Sur un pied d’égalité

La coopération entre la Ville de Luxembourg, Bertrange, Hesperange, Leudelange et Strassen, n’est pas une nouveauté. Elle existe déjà depuis cinq ans, mais elle passe désormais au stade supérieur. Le point de vue des ‘petites communes’ concernées avec Rob Roemen, bourgmestre de Leudelange, Marc Lies, bourgmestre d’Hesperange, Frank Colabianchi, bourgmestre de Bertrange et Gaston Greiveldinger, bourgmestre de Strassen.

Le ministre du Développement durable et des Infrastructures, Claude Wiseler, et les cinq bourgmestres concernés viennent de signer une nouvelle convention relative à un développement intercommunal coordonné et intégratif de l’agglomération de la Ville de Luxembourg. Cette convention vise à renouveler la coopération pour les cinq ans à venir et à la renforcer. Les partenaires se dotent ainsi de nouveaux moyens: l’État participera pour moitié aux frais de fonctionnement et aux frais des experts externes.
L’acronyme retenu pour désigner cette convention est DICI pour Développement Intercommunal Coordonné et Intégratif; acronyme qui a donné lieu au slogan tout trouvé: “Je suis DICI!”.
Le processus de planification regroupe des missions obligatoires et des projets directeurs stratégiques.
Concernant les missions obligatoires de la convention, elles consistent en la finalisation du Plan Intégré de Développement Pluricommunal, l’intégration des conclusions de ce PIDP et des décisions prises lors du processus de planification dans les plans d’aménagement respectifs des communes, l’évaluation coordonnée des incidences de ces mesures sur l’environnement, la répartition harmonisée des emplacements de stationnements, la mise en place d’un système d’information géographique, l’étude de la possibilité d’une collaboration plus approfondie et de la création d’une structure administrative et technique commune.
Parallèlement, les projets directeurs complètent et concrétisent le processus. Ils concernent la gestion coordonnée des zones d’activités économiques, la définition d’un concept de mobilité et de transports publics, les initiatives communes en matière de logement et, enfin, la sensibilisation et la promotion de la coopération. Les partenaires se sont engagés à communiquer davantage et de façon proactive sur les résultats du processus de planification coopératif et à approfondir les échanges d’expérience aux niveaux national et international. La communication est, en effet, un point primordial pour mener à bien cette collaboration, comme l’indique Marc Lies, bourgmestre d’Hesperange: “La convention porte sur plusieurs facettes d’où l’importance d’avoir une communication efficace entre les fonctionnaires et les responsables politiques, entre les communes elles-mêmes et, dans un second temps, vers l’extérieur”. Une stratégie marketing est en cours d’élaboration.
Quand on demande aux bourgmestres des ‘petites communes’ impliquées ce qu’une telle coopération signifie pour eux, ils s’accordent quant à la nécessité d’une telle démarche. Caractère impératif que souligne Rob Roemen, bourgmestre de Leudelange: “Aucune des communes concernées ne peut résoudre les multiples problèmes de la zone attenante à la capitale. Ceci est d’autant plus vrai pour les petites communes”. Et d’ajouter qu’“une collaboration soutenue s’impose pour essayer de maîtriser le trafic routier qui prend des proportions démesurées. Une approche commune de tous les acteurs intervenant dans l’aménagement du territoire est primordiale. Nous devons miser sur un transport public efficace et ceci dans les plus brefs délais afin d’éviter un chaos total”.
Selon Gaston Greiveldinger, il importe que ces communes soient à la même table que la Ville de Luxembourg pour discuter de l’évolution de cet espace, car chacune a sa pierre à apporter à l’édifice, même si la Ville de Luxembourg fera, à l’accord général, office de chef de file. “Les communes limitrophes apportent leur plus-value à ce centre économique qui représente des milliers de postes de travail et contribue largement au PIB national”, dit-il, “Strassen est une commune dynamique. Nous sommes bien conscients du rôle que nous avons à jouer au sein de ce groupe”.
Marc Lies insiste, quant à lui, sur les avantages du fait de mettre en œuvre le développement de cette zone à fort potentiel que constituent la capitale et ses environs au sein d’un système intégré: “Il est primordial que les responsables des différentes communes travaillent ensemble, dans un système où chacun est au courant de ce que fait l’autre. Ainsi, la concurrence qui peut parfois exister entre les communes tend à disparaître”. Les objectifs visés par la convention s’inscrivent, en effet, dans la charte de Leipzig qui définit les principes d’une telle approche.
