Ministère de l'Environnement
dans le bon sens”

La Conférence internationale de Poznan sur le réchauffement climatique, le sommet de Bruxelles sur le paquet climat/énergie, l'Environnement est plus que jamais au centre des débats politiques de ces derniers mois. Parallèlement, le Schéma de mobilité transfrontalière destiné à désengorger les axes routiers franco-luxembourgeois vient de voir le jour … l'occasion rêvée de rencontrer le ministre des Transports et de l'Environnement, Lucien Lux.
Bonjour M. le Ministre. Afin de faire face au problème des embouteillages transfrontaliers, la Région lorraine et le Grand-Duché ont décidé de s'associer pour former le SMOT, le Schéma de mobilité transfrontalière. Etant donné que l'objectif du SMOT consiste à diminuer la circulation routière de 15 à 25% “seulement”, peut-on affirmer que ce plan est la clef au désengorgement de ces grands axes de circulation?
Il faut tout d'abord considérer ce type de plan à court, moyen et long termes. La nouvelle ligne ferroviaire entre Bettembourg et Luxembourg-ville, par exemple, projet-phare du gouvernement et déjà sur le rail, va doubler les capacités sur cette ligne et permettra de lancer une étude de faisabilité du côté français, comme la réalisation d'une éventuelle liaison Thionville-Bettembourg.
Une première ligne horaires entre Thionville, Bettembourg et Esch-sur-Alzette verra le jour en décembre car nous avons les capacités de le faire. Il faut en effet savoir que 60% de la circulation France-Luxembourg s'oriente vers la capitale et 30-35% vers Esch-sur-Alzette. La part du rail, de l'ordre de 10 à 15% aujourd'hui, devrait nettement augmenter avec la mise en service de la ligne ferroviaire Thionville-Esch. Sachez, cependant, qu'en seulement deux ans, le nombre de voyageurs a augmenté de 53% au Grand-Duché, c'est énorme!
Ce qui est le plus important dans ce plan à mes yeux, c'est le principe même du consensus politique franco-luxembourgeois sur la question… et il était temps ; nous avons mis quinze ans pour y parvenir.
Toujours au chapitre “voitures”, on peut lire dans la presse que les véhicules à plus faible consommation rencontrent un succès grandissant au Luxembourg depuis 2008. Pensez-vous qu'il s'agit-là d'une prise de conscience écologique de la part de la population, ou l'explication est-elle plutôt du côté du portefeuille?
Je ne pense pas qu'il y ait une seule réponse, mais plutôt qu'il s'agisse d'un tout. Il y a deux ans, des sondages concluaient que 84% des Luxembourgeois souhaitaient un ministre de l'Environnement capable de mener des actions concrètes en matière de protection environnementale. Et lorsque vos confrères m'ont demandé à cette époque quelle serait la proportion de véhicules dits “magiques” – c'est-à-dire émettant moins de 120 g/CO2 – dans le parc automobile des années à venir, je pensais à un chiffre avoisinant les 20%. Or, nous sommes déjà à plus de 95%. Je suis persuadé que la population luxembourgeoise considère les problèmes environnementaux comme un des défis majeurs du XXIe siècle.
Quant au fait que nos concitoyens regardent également leur portefeuille, cela me semble logique et ne me pose aucun problème. En effet, si l'Etat offre des primes, des subventions aux entreprises comme aux particuliers, c'est bien pour les inciter à investir dans des installations, des équipements qui soient les plus écologiques possibles, et, par là même, leur permettre de réaliser rapidement des économies d'argent substantielles. Je me félicite d'ailleurs que nous disposions dans notre pays de ressources financières nous permettant d'accorder de telles subventions. Découle de surcroît de cette “nouvelle façon d'acheter” une évolution positive dans les habitudes de consommation en général, puisque cela incite tout un chacun à faire pareil.
Quel est votre bilan 2008, d'une part, et les perspectives pour 2009/2010, d'autre part, en matière de politique environnementale au Luxembourg? La crise actuelle ne risque-t-elle pas de postposer de nouvelles mesures contraignantes ou obligatoires retenues pour 2009 dans l'Union européenne et au Luxembourg?
Je ne suis peut-être pas la personne la plus objective pour faire un bilan environnemental de ces dernières années. Cela dit, les faits parlent pour eux-mêmes. ./..
En effet, si les émissions de CO2 ont été en constante augmentation depuis 1998 pour atteindre même les 14% certaines années, celles-ci ont chuté depuis 2007.
Autre constat, en matière d'investissements : les écologistes dont je fais partie ont lutté avec acharnement pour que nous nous orientions vers une meilleure politique environnementale. Si l'on prétend vouloir défendre un modèle de transports plus respectueux de l'environnement, la part des nouveaux fonds d'investissement pour le rail doit dépasser celle des fonds pour la route. Il n'y a pas d'alternative. Et, depuis 2006, effectivement, les fonds consacrés au rail ont dépassé ceux alloués aux routes , et ce, dans une large proportion, qui plus est. Nous sommes donc finalement parvenus à inverser la tendance.
Quant à la protection de la nature en tant que telle, nous avons décidé de classer encore bon nombre de nouvelles zones en “zones de réserves” et “zones de protection de la nature”. J'estime que se borner à vouloir calculer les richesses de notre pays en masse monétaire et financière, c'est-à-dire exclure le volet “protection de l'environnement”, est une vision des choses totalement dépassée. En 2006, nous avons d'ailleurs réussi à trouver un consensus avec tous les partis concernés, que ce soit les acteurs privés ou publics. Et je dois dire que la collaboration de tous les acteurs pour la protection de l'environnement durant ces dernières années a été telle que je ne puis être que satisfait de nos réalisations… même si je reste un éternel insatisfait.
Nous vous invitons à lire la suite de l'entretien avec M. le Ministre dans notre prochaine parution.
PhR