Assurances

“La crise n'a pas tellement affecté
le secteur des assurances”


 
Le Commissariat aux Assurances est l'organe officiel luxembourgeois de surveillance du secteur des assurances. L'autorité de contrôle a pour mission l'examen des demandes d'agrément des entreprises d'assurance, de réassurance et des intermédiaires d'assurance ainsi que la protection des intérêts des assurés.

Interview de Victor Rod, président du comité de direction.

Quel est le rôle du Commissariat aux Assurances?

Le Commissariat aux Assurances est une autorité de surveillance des opérations d'assurances, de réassurances et d'intermédiation d'assurances. Les entreprises d'assurances s'adressent directement à des particuliers, des entreprises ou des institutions pour la vente de leurs contrats. La réassurance ne s'adresse pas au grand public mais aux entreprises d'assurances directes pour reprendre à leur charge une partie des risques qu'elles couvrent. Prenons le cas d'une société qui assure un immeuble pour un million d'euros: en cas de sinistre, elle ne prendra pas la totalité de cette somme dans sa propre trésorerie puisqu'elle aura conclu un traité de réassurance qui spécifiera que le réassureur prend en charge les frais dépassant un certain montant. Le réassureur se réassure à son tour sur des marchés internationaux, ce qui fait que, en définitive, un risque qui peut apparaître comme très élevé est, en réalité, “saucissonné”. Par le jeu de l'assurance et de la réassurance, plusieurs sociétés auront une petite part à payer et aucune ne sera acculée à la faillite. Notre mission consiste justement pour l'essentiel à veiller à ce que, tant les entreprises d'assurance que de réassurance aient, à tout moment, une solvabilité suffisante pour assumer leurs engagements. Les intermédiaires sont des agents ou des courtiers qui font le lien entre l'assureur et l'assuré qui, à ce titre, forment les réseaux de distribution. Là, nous ne contrôlons pas la solvabilité mais la réputation et les connaissances professionnelles. Il s'agit de personnes physiques qui doivent avoir des connaissances suffisantes en matière d'assurances et ne pas avoir été condamnées pour certaines infractions comme des détournements de fonds ou avoir été personnellement déclarées en état de faillite.

Collaborez-vous avec d'autres organismes pour mener à bien cette mission?

Comme il y a de plus en plus de conglomérats financiers qui regroupent à la fois des banques, des compagnies d'assurances, de réassurances et des gestionnaires de fonds, nous collaborons évidemment très étroitement avec nos collègues de la CSSF pour éviter qu'il y ait des transferts de risques d'une activité à l'autre. Nous sommes également en contact avec le parquet lorsqu'il s'agit de parer au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme.
L'assurance, comme la banque, est un moyen d'effectuer ce type d'opérations et nos entreprises sont entraînées à déceler les transactions susceptibles de constituer un délit.

La crise financière et économique fait rage depuis plusieurs mois maintenant. Les assurances sont-elles mieux loties que les banques?

La crise financière qui sévit depuis quelques mois frappe les entreprises et les particuliers à des niveaux différents. Jusqu'à présent, le secteur des assurances n'en a pas trop souffert. Les assureurs n'ont pas les problèmes de liquidités que connaissent les banques, une des sources de cette crise financière. Le secteur des assurances n'est pas un acteur présent sur le marché monétaire et n'est aucunement un emprunteur. Les assureurs se procurent leurs liquidités auprès de leur clientèle par le paiement de primes – généralement par anticipation –  pour la couverture de l'année entière. Ils n'ont dès lors pas besoin de s'approvisionner sur le marché monétaire pour leurs activités journalières. En revanche, le principal souci des assureurs et de l'autorité de contrôle concerne actuellement le placement des liquidités excédentaires qui doivent être rentabilisées. Les assureurs sont des investisseurs institutionnels qui interviennent pour cela tous les jours sur les marchés boursiers en tant qu'acheteurs d'actions, d'obligations et de produits structurés. Et la chute des bourses a bien évidemment provoqué la baisse des cours des actions et donc occasionné des pertes par voie de conséquence. Cela dit, les assureurs luxembourgeois ne sont pas autorisés à placer une part importante dans ces produits structurés qui sont généralement considérés comme des actifs dits toxiques. Quant au placement de leurs actifs dans les actions, les assureurs ne dépassent guère la barre des 15-20% afin d'éviter de mettre tous les œufs dans le même panier. Car s'il y a une caractéristique typique dans notre secteur, c'est bien la prudence. La chute des taux d'intérêts dans le marché obligataire est par contre plus inquiétante, même si elle ne pose pas de réels problèmes pour l'instant étant donné qu'elle possède toujours des obligations affichant des taux d'intérêts élevés.

Quels conseils donneriez-vous aux communes?

Les responsables communaux sont exposés à des risques particuliers. Il peut donc être utile de leur rappeler de bien s'assurer, tant au niveau de leur responsabilité civile que de leurs infrastructures. Des défaillances peuvent être imputées aux dirigeants même s'ils ne sont pas matériellement impliqués ; par exemple, si une salle des fêtes brûle et qu'il y a des victimes, le premier a qui on reprochera de ne pas avoir exercé sa surveillance est le bourgmestre. La responsabilité politique peut entraîner une responsabilité civile. Les communes sont également de grands propriétaires de bâtiments dont le prix de reconstruction est souvent nettement supérieur à la valeur assurée. Je leur recommanderais donc de veiller à se doter de polices d'assurance adaptées.    PhR
 

Lire sur le même sujet: