CRP Santé
personnalisée

Quand le CRP Santé a-t-il vu le jour et quelles sont ses missions?
Comme tous les autres centres de recherche publics, le CRP Santé découle d’une loi de 1987 et a été créé par règlement grand-ducal l’année suivante. En tant qu’institut de recherche public, nous dépendons à la fois du ministère de la Recherche et du ministère de la Santé. Nous couvrons trois domaines distincts. Tout d’abord, la recherche de laboratoire que l’on peut assimiler à la recherche biomédicale, c’est-à-dire mener des expériences de laboratoire et comprendre les mécanismes des maladies. Le deuxième volet concerne la santé publique. Il faut savoir qu’il n’existe pas d’institut de santé publique au sens strict au Grand-Duché contrairement à l’Allemagne ou la France, et différentes institutions dont nous faisons partie jouent donc ce rôle, à l’instar du laboratoire national de la santé. Pour finir, nous menons des études cliniques pour la mise sur le marché de nouveaux médicaments de concert avec l’industrie pharmaceutique. Notre rôle consiste ici à coordonner tout ce qui est recherche clinique ou du moins une grande partie de la recherche clinique qui se fait au Luxembourg dans les différents hôpitaux.
Pouvez-vous nous en dire plus sur la recherche de laboratoire?
Nous nous intéressons aux maladies qui ont un grand impact sur la santé publique. Etant donné l’absence de masse critique au Grand-Duché, nous ne pouvons pas nous permettre de nous orienter vers les maladies rares. La recherche s’oriente dès lors vers l’oncologie, les maladies cardio-vasculaires, les maladies infectieuses, tout particulièrement le sida, les hépatites virales mais également des maladies infectieuses plus aiguës comme la grippe porcine, récemment, et, pour finir, les maladies immunologiques. Nous avons donc cinq départements thématiques au sein de notre institut ainsi que trois centres de compétences qui offrent des services aux départements ou à des acteurs externes du CRP : un centre de compétences “technologies”, “méthodologie et bio-statistique” et le centre d’investigation et d’épidémiologie clinique.
Qu’en est-il plus précisément en matière de santé publique?
Nous couvrons plus ou moins les mêmes pathologies que pour la recherche de laboratoire, mais sous l’angle de la santé publique, prenant en considération la fréquence de celles-ci dans notre population. Le volet santé publique couvre également tout ce qui a trait à la santé mentale au sens large du terme.
La santé mentale et toutes les maladies dites mentales, psychiatriques ou psychologiques revêtent une importance considérable tout comme un coût exorbitant pour la société luxembourgeoise, puisqu’il représente le premier poste de dépense de la sécurité sociale. C’est la raison pour laquelle nous nous penchons de près sur le sujet.
Qu’entend-on par recherche clinique, et quel rôle joue le CRP Santé dans cette activité?
Le problème est double. Il y a d’un côté l’industrie pharmaceutique qui veut introduire de nouveaux médicaments et qui a besoin pour cela de réaliser des études cliniques.
Le Luxembourg est un terrain intéressant pour elle, la médecine y étant de grande qualité. En revanche, à nouveau, avec l’absence de masse critique au Grand-Duché, si l’industrie pharmaceutique contacte individuellement les médecins pour entamer des études cliniques, le recrutement sera très faible, avec pour corollaire des coûts importants pour une activité déjà très chère à la base. Elle cherche donc une masse importante de patients à portée de main, et se tourne dès lors vers nous étant donné que nous possédons un réseau très développé de par notre collaboration avec tous les hôpitaux du pays.
L’autre aspect concerne la qualité. Comme je vous le disais, ces études sont extrêmement chères, et il est très important pour l’industrie pharmaceutique de faire des études de haute qualité, ce qui inclut tout ce qui est documentation de ces études, obligatoire de par les lois (ndlr : démarches administratives, comité d’éthique, autorisations, …). Là aussi, nous prenons en charge ce travail que les médecins auraient du mal à accomplir.
Cela dit, il n’y a pas que l’industrie pharmaceutique qui initie des études, mais également des médecins dans les hôpitaux, par exemple, afin de commercialiser des médicaments pour de nouveaux usages. Ils se voient confrontés aux mêmes difficultés que l’industrie pharmaceutique, et nous les soutenons eux aussi dans cette démarche.
… Et est-ce intéressant pour l’industrie pharmaceutique de collaborer avec le Luxembourg?
Oui, l’industrie est intéressée pour les raisons que je vous ai mentionnées. Reste à savoir maintenant si le Luxembourg est intéressé à collaborer avec l’industrie pharmaceutique. La réponse est “oui” aussi, étant donné que les patients sont intéressés à pouvoir accéder plus rapidement à un nouveau médicament, ce qui n’est possible que dans le cadre d’une étude.
Quelle a été l’évolution du CRP au fil du temps?
La croissance du CRP Santé a été très rapide. Nous avons doublé nos effectifs en cinq ans tandis que le budget est passé de 5 millions d’euros en 2000 à 35 millions en 2010.
D’un point de vue thématique, nous cherchons à valoriser de mieux en mieux les résultats de nos activités. Les temps où l’on faisait de la recherche pour la recherche sont terminés. La valorisation des résultats peut revêtir différents aspects ; il peut s’agir de développer des tests pour détecter des maladies, applicables par la suite dans les hôpitaux pour améliorer la qualité de la médecine dans les hôpitaux, par exemple, ou encore développer des brevets qui seront achetés par l&r
squo;industrie pharmaceutique sous forme de licences.
Une autre évolution à laquelle nous participons est la médecine personnalisée. L’idée est de faire progresser la médecine de sorte qu’elle soit mieux adaptée aux besoins de chaque patient individuellement. En d’autres termes, il s’agit de prédire si un médicament fonctionnera ou pas, et ce, grâce à certain nombre de tests génétiques. C’est un pas de géant, car cela permet de gagner du temps, de réduire les effets secondaires et d’économiser de l’argent à moyen terme. Imaginez le nombre de traitements que certains patients doivent suivre avant que l’on ne trouve le bon. Les nouveaux moyens scientifiques et technologiques nous le permettent aujourd’hui. La tendance est donc incontestablement à la recherche biomédicale. PhR