations «Sclérose en plaque», «Jugend- an Drogenhëllef» ou encore «Kraizbierg» qui s’occupe des personnes handicapées.
En sus du système en tant que tel, y a-t-il d’autres services que vous proposez dans ce ?contexte comme le conseil médical par exemple ?
Non, nous ne sommes pas habilités à prodiguer des conseils médicaux, mais l’interaction avec les médecins est permanente et nos infirmières maîtrisent de nombreuses pathologies de par leur connaissance du terrain. Dès lors, elles donnent des conseils de premier secours et émettent des avis à l’entourage du client.
Je tiens toutefois à ouvrir une parenthèse pour souligner le fait que «Secher Doheem» vient de lancer un projet de «télémédecine» où les signes vitaux, tension sanguine, pouls, poids, saturation d’oxygène sont mesurés par le client à son domicile et envoyés via la ligne téléphonique à «Secher Doheem». La situation médicale est gérée par le médecin traitant qui a un accès Internet sécurisé sur les données. «Secher Doheem» intervient selon les instructions du médecin.
Quelles sont les limites du système et par quels moyens les dépasser : la technologie, ?l’humain, les services ? Jusqu’où pourra-t-on aller dans le futur dans ce domaine ?
Les limites du système ne sont pas tellement liées au développement technologique mais plutôt dans la possibilité d’intervention à domicile. Les technologies ne cessent de se développer et il faut s’assurer que le service reste toujours à jour.
Les limites se situent au niveau des financements, et cela relève des choix politiques des décideurs et de la responsabilité sociale collective. Il faudra voir dans quelle mesure la population active sera en mesure de soutenir ses aînés dans le futur. Dans cette matière, avec l’assurance-dépendance, les personnes du troisième âge sont nettement mieux loties que dans les pays voisins.
Last but not least, la question de l’éthique : il faudra toujours un encadrement humain pour pouvoir préserver l’autonomie des personnes âgées, à mobilité réduite, malades ou handicapées. Mais il ne faut pas miser à tout prix sur la politique de l’autonomie… car elle ne s’applique qu’à un certain public.
