Des synergies entre recherche et clinique
Les activités du Laboratoire de Recherche en Médecine du Sport CRP Santé s’inscrivent dans trois volets complémentaires: la recherche, le contact étroit avec la clinique et la formation et chaque secteur bénéficie de l’autre. Elles sont soutenues, en dehors des ressources structurelles du ministère de la Recherche, par le département ministériel des Sports et par le Comité Olympique et Sportif Luxembourgeois. Interview du Dr Daniel Theisen, responsable du laboratoire.
Comment définit-on la médecine du sport?
La médecine du sport souffre d’une image réductrice. On a souvent tendance à croire qu’elle a pour but de faire courir encore plus vite des gens qui courent déjà très vite. C’en est effectivement une petite partie, mais la médecine du sport va beaucoup plus loin. Elle s’intéresse à l’effet du mouvement et de l’activité physique sur la santé de l’individu et à leur impact sur un certain nombre de maladies. Elle s’adresse donc à Monsieur et Madame Tout-le-Monde. On sait aujourd’hui, par exemple, qu’un manque d’exercice physique est associé à un risque accru de maladies cardio-vasculaires, de diabète de type 2, d’hypertension, d’ostéoporose ou encore de certains cancers. L’activité physique permet aussi de stimuler la fonction intellectuelle et de lutter contre la dépression ou la prise de poids. Finalement, elle constitue un excellent moyen de prévention secondaire et tertiaire et constitue l’outil principal en rééducation orthopédique.
Pourquoi avoir décidé d’ouvrir un Laboratoire de Recherche en Médecine du Sport?
Tout a commencé en 2006 sur l’impulsion de deux médecins du Centre de l’Appareil Locomoteur, de Médecine du Sport et de Prévention, qui ont un background de chercheur: le Prof. Dr Axel Urhausen (médecine du sport et prévention) et le Prof. Dr Romain Seil (chirurgie orthopédique et traumatologie). Ils ont reçu l’appui de Jeannot Krecké, qui était alors ministre des Sports, et ont pu créer une cellule de recherche au sein du CRP Santé. Cette cellule est devenue un laboratoire en juillet dernier, ce qui nous donne une meilleure visibilité internationale vis-à-vis de nos confrères et draine plus de demandes d’étudiants qui souhaitent réaliser des stages ou des mémoires.
Quels sont les avantages liés au fait que vous soyez localisés à la clinique d’Eich?
Cela nous rapproche géographiquement des patients et des cliniciens qui nous adressent des demandes très précises, comme faire un test qui analyse la fonction du genou après 6 mois chez le patient opéré de ligamentoplastie. Nous apportons notre know-how scientifique et mettons en place un processus expérimental qui permet de vérifier si les variables mesurées sont pertinentes, reproductibles, si elles traduisent réellement ce qu’on cherche à leur faire dire. Nous formulons également de nouvelles questions de recherche avec nos collègues de la clinique autour de problématiques actuelles et réalisons les expériences pour trouver les réponses.
Sur quels dossiers travaillez-vous en ce moment?
Prévention des blessures
Nous avons démarré nos activités sur fond de recherche épidémiologique, parce qu’il était possible de générer rapidement des résultats intéressants et de convaincre nos partenaires que notre démarche avait une valeur ajoutée. Nous suivons les 250 élèves du Sportlycée. Nous avons développé un programme informatique original qui permet d’encoder les données relatives aux entraînements. Nous mesurons les blessures qu’une pratique sportive intense génère et nous tentons de prédire à quel moment un feu orange s’allume en ce qui concerne leur charge d’entraînement. Nous transmettons les statistiques générales à l’équipe médicale sur site et à la direction et nous leur donnons des conseils en termes de prévention, de manière générale ou individuelle.
Nous avons également lancé un projet de surveillance des blessures chez les coureurs de fond, également via un site Internet, pour distinguer un certain nombre de risques et éviter les blessures. La course à pied est un sport populaire car accessible à tous. Si les gens se blessent lors de cet exercice, la santé publique en pâtira.
Recherche biomécanique
Nous analysons, au sein de ce laboratoire, les mouvements humains lors de situations standardisées et cherchons à les modéliser pour les reproduire en 3 dimensions. L’idée est, par exemple, de détecter des déficits discrets qui ne sont pas forcément objectivables en kinésithérapie ou par les examens cliniques classiques.
Ingénierie biomédicale
Ingénierie biomédicale
Nous allons développer un nouvel axe qui consistera à évaluer la laxité ligamentaire du genou. Ce qui intéresse les cliniciens est de savoir si, après reconstruction des ligaments par auto-greffe, les propriétés de laxité de l’articulation sont normalisées. L’objectif de ce projet de recherche sera de valider les résultats générés par les machines dont nous disposons pour mesurer ces paramètres, d’établir des valeurs de référence et de tester les patients à différents moments de la rééducation pour suivre les évolutions dans le temps.
Comment sont diffusés les résultats de ces études?
Ils le sont d’abord de manière informelle, entre notre équipe et les médecins et kinésithérapeutes, lors de réunions ou de présentations scientifiques organisées au sein de nos services respectifs.
Nous diffusons également nos connaissances lors de congrès internationaux. Nous participerons notamment à un congrès mondial à Oslo en juin, où nous présenterons trois conférences orales. Cela nous permet aussi de tisser des contacts avec d’autres experts dans le cadre de projets futurs.
Le 3e volet, très important, qui fait partie de notre contrat de performance, ce sont les publications dans les revues scientifiques, l’idéal étant de se placer dans une revue bien cotée pour avoir une appréciation interne et externe de nos résultats de recherche. Depuis la création de notre groupe nous avons publié plusieurs papiers en trois ans, dont un dans un des meilleurs journaux du secteur.
Les conférences à l’attention du grand public sont un autre canal de communication. Nous sommes présents chaque fois qu’on nous sollicite.
