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Le green IT à la trappe?
L’APSI, l’Association des Professionnels de la Société de l’Information, a mis en 2009 à l’honneur le Green IT, un nouvel ensemble de méthodes, processus, logiciels et matériels qui ont pour objectif de réduire l’impact de l’informatique sur l’environnement. Néanmoins, si les technologies dans le domaine sont arrivées à maturité, la volonté politique, elle, constitue un véritable frein à son développement selon les aveux du vice-président de l’association, Jean Diederich.

Pouvez-vous brièvement nous présenter l’APSI?

L’APSI est l’Association des Professionnels de la Société de l’Information, une association patronale non lucrative d’entreprises actives dans le domaine des TIC. Créée en 2000, elle a pour vocation de défendre les intérêts de ses memebres tant sur le plan professionnel que matériel ou encore moral. Partant de l’acronyme “APSI”, nous avons tiré quatre missions principales: Amplifier la voix des acteurs du secteur informatique, Promouvoir les intérêts professionnels des employeurs du secteur, Sensibiliser le marché luxembourgeois et de la Grande Région et Informer les professionnels de la société d’information sur tout sujet d’intérêt général et spécifique.

L’année 2009 a été placée sous le signe du “Green IT” avec une série de séminaires sur le sujet. Quel bilan en tirez-vous?

Effectivement, le Green IT a été à l’honneur l’an passé. Le cycle de séminaires “Green IT Days” organisé par nos soins a eu pour but de réunir tous les acteurs des TIC autour de la thématique du développement durable dans les TIC. Différents sujets ont été abordés comme les subventions et financements nationaux et européens, les centres de données, la RSE et les enjeux communicationnels liés, et, pour finir, la mobilité et le télétravail.
… avec pour arrière-plan la crise et le souci grandissant vers un développement durable. Qu’entend-on véritablement par “Green IT” et que peut-il apporter?

En ces temps de crise, il faut absolument savoir se repositionner, se réinventer, penser autrement. L’enjeu environnemental est lui aussi une nouvelle donne de premier ordre.
Il faut savoir que le secteur des TIC consomme autant que l’aviation civile à l’échelle mondiale. Néanmoins, nous estimons que la solution ne réside pas tellement dans l’amélioration du hardware que dans l’apport de nouvelles solutions à d’autres secteurs afin qu’ils puissent considérablement réduire leurs émissions de CO2. Nous avons réalisé un bond technologique spectaculaire ces dernières années, progrès qui nous permet de nous tourner vers un nouveau mode de travail et de vie au service de l’environnement et des économies d’échelle pour les entreprises. Dès lors, pourquoi s’entêter à vouloir à tout prix investir des sommes considérables pour améliorer des produits déjà très au point lorsque l’on pourrait se tourner vers le perfectionnement de solutions comme le télé-travail. Qu’est-ce que représentent des rejets minimes par le matériel informatique à côté des dizaines de kilomètres parcourus en voiture par les salariés transfrontaliers d’une entreprise pour se rendre à leur travail tous les jours au Grand-Duché? Ce que nous devons faire, c’est investir dans l’innovation.
Pouvez-vous préciser?

Le manuel d’Oslo de l’OCDE propose une définition intéressante de “l’innovation technologique de procédé”, soit “la mise au point ou l’adoption de méthodes de production ou de distribution nouvelles ou notablement améliorées. Elle peut faire intervenir des changements affectant – séparément ou simultanément
– les matériels, les ressources humaines ou les méthodes de travail”.
Or, au Luxembourg, l’investissement dans l’innovation est encore trop faible et la volonté politique carrément absente.
Par contre, la technologie comme celle inhérente au télétravail, elle, est au point. La Commission européenne préconise d’ailleurs des solutions telles que celles du télétravail.
Pourquoi les décideurs luxembourgeois hésitent-ils alors à implémenter ces solutions?

Pour deux raisons. D’abord pour des raisons de sécurité (ndlr: des données), que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé
Vous enlevez les employés de l’Etat ou du parastatal et les salariés actifs dans le domaine financier, et il ne reste déjà pas grand monde. Le deuxième frein réside dans la législation européenne. Selon cette dernière, si les frontaliers – bien que salariés dans une société luxembourgeoise – travaillaient chez eux, ils devraient dès lors cotiser dans leur pays d’origine, donc nettement plus. D’après nos calculs, le télétravail ne pourrait ainsi s’appliquer qu’à 10% des travailleurs. L’investissement n’en vaut pas la chandelle. Voilà la raison pour laquelle nous avons abandonné la piste du Green IT au profit de nouvelles approches d’innovation.    PhR

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