Beckerich
De l'énergie
à revendre
Beckerich, commune d'à peu près 2200 habitants regroupant huit localités, fait figure de pionnier en matière de développement durable. Une politique qui a porté ses fruits, récompensée pour ses efforts impressionnants par le prix Eurosolar 2008, attribué à deux communes européennes uniquement.
Un exemple à suivre.
La commune de Beckerich comprend les villages ô combien pittoresques d'Elevange, de Hovelange, de Huttange, de Levelange, de Noerdange, d'Oberpallen et de Schweich qui représentent un total de 2172 habitants . Beckerich n'a pas attendu le récent engouement pour l'écologie pour s'inquiéter du triste sort de notre planète et se mettre au travail.
Dès les années 70, les acteurs concernés se sont rassemblés autour d'une table pour trouver des solutions écologiques durables dans la commune. “La crise de l'acier qui a débuté dans les années 70 a conduit à l'exode rural dans nos villages qui ont rapidement perdu un tiers de leur population. En plus, la disparition de la ligne de chemin de fer nous a 'coupés du monde'. Il fallait donc qu'on réagisse. Aussi, la première phase du mouvement de développement durable instauré à Beckerich a consisté en une rénovation rurale classique. En 1982, notre nouvelle équipe à la mairie s'est encore davantage impliquée dans ce sens afin de mettre en pratique ces idées. A l'horizon 1990, le progrès a vraiment été palpable, et ce, dans tous les domaines du développement durable, ce qui est révolutionnaire pour une bourgade”, avance Camille Gira, Député-maire de la commune.
1995 marque l'adhésion de Beckerich à l'Alliance du climat dont le siège international se situe à Francfort, mais qui possède une agence au Luxembourg. L'objectif de l'Alliance consiste à réduire la consommation d'émissions de CO2 de 50% d'ici 2020. Pour parvenir à cet objectif, une réflexion s'impose pour chaque projet, que ce soit en matière d'énergie à proprement dit, de mobilité ou d'ordre économico-social, et ce, via de solides bases scientifiques. “Nous avons donc commencé par faire un état des lieux précis en matière de consommation (ménages, industrie, artisanat) en imaginant des scénarios bien précis” nous confirme le Député-maire.
“Etant donné que cela ne se fait pas tout seul, notre politique écologique repose sur deux piliers. D'une part, réduire la consommation électrique au maximum, d'autre part, mener une campagne de sensibilisation performante. Nous avons ainsi initié la campagne “Komm spuer matt” destinée à baisser la consommation d'électricité. Nous avons en outre misé sur l'introduction du biogaz alors inexistant au Grand-Duché et cherché à persuader les agriculteurs du grand potentiel que représente la biomasse. En effet, après une certaine réticence – tout à fait compréhensible -, nous avons été en mesure de développer un grand réseau de biogaz” poursuit Camille Gira. Ce projet qui a démarré à l'horizon 2001/2002 a connu un succès inespéré. En effet, la chaleur délivrée par les installations des agriculteurs ne suffisait plus. Pour surmonter le problème, la commune a décidé en novembre 2008 de mettre sur pieds des installations fonctionnant au bois, ce qui a permis de combler les besoins énergétiques de 50 personnes, chiffre qui devrait s'élever à 150 fin 2009.
Côté énergie électrique, la commune n'est pas en reste non plus. Beckerich a décidé de racheter la “chaleur” aux agriculteurs, injectant l'énergie électrique dans le réseau public. “Et en dehors même du souci écologique, c'est le meilleur moyen de devenir indépendant des oligarchies pétrolières saoudiennes. Pour finir, cette politique crée de nombreux emplois. Bref, tout le monde y gagne, l'auto-financement permettant de garder le pouvoir d'achat dans la région. Et c'est crucial”, conclut Camille Gira. Fort à parier que Beckerich n'a pas fini de faire parler d'elle.