Concrètement, cette dernière se traduit par une prise en compte simultanée et équitable des impératifs essentiels au développement des villes, par une coopération entre l’État, les acteurs locaux, les habitants et les acteurs économiques, par une approche multisectorielle qui du fait de son aspect multisectoriel constitue un instrument permettant de développer des structures de gouvernance modernes, coopératives et efficaces.
Ainsi, aucun des bourgmestres interrogés ne s’inquiète pour l’identité de sa commune. D’après le bourgmestre de Leudelange, “Il serait faux de considérer la collaboration avec la Ville de Luxembourg comme un danger. Les infrastructures considérables de la capitale au niveau, par exemple, des transports publics peuvent apporter de grands avantages aux communes limitrophes”. “Il est souvent rappelé dans les comités politiques que petites et grandes communes doivent discuter d’égal à égal et je pense que jusqu’à présent, cela a toujours été le cas”, ajoute son homologue d’Hesperange. Les membres de DICI ont convenu de conserver leur autonomie de fonctionnement et leur liberté d’initiative. Le projet controversé de mettre en oeuvre cette collaboration sous la forme d’une Communauté urbaine a été suspendu, à la plus grande satisfaction des bourgmestres qui craignaient de voir disparaître une partie de leurs compétences individuelles. “DICI montre qu’il est possible de coopérer sans avoir recours à ce statut, sans perdre son identité politique et en maintenant le centre décisionnel à l’intérieur des communes concernées, contrairement à ce qui se serait produit dans une Communauté urbaine où le centre décisionnel serait déplacé vers un autre niveau. Même si des différences existent en termes d’importance des populations, les cinq communes se trouvent sur un pied d’égalité, ce qui est primordial”, explique Gaston Greiveldinger. Parmi les représentants des ‘petites communes’, seul Frank Colabianchi ne semble pas totalement opposé à cette solution mais il la juge précoce, comme il nous le confiait dans un précédent article: “L’initiative doit naître dans la tête des édiles communaux; il ne faut pas forcer les communes à aller dans cette direction (…) Nous travaillons main dans la main dans l’intérêt commun. Si nous optons pour la Communauté urbaine, nous serons dans l’obligation de déléguer le pouvoir décisionnel des conseils et collèges échevinaux à un nouvel exécutif qui ne fera que représenter les communes. C’est en tout cas prématuré”.
La coopération porte, entre autres, sur les zones d’activités, la mobilité et le logement. Un plan sectoriel relatif aux zones d’activités est en élaboration, travail qui incombe au Gouvernement. Concernant le concept de mobilité, Rob Roemen met sa stagnation sur le compte d’une mauvaise coordination des compétences au niveau national, mais il a l’espoir que la situation se débloque avec la création du ministère du Développement durable sous l’égide de Claude Wiseler. C’est un sujet qui lui tient à cœur car “Leudelange essaie depuis des années d’avoir une meilleure desserte par les transports publics. Nous sommes intervenus à maintes reprises auprès du Ministre compétent. Nous avons tenté de trouver des solutions avec des personnes responsables de l’Administration des ponts et chaussées. Nous avons fait réaliser des études préliminaires et espérons que les problèmes seront résolus avant d’avoir pris des dimensions insolubles”. Du côté de Strassen, les mesures directes qui découlent de la signature de cette convention porteront sur le développement des zones adjacentes aux autres communes, mais aussi et surtout, sur la mobilité. Parmi les cinq grands projets qui ont été définis, un concerne particulièrement les communes de Bertrange et Strassen. Il s’agit de la mise en place d’un système de transports publics performant, encore indéterminé. Pour Gaston Greiveldinger, “L’extension du tram, qui est d’ailleurs inscrite dans notre PAG, serait la bienvenue, sous peine d’étouffer sous la circulation”.
A Hesperange, priorité sera donnée à l’urbanisation de la zone ‘mid-field’ qui se trouve à cheval sur les territoires de la Ville de Luxembourg (Gasperich) et d’Hesperange (Howald).
MT

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