Grande Région
Alors que l’ensemble des médias luxembourgeois et français évoquent la création d’une éco-cité lorraine de l’autre côté du site de Belval, Gérard Longuet, ancien président du Conseil régional de Lorraine, nous a confié le mois dernier que la préférence irait plutôt vers la création d’une zone franche. Confirmez-vous ses dires?
Il est encore trop tôt pour répondre à cette question. Dans la mission que l’on m’a confiée, pour laquelle on m’a demandé de répondre à trois questions, la zone franche n’a pas été évoquée explicitement. Il me revient de dire si c’est une des conditions à la réalisation d’un projet côté français.
Il s’agit cependant d’une hypothèse à examiner.
Je préfère ne pas raisonner immédiatement en termes de solution. Bon nombre de gens affirment qu’il faut absolument une zone franche. Peut-être, mais alors prouvons-le. Beaucoup d’éléments militent néanmoins en ce sens étant donné qu’il existe un différentiel entre le Luxembourg et la France, différentiel qui repose moins sur la fiscalité que sur les charges sociales. Il est clair qu’il est plus intéressant pour les investisseurs privés de s’installer sur le sol luxembourgeois.
Mais tout phénomène de zone franche pose des problèmes de délimitation. S’il est simple de savoir où commencer une zone franche, il est en revanche plus difficile de savoir où s’arrêter. Les communes de Longwy et de Thionville pourraient voir cela d’un mauvais œil, à juste titre, estimant être laissées pour compte. II s’agit donc de peser le pour et le contre et d’être très prudent. Quoi qu’il en soit, la décision de créer ou pas une éventuelle zone franche ne me revient pas ; elle est du ressort du Gouvernement français].
A Bercy (ndlr: le ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi), notamment, de voir si cette hypothèse peut être approfondie ou pas.
Ces considérations faites, je tiens à souligner que ce n’est pas parce qu’un projet a été réalisé de l’autre côté de la frontière française que nous, Français, devons forcément faire quelque chose. C’est donc là la première question que nous devons nous poser: “Faut-il que nous fassions quelques chose en face?”. En ce qui me concerne, je répondrais plutôt par l’affirmative.
Vous avez été nommé préfigurateur pour le projet français. Pourquoi vous, par qui et quel est votre rôle?
Le président de la République a annoncé le 8 octobre en Moselle que Belval côté français ferait l’objet d’une opération d’intérêt national, c’est-à-dire une procédure d’urbanisme prévue par le code de l’urbanisme qui permet à l’Etat d’avoir compétence pour instruire et délivrer des autorisations d’urbanisme. Je dois répondre à trois questions. La première est de déterminer le périmètre de cette OIN. Il m’incombe en deuxième lieu de trouver l’outil adapté pour mener à bien le projet, et, pour finir, de définir le projet en tant que tel. Je dois donc remettre un premier rapport pour la fin juin/début juillet sur le périmètre de l’OIN, et le deuxième portant sur les deux autres questions début septembre.
Pourquoi m’avoir choisi? Il y a eu beaucoup d’acteurs sur ce sujet depuis sept ans: des chargés de mission, un préfet, une équipe autour du directeur régional de l’équipement de l’époque, etc.
Le président de la République a toutefois souhaité que la mission revienne à un acteur local, estimant que celui-ci allait, de par ses meilleures connaissances de terrain, être plus à même de mener cette mission qu’un chargé de mission arrivant de Paris. Quant à ma nomination, elle a été du ressort de Jean-Louis Borloo (ndlr: ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer), de Michel Mercier (ndlr: ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Espace rural) et de Benoist Apparu, secrétaire d’Etat au Logement et à l’Urbanisme.
Comment s’inscrire en complémentarité d’un projet comme celui de Belval qui repose sur un concept intégré très poussé – “Urban Living” – et qui a également vocation à devenir un nouveau pôle luxembourgeois de développement de premier ordre?
Tout d’abord en réfléchissant sur les moyens d’être complémentaires. Je ne crois pas à la création d’un projet français ex nihilo qui ne tienne absolument pas compte de ce qui est réalisé côté luxembourgeois. Il faut bien regarder ce que vous, Luxembourgeois, avez prévu, et voir dans quelle mesure s’inscrire en complémentarité voire en synergie.
A propos de synergie, ne peut-on pas voir dans ce projet plutôt un contre-projet emblématique des antagonismes existant entre les différents pays de la Grande Région, comme nous l’on fait savoir certains élus étrangers?
C’est une question bien difficile. Les gens parlent plus de transfrontalier qu’ils n’en font. Tout le monde est pour le transfrontalier mais dès qu’il s’agit de mener concrètement à bien des projets ensemble, les candidats sont bien souvent moins nombreux, le réflexe nationaliste étant le plus prégnant. Or, si les acteurs luxembourgeois sont conscients de la nécessité de travailler étroitement avec leurs voisins, le Luxembourg étant très dépendant à la fois de la main d’œuvre étrangère et du marché de la Grande Région, il n’en va pas de même chez tous les élus lorrains. Quant à moi, je suis intimement convaincu que l’avenir du nord de la Lorraine passe par un partenariat étroit avec le Luxembourg.
Je tiens toutefois à signaler que, de mémoire, Belval côté luxembour
geois n’a pas toujours été conçu en parfaite concertation avec les autorités françaises.
Vous ne disposerez que de quelques mois. Pourquoi une telle urgence lorsque l’on considère que la France a mis des années avant de réagir, et quand est-ce que le projet devrait véritablement prendre forme?
A vrai dire, les Français ne s’intéressent à Belval que depuis 2003. Aujourd’hui, on m’a donné un délai de six mois pour la première tâche et de huit mois pour les deux autres car c’est le délai habituel dans ce type de dossiers. A partir du moment où le Gouvernement décrète une opération d’intérêt national, des propositions doivent pouvoir être faites dans des délais assez ramassés. Cela dit, il ne faut pas croire que tout sera réglé dans six mois/huit mois. Si mes propositions sont retenues, il faudra créer cette structure, et quelques mois seront pour cela encore nécessaires avant que celle-ci ne soit mise en place.
Deux mois se sont déjà écoulés. Avez-vous déjà une idée vers quelle solution pencher?
Je commence à avoir des idées mais il est trop tôt pour les mettre en avant, et ce sera naturellement mon Gouvernement qui aura la primeur sur mes propositions. PhR