Administration des Eaux et Forêts

Les trois piliers de la gestion durable des forêts




La nouvelle loi cadre votée en juin 2009 a modifié l’appellation du département de l’ “Administration des Eaux et Forêts” en “Administration de la Nature et des Forêts”. Gestion durable des forêts publiques, conservation de la nature, chasse, les missions de l’administration n’ont guère perdu en importance dans un domaine non négligeable en matière d’énergies renouvelables.
Interview de Jean-Jacques Erasmy, directeur.

Tout d’abord, pourquoi avoir rebaptisé “Administration des Eaux et Forêts” “Administration de la Nature et des Forêts”?

Un argument juridique a plaidé en faveur
du changement de la dénomination.
Le Gouvernement a décidé, il y a quelques années, de rassembler en une administration toutes les compétences liées à la gestion de l’eau. Il a ainsi créé sous la tutelle du ministère de l’Intérieur une administration de la gestion de l’eau ; nous avons donc perdu cette mission.

Nous sommes par ailleurs d’avis que la seule dénomination “Administration des Forêts” ne correspondait plus aux vocations multifonctionnelles de nos forêts, et avons convenu avec le ministère de l’Environnement et de l’Agriculture de procéder au changement de dénomination pour tenir compte du positionnement plus important du volet écologique et naturel.

Auquel des deux ministères du Développement durable ou de l’Agriculture appartient l’ “Administration de la Nature et des Forêts”? Y a-t-il eu des changements depuis la refonte de l’ex-ministère de l’Environnement?
Nous appartenions sous l’ancien gouvernement au ministère de l’Environnement qui est devenu un département du nouveau ministère du Développement durable et des Infrastructures. Pour nous, il n’y a pas de changement significatif. Par contre, à l’intérieur de notre administration, suite au vote de notre nouvelle loi cadre (ndlr: soit la modification de la dénomination et l’apparition de nouvelles structures), des changements administratifs assez conséquents sont à signaler.
Ce qui est très important pour le citoyen luxembourgeois est la refonte des neuf unités territoriales de la nature et des forêts en cinq unités que nous appelons arrondissements.

Le ministère de l’Agriculture, quant à lui, garde toujours l’autorité gouvernementale sur la gestion économique des forêts.

Quelle est la composition de votre administration et ses missions?

Nos missions principales sont des missions administratives au niveau de la direction qui reposent sur la gestion durable des forêts publiques, la conservation de la nature et la chasse.
En matière de gestion durable des forêts, nous élaborons des plans de gestion pour les forêts publiques, les réserves forestières intégrales, soit la gestion des forêts à haute portée écologique, établissons un inventaire forestier national, analysons l’état sanitaire de la forêt ou encore assurons la promotion du matériau bois énergie.

Nous nous efforçons également de promouvoir la gestion durable dans les forêts publiques et de sensibiliser le grand public sur la question.

Nous avons vingt-trois universitaires, le personnel administratif, des préposés locaux sur le terrain, et, naturellement, nos 250 ouvriers forestiers.

Qu’en est-il de la gestion durable?

Nous avons au Grand-Duché depuis 1840 l’obligation légale de gérer nos forêts publiques sur une base durable. Il faut savoir qu’à cette époque les forêts étaient totalement surexploitées par les habitants, gros consommateurs de bois pour se chauffer, pour construire, et pour produire du charbon de bois. Les pouvoirs publics ont alors pris des mesures radicales pour sauver nos forêts.

Le Luxembourg s’emploie ainsi depuis cette époque à ne pas gérer les forêts avant tout selon des critères économiques, mais veille à préserver le paysage, les biotopes et les aires de vies des espèces animales et végétales assez rares. La définition de la gestion durable des forêts publiques est simple: trouver un consensus perpétuel et immuable entre l’aspect économique comme la récolte de produits écologiques du bois de construction ou d’industrie et garantir sur les mêmes surfaces le caractère naturel de la forêt. Le troisième pilier, le pilier social, consiste à maintenir voire créer des emplois en milieu rural et offrir une aire de récréation à notre population essentiellement citadine.

Nous avons développé un projet à vocation écologique important, les RFI (Réserves Forestières Intégrales), des massifs forestiers d’une superficie minimale de 50 ha à 100 ha dans lesquels toute intervention humaine est interdite. Ce sont donc des forêts vierges potentielles pour les générations futures qui jouissent d’une très forte protection juridique.

Sachez que parmi les formations forestières mentionnées dans la directive européenne “Habitats – Faune – Flore”, neuf habitats forestiers reconnus d’intérêt communautaire sont présents au Grand-Duché et occupent près de 40% de la superficie boisée totale.
Le hêtre et le chêne sont les essences dominantes, occupant près des trois quarts des surfaces couvertes par les formations forestières naturelles du pays.

Pouvez-vous nous parler des labels existants?

Il y a le label FSC et le label PEFC. Le premier est un label du WWF tandis que le deuxième a été créé par les propriétaires forestiers privés européens.

Le gouvernement luxembourgeois a pris la décision d’inciter les propriétaires forestiers privés et publics à se faire certifier. Il a décidé de faire certifier la forêt domaniale par les deux labels tandis que les communes sont libres de choisir l’un des deux… ou les deux, bien sûr.

Quel potentiel représente le bois dans les énergies renouvelables au Luxembourg?

Le potentiel du bois dans les énergies renouvelables est important. Sachez que nous disposons de 130.000 ha qui de plus est sont en constante augmentation avec 4,7 m3 par ha et par an de bois en plus, soit près de 200.000 m3. Les deux tiers sont utilisables, ce qui correspond à un pouvoir calorifique de 30 millions de litres de mazout.    PhR

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