Ecologie
Depuis 1990, le Gouvernement luxembourgeois est parvenu à réduire de 5,2% les gaz à effet de serre (1), et ce, malgré la hausse continuelle du nombre de navetteurs et de l'augmentation de la démographie. La mention spéciale revient à l'année 2008 qui afficherait une baisse substantielle des émissions de plus de 5,5%. La presse luxembourgeoise, quant à elle, affirmait à la mi-décembre que l'indicateur publié à Poznan – où avait lieu la conférence des Nations Unies sur le climat -, le Luxembourg se plaçait parmi les moins bien classés de la liste établie par les ONG Germanwatch et Climate action network Europe (CAN) avec une baisse des émissions de seulement 0,7% en dix-sept ans. Le Luxembourg serait même une des lanternes rouges, toujours selon cet indicateur, au même niveau que les Etats-Unis!
Le recul le plus significatif des émissions de gaz à effet de serre ces dernières années concerne en particulier le domaine du transport routier. Cette baisse des émissions coïncide avec l'augmentation vertigineuse des prix de l'énergie (en particulier les énergies fossiles)… qui a atteint son pic en 2008 justement. Rien d'étonnant —même si l'on peut s'en féliciter— le nombre de nouveaux véhicules à très faibles émissions immatriculés récemment ait atteint des records inimaginables il y a quelques années. Il en va de même pour le fuel domestique. Au vu des prix vertigineux de celui-ci il y a peu de temps encore, de nombreux foyers avaient décidé de moins chauffer voire de ne plus chauffer du tout.
Autre paramètre de taille, la crise économique et financière. Cette crise qui n'a débuté qu'en septembre 2008 a néanmoins engendré une baisse de l'activité industrielle de 5,5% au Luxembourg, baisse qui de plus est calculée sur l'ensemble de l'année. L'équation est on ne peut plus simple : moins d'activité industrielle, moins de consommation d'énergie donc moins d'émissions de CO2. Et inutile de dire que la tendance s'inversera à nouveau lorsque l'économie reprendra du poil de la bête.
Mais là où le problème est plus grave, c'est que même si le recul de l'activité économique (notamment industrielle) ne peut qu'avoir des “effets bénéfiques” pour l'environnement, la crise n'encouragera pas nos gouvernements à investir dans l'écologie. Les politiques écologiques impliquent en effet de très lourds investissements pour un retour sur investissement qui est loin d'être immédiat. Et avec 1700 milliards déjà dépensés pour les banques et les 1100 milliards alloués à la relance économique par le G20, l'environnement a du souci à se faire. Voilà ce que l'on peut entendre à gauche et à droite. Il suffit d'ailleurs d'entendre les propos tenus par Silvio Berlusconi, président du Conseil italien, il y a quelques mois, pour s'en convaincre ou, pire encore, ceux du président tchèque en exercice, Vaclav Klaus (de surcroît ultra-libéral, colérique et europhobe), qui prétend que les verts alimentent “l'hystérie du changement climatique avec une idéologie aussi dangereuse pour la liberté que celle des communistes”.
Pourtant, comme le souligne Lucien Lux, le ministre de l'Environnement, “le changement climatique ne va pas s'arrêter avec la crise bancaire et les risques de récession”.
Or, il faut voir en la crise non pas une fatalité mais précisément de nouvelles opportunités en matière de développement durable, un secteur susceptible – en sus de la préservation de l'environnement – de créer de nombreux emplois, des économies d'énergie substantielles, de gagner en indépendance énergétique de même que favoriser la découverte de nouvelles technologies performantes… des technologies susceptibles de se revendre à prix d'or! Espérons que nos politiques, au Luxembourg comme ailleurs, privilégient l'approche du long terme. PhR
(1) Selon les chiffres avancés par le ministère de l'Environnement